Epiphanie A - 1998/1999

Tout commence, dans cet évangile, comme dans des contes orientaux : « Voici que des Mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem... » Réalité ou légende ? Eh bien, les deux. Matthieu nous raconte une histoire réelle sous les draperies du récit populaire. Son intention est de nous inviter à refaire pour notre compte l’itinéraire spirituel des Mages.

Car ils ont rencontré trois signes qu’ils ont su déchiffrer : l’étoile, la Parole et l’enfant. Trois jalons pour rencontrer Dieu.

Le premier signe de Dieu, en effet, est sa création. La première trace qui nous permet de le découvrir sont les étoiles et les autres étonnantes merveilles de la nature. Au mois d’août dernier, j’ai passé toute une nuit en montagne, à contempler la lune et les étoiles, loin des lumières et des bruits de notre civilisation... quelle splendeur ! Les sciences, surtout celles de la Nature, conduisent à Dieu, mais à la condition de se laisser étonner. Un vrai savant, c’est un enfant patient. Il échafaude des hypothèses, mais si cela ne marche pas, il recommence. Il ne critique pas la réalité. Il remet en cause son hypothèse. Il s’efface et il s’oublie. Il se laisse remplir d'admiration. Le prototype du mage, c’est Einstein. Il est mort dans l’angoisse d’avoir livré les secrets de l’atome à des politiciens endurcis. « J’aurais mieux fait d’être plombier » , disait-il... Mais il avait gardé son regard d’enfant, cela se voit dans son visage. Il jouait avec la relativité comme un enfant joue à la balle. Il était de ces vrais savants qui se laisse plus éblouir par le mystère qui leur échappe que par les parcelles de vérité qu’ils en ont arraché... Quand on a reçu ce choc, on devrait dire : « C’est trop génial; derrière tout cela, il y a vraiment une intelligence qui me dépasse ».

Le second guide qui mène à Dieu, c’est la Bible, sa parole inépuisable. Imaginez un artiste de génie qu’on invite à une soirée. Et voilà que tout le monde prend la parole et donne son avis. Cela devient la tour de Babel. Mais si on accepte de se taire et d’écouter son poème ou sa musique, alors cela devient inépuisable, comme une cantate de Bach, une pièce de Shakespeare, un roman de Lampedusa ou un poème de Rimbaud... Il devra parler, non pas pendant des heures ou des années, mais pendant des siècles. La Parole de Dieu, la Bible, c’est cela. Si à chaque verset, vous vous mettez à discuter, vous ne saurez jamais ce que dit Dieu. Vous ferez de ce texte un grimoire poussiéreux. Il ne faut pas interrompre l’orateur. Il faut laisser la mélodie résonner en soi. Ici aussi, pour en découvrir l’indicible beauté, il faut avoir gardé un coeur d’enfant. « Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu... »

Le troisième signe, précisément, c’est l’enfant. Quand on regarde le passé du Christianisme, on remarque que la majorité de ce qu’on appelle les « hérésies » rejette l’humanité de Jésus. C’est pourtant le plus sûr chemin pour sortir Dieu des abstractions desséchantes. « Prenez et mangez », dit Jésus. Dieu s’est fait petit enfant, fils des hommes, pour que nous nous découvrions, au ceux de nos existences les plus quotidiennes, fils et filles bien-aimés du Père. « Nous avons part à la divinité de celui qui a pris notre humanité », dit une des prières de l’offertoire, à la messe...

Apprenons des mages à nous laisser émerveiller par l’harmonie des étoiles, la beauté de la Parole de Dieu et la profondeur du visage humain. Puis à nous prosterner, dans le silence et l’adoration...

Retour