Troisième dimanche de carême A - 2004-2005

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La soif, c’est plus que le besoin de boire ; c’est une certaine lassitude, comme celle de Jésus qui, accablé par la chaleur du jour, s’assied au bord du puits. «  Donne-moi à boire  », demande-t-il à la Samaritaine. Et cet appel provoque entre eux deux une conversation tellement animée que la femme, bouleversée, laisse là sa cruche, sans puiser d’eau, pour courir à la ville et parler de Jésus à ses concitoyens.

Dans la première lecture, les hébreux ont soif. Ce n’est pas étonnant. Ils sont dans le désert, entourés de rochers et de sable, ils marchent depuis longtemps dans une terre aride, altérée, sans eau. Dieu dit à Moïse de frapper un rocher. Et de cet environnement aride, pierreux et hostile, sort une source rafraîchissante ; de ce désert porteur de la mort jaillit de l’eau qui fait vivre.

Il y là un enseignement mystique. S’il est une soif physique, il y a aussi une soif spirituelle, que la Bible appelle la soif de Dieu. Il y a aussi une lassitude spirituelle, la fatigue de se trouver dans un désert spirituel, dans un monde aride, hostile, où rien ne nous nourrit, rien ne nous rafraîchit. Le petit récit du Premier Testament nous dit que, même dans une telle aridité, un rafraîchissement est possible.

Des centaines d’années après, Saint Paul a vu dans ce petit récit une image du Christ. Il dit dans sa première lettre aux Corinthiens que les hébreux « ont tous bu le même breuvage spirituel, car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était Christ » (1 Corinthiens 10,4). Même si les hébreux dans le désert ne le savaient pas, c’est le Christ qui était la source de leur vie spirituelle, c’est Jésus qui les a rafraîchis. Qui plus est, dit saint Paul, ce rocher qu’était le Christ les suivait. L’ image est surprenante : un rocher ambulant qui court derrière le peuple dans le désert ! Mais elle signifie que Jésus est toujours présent, là où nous sommes,  qu’il ne faut pas se déplacer pour trouver l’eau spirituelle dont nous avons  besoin.

Jésus dit à la Samaritaine que c’est lui la source d’eau vive, de l’eau qui fait vivre et qui rafraîchit. En disant cela, il prétend effectivement être divin, parce qu’il n’y a que Dieu qui peut étancher la soif spirituelle de l’être humain. « L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné », dit saint Paul dans la seconde lecture. Et pour trouver cet amour, pour dégager cette eau, il ne faut pas aller puiser à un lieu profond comme le puits de Jacob, c’est à dire à la tradition juive. Il ne faut pas non plus aller au temple de  Jérusalem ou à la montagne des Samaritains pour adorer le vrai Dieu ; adorer le vrai Dieu en esprit et vérité, c’est la même chose que de se laisser rafraîchir par Dieu, recevoir la vie que Dieu nous donne. Jésus, la source de cette eau et de cette vie, et déjà là où nous sommes.

Cette source n’est pas extérieure à nous-mêmes. « Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » Nous avons déjà en nous-mêmes la source de notre vie spirituelle.

Beaucoup de religions non-chrétiennes le savent aussi, qui disent que chacun doit trouver ses ressources spirituelles en lui-même. La différence est que les chrétiens reconnaissent que cette source de vie, bien qu’elle soit en nous, n’est pas de nous ; cette vie est la vie de Dieu en nous. C’est bien là aussi le sens de la prière chrétienne : elle est une relation. Lorsque nous exprimons à Dieu tous nos besoins, nous établissons une relation entre Lui et nous; et cette relation est beaucoup plus importante que le fait de recevoir ou non ce que nous Lui demandons. Jésus a révélé à la Samaritaine la source d’eau vive qui dormait dans son cœur. Et cette découverte a été plus importante que le fait que la femme ait oublié de lui donner à boire !

La source est là où nous sommes, même dans les circonstances les plus arides, dans un désert spirituel. Si nous avons en notre cœur profonds cette fontaine d’eau vive, profitons-en. Par la prière, par la méditation, par le silence - par la pratique qui nous convient - puisons au profondeur de nous-mêmes cette eau que Jésus est venu nous donner.

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