Quatorzième dimanche dans l'anné A - 1998/1999

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Notre Dieu est un Dieu renversant. Il se plaît à désarçonner un monde imbu de lui-même en révélant ses secrets aux petits et aux humbles. On ne creuse pas le mystère du Royaume de Dieu avec ses méninges ni à coup de fiches, mais avec son cœur et à force d ‘aimer. Celui qui se vide de soi-même se remplit de Dieu, mais celui qui est plein de soi est privé de Dieu. Demeurons donc un peu plus longuement sur ces confidences de Jésus, pour nous en étonner et nous en émerveiller.

Il nous réserve d’abord une première surprise : celui à qui « le Père a tout confié », celui qui ne fait qu’un avec lui et dont il a seul une totale connaissance, n’est lui-même qu’un pauvre parmi les pauvres, un « doux et un humble ». C’est un Dieu renversé, une icône de la divinité qui bouscule de fond en comble nos représentations foncières et fausses du divin. Il est un Sauveur qui déploie sa puissance dans la faiblesse et sa force dans la douceur.

C’est d’ailleurs devant l’échec qu’il subit  auprès des scribes et des docteurs de la Loi, et de l’accueil que lui réservent les petits et les pauvres, qu’il laisse monter de son cœur un chant de louange. Tout autre que lui se laisserait démoraliser devant le refus de l’élite et la timide acceptation des gens simples. Voilà une très grande leçon à tirer pour nos vies de tous les jours. Nous avons à prier à partir de nos soucis et à oser trouver le chemin de l’action de grâces au sein même des situations difficiles que nous traversons. Parce qu’alors, comme Marie au Magnificat et Jésus dans cette scène de jubilation, nous sommes de ces pauvres que Dieu préfère. Nous sommes, à ce moment, prêts à entendre l’appel du Pauvre par excellence qu’est Jésus : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le fardeau, et moi, je vous donnerai le repos ». Le Dieu de Jésus prend le parti des pauvres, des petits et des faibles. Ce sont ceux qui se sentent fragiles et vulnérables, surtout en face de ceux qui savent tout, qui ne doutent de rien, et surtout pas d’eux-mêmes, qui accueillent avec joie celui qui passe au milieu d’eux « en faisant le bien ».

Au joug écrasant de la Loi ou du Talmud juifs, devenus carcans de rites, de pratiques, d’interdits et d’ordres, Jésus substitue son fardeau léger. Il offre un sens à nos vies humiliées. Il n’en supprime ni la fatigue, ni les larmes ni le sang, mais ce qu’il exige de nous, il nous donne de pouvoir le lui offrir. Il accepte de rejoindre notre condition méprisée, pour la refaire par le dedans et tracer un sentier qui sera celui de la liberté des fils de Dieu.

Où est notre joie ? D’où vient-elle ? Jaillit-elle de notre vie, de ses épreuves et de la prière ? La joie c’est toujours entrer dans la joie d’un autre, Dieu, et des autres, les hommes nos frères. Là aussi, c’est accepter de devenir pauvre de soi-même. Porter son fardeau avec Jésus, laisser l’Esprit Saint imprimer en nos cœurs la ressemblance avec le Fils de Dieu, devenir comme lui « doux et humble de cœur », est un chemin de joie. Notre consentement à Dieu et notre communion à nos frères  deviennent les sources de notre paix intérieure. Sûrs d’être aimés, jusque dans notre pauvreté, la louange viendra habiter nos cœurs.

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