Sainte Famille A - 1998/1999

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Période bien choisie que celle où l’Eglise nous propose de fêter la Sainte Famille à l’heure des rassemblements autour du sapin ou de la crèche, dans la musique et le partage des cadeaux, parmi les courriers fleuris chargés de souhaits et d’affections.

Pourtant, les images qui défilent dans les lectures de ce dimanche, semblent vouloir nous arracher à l’intimité et à la chaleur du foyer. La colère paranoïaque d’Hérode le tyran, la terreur qui se déchaîne aveuglé-ment contre les enfants massacrés de Be-thléem, la fuite dans la nuit du couple de réfugiés qui met le nouveau-né à l’abri de l’Egypte... voilà qui est très loin du conte de fée mièvre que pourrait nous évoquer Noël. Surtout, que l’orage passé, Joseph choisit de recommencer à zéro en établissant sa petite famille dans le loin-tain mais plus sûr village de Nazareth.

La Sainte Famille nous est ainsi présentée en modèle dans le concret d’une existence éprouvée. C’est une vraie famille, comme il y en a tant de par le monde, jetée sur les chemins de l’exil pour échapper à la vio-lence brutale. Vous tous, ces foyers qui vous battez contre des conditions de vie difficiles (santé, budget, dialogues diffi-ciles, affections brisées), regardez donc vers la famille de Joseph et de Marie. Comme les vôtres, elle a connu les déchirements et les angoisses, elle s’est débattue dans les turbulences de l’histoire. Ce jeune couple, ce sont des expulsés, des « sans papier », chassé de leur pays par la guerre, la famine, le chômage ou la dictature. « Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr ... ». Oui, hélas, aujourd’hui aussi « Rachel pleure ses enfants et ne veut pas qu’on la console ! » Les enfants du monde, qui sont tous nos enfants, et dont on exploite le travail, qu’on viole, qu’on prostitue, qu’on drogue, qu’on arme, qui gênent et qu’on tue... « Pour ces enfants du monde entier » que chante Yves Duteil .

La première leçon que nous donne l’attitude déterminée de Joseph, le coura-geux et le responsable, est celle d’une con-fiance totale dans la Parole de Dieu, malgré l’obscurité de la foi, au creux même des périls et des insécurités. Dans l’odeur de mort qui rôde autour de l’enfant Jésus, un sauvetage surgit, une espérance se lève. Ce n’est pas en sortant de nos situations pré-caires qu’on accomplit la volonté de Dieu. C’est en découvrant la douceur désarmée du petit de Bethléem qui vient nous y rejoindre et nous garder de la désespérance. Aujourd’hui Dieu continue à écrire droit sur nos lignes courbes. Malgré tout, son dessein avance. Osons le croire pour nous, maintenant.

Le second enseignement, c’est le fantastique appel à la responsabilité que contient cet évangile de la Sainte Famille. Jésus, « Dieu sauve », ne se défend pas lui-même. Il se remet entre les mains de ces croyants que sont Joseph et Marie. Quel immense respect de l’homme ! Quelle immense res-ponsabilité de l’homme ! Dieu veut la vie et confie cette tâche à des hommes et des femmes engagés, les parents étant en pre-mière ligne. Demandons cette grâce de vivre, comme la Sainte Famille, davantage responsables et pleins d’amour au milieu de ce monde violent.

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