Vingt-troisième dimanche dans l'anné A - 1998/1999

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Le prophète Ezéchiel nous parlait à l'instant du «guetteur», c'est-à-dire de celui qui veille, aux aguets, attentif aux moindres dangers. La collectivité compte sur lui. Il est responsable de la vie des autres. S'il s'endort, s'il est négligent, ses compagnons seront menacés. Par contre s'il reste à l'affût, s'il lance l'alerte à l'approche de l'ennemi, mais qu'on ne l'écoute pas, sa responsabilité est dégagée.

En bâtissant son Eglise comme une fraternité, Jésus ne s'est pas fait d'illusion. Il savait les dissensions, les misères et les mesquineries humaines que l'on rencontre dans toute communauté. Et ici, -cela ne va pas sans un certain malaise, quand on pense à l'usage odieux qu'on a pu faire de cette parole au temps de l'Inquisition ou qu'on peut encore en faire dans des groupes sectaires -, l'évangile de Matthieu donne la démarche à suivre pour reprendre un frère qui pèche. La procédure est identique à celle du Manuel de discipline des Esséniens de Qumram. Elle comprend trois instances : l'avertissement  en tête-à-tête pour ne pas faire perdre la face, puis l'appel à d'autres frères pour éviter des jugements trop subjectifs, et, en dernier recours le jugement de la communauté.

Il ne s'agit pas du tout ici d'être un redresseur de torts, toujours prêt à faire la leçon aux autres ou à pratiquer la délation. Mais il est souvent plus lâche encore de se taire ou de ne parler que dans le dos de celui qui se fourvoie. L'écrivain grec Plutarque, contemporain de nos évangiles, faisait déjà remarquer : « Parce que maintenant l'amitié n'a qu'un filet de voix, quand il s'agit de faire de remontrances, bavarde qu'elle est pour flatter, et muette  pour avertir, c'est de nos ennemis que nous sommes réduits à attendre la vérité ». Et le philosophe Proudhon, disait que « les lâches humains ont plus peur de dire une petite vérité à un homme que de se battre avec lui ».

En réalité, c'est d'une procédure de miséricorde dont parle l'évangéliste : tout doit être tenté pour maintenir dans la communion fraternelle celui qui est sur le point de s'en exclure. La correction fraternelle  exige courage et délicatesse d'un côté, humilité et compréhension de l'autre. Elle ne se conçoit que dans un climat d'amour. Et si le frère s'endurcit et refuse d'écouter, il ne reste plus qu'à l'abandonner à la miséricorde du Pasteur suprême : lui fera l'impossible pour ramener la brebis égarée. Mais cela ne nous décharge pas de l'aimer, puisque nous devons  aimer « même nos ennemis », comme nous le rappelle le même évangile (Mt 5, 43).

Si le péché fait éclater la communauté, la prière renforce son unité. Si, au milieu même de leurs conflits, deux ou trois frères «sont réunis au nom de Jésus», « il est là », au milieu d'eux. Si nous restons au ras du sol, nous nous divisons. Si nous nous élevons dans la prière, nous convergeons. La prière communautaire, - en couple, en famille, en Eglise -, est créatrice d'unité et porteuse de la présence du Christ. Faut-il désespérer quand nous ne voyons pas le succès de nos efforts de réconciliation ? Non. Il faut croire à l'efficacité, inobservable par nos moyens humains, de la prière. Et plutôt que de critiquer les autres, prions pour eux. Voilà une bonne manière d'être responsable de ses frères.

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