Troisième dimanche de l'Avent A - 2001-2002

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Visiblement, Jean-Baptiste est déconcerté. Il annonçait un Messie qui allait tout nettoyer, un juge dur et très violent, qui allait faire le tri entre bons et mauvais, couper et brûler tous les arbres morts. Il attendait donc un bouleversement complet de la société. Or, rien n'est en train de se passer. Si bien qu’il se demande s'il ne s'est pas trompé. C'est pourquoi il va envoyer à Jésus des messagers pour lui demander si vraiment il est « celui qui doit venir, ou s'il faut en attendre un autre ».

Nous nous posons la même question. Voilà deux mille ans que Jésus est venu sur la terre, et on ne peut pas dire que ça ait changé beaucoup de choses. Est-ce qu'on est seulement sorti de la préhistoire ? On se battait à coups de gourdins, et aujourd'hui, on se bat avec des bombes au laser, ce qui n'est pas mieux. La faim est toujours là, et les crises de plus en plus graves. Que sera demain ? On ne peut plus parler de progrès de l'humanité. Est-ce que l'homme a grandi ? On peut se demander alors si l'Eglise n'a pas failli à sa mission : elle qui rêvait de faire une société plus juste et plus fraternelle aboutit à un constat d’échec. Ce sont toutes les questions que nous nous posons et qu’on nous pose : « s’il y avait un bon Dieu… », disent les gens.

A Jean-Baptiste, mais à nous aussi, aujourd'hui, Jésus répond. Et il répond en citant Isaïe : " Les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. » Cette annonce d'Isaïe, Jésus commence à la réaliser dans des gestes concrets, à ce moment-là. Mais des gestes extrêmement discrets.

Il voulu naître dans un petit pays dont la population était plus ou moins méprisée par l'ensemble du monde civilisé. Ce n'était pas Athènes, ni Rome, encore moins l'Egypte. Il naît dans un pays sans éclat. Et même pas dans la capitale, Jérusalem, ni dans une grande famille. Bethléem est une toute petite bourgade. Et Nazareth, où il passera toute sa vie de travailleur, c'était le village dont on disait : " De Nazareth, que peut-il sortir de bon ! » Il va vivre sa vie humblement, discrètement. Voilà comment le salut du monde a commencé. Rien de très brillant.

Et Jésus nous dit, comme il le disait à Jean-Baptiste : il faudrait, d'une part, que vous ayez la patience, et d'autre part que vous sachiez bien regarder. La patience d’abord : "A ses yeux, mille ans sont comme un jour », dit le psaume. Dieu n'a pas la même échelle que nous pour mesurer le temps. Nous sommes des gens pressés. Je vous invite à relire le passage de la lettre de Jacques (5, 7-8) où il nous invite à avoir la patience du paysan : il sème, puis il est bien obligé d'attendre. Sachez vivre dans l'attente confiante.

Une deuxième chose que Jésus nous dit, c'est d'apprendre à regarder, à observer ce qui se vit aujourd'hui, comme de son temps, avec la plus grande discrétion, avec des moyens pauvres, mais qui est pourtant bien réel et va vers un progrès de notre humanité. Voir ces millions d'hommes, de femmes, de jeunes, d'enfants qui, aujourd'hui, vivent humblement, généreusement, les valeurs évangéliques. Je ne parlerai pas de ce qui existe déjà chez nous : ce serait faire atteinte à la modestie de beaucoup. Mais si nous savons bien regarder, cette foule d'hommes et de femmes qui se battent pour plus de justice, tous ceux qui prient pour la paix, ceux qui vont visiter les malades, ceux qui visitent les prisonniers, qui donnent à manger à ceux qui ont faim, ceux qui sont proches des immigrés, qui cherchent la rencontre, et ceux qui accueillent les réfugiés, tous les bénévoles, les catéchistes, ceux qui se dévouent pour les jeunes, ceux qui tendent la main à leur voisin et ceux qui sourient à ceux qui pleurent. Il forment une multitude sans nombre. Ils construisent un monde nouveau.

Chacun de nous doit acquérir ce regard attentif sur tout ce qui se vit de beau et de généreux dans le monde. Et non seulement regarder, mais y travailler. Alors, la joyeuse nouvelle d'un monde qui naît sera connue de tous. Les pauvres pourront s'en réjouir.
Le Royaume vient. Il grandit sous nos yeux. Par notre attente active et patiente, en ce temps d'hiver, le printemps déjà s’en vient.

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