Quatrième dimanche de carême A - 2004-2005

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L ‘évangile d’aujourd’hui peut se diviser en trois points : une remise en question, un long chemin et un changement de regard

Une remise en question

« Je suis venu en ce monde, dit Jésus, pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Ce long récit de Jean commence sur la question du péché. Les disciples devant l’aveugle-né n’envisagent que deux hypothèses : ou bien l’aveugle était pécheur, ou bien ses parents l’étaient. Or, voilà qu’à la fin du récit, le passage de Jésus fait apparaître une troisième éventualité : les vrais pécheurs, ce ne sont ni l’aveugle ni ses parents, mais ceux-là mêmes qui les soupçonnent de péché. Les accusateurs sont accusés ! Les arroseurs sont arrosés ! « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : "Nous voyons", votre péché demeure. » Le comble de l’aveuglement, nous dit Jésus, c’est de ne pas voir qu’on est aveugle !

Un long chemin

 Le long chemin est celui que parcourt l’aveugle tout au long des interrogatoires qu’il subit, un long chemin qui va de la peur au courage et jusqu’à l’ironie : « Serait-ce que, vous aussi, vous voudriez devenir ses disciples ? »

Ce long chemin est aussi celui de la foi qui grandit à travers les contrariétés. Au début du récit, l’ancien aveugle est encore réservé. Il commence par dire de celui qui l’a guéri que c’est « l’homme qu’on appelle Jésus. » Ensuite, sous les questions des scribes et des pharisiens, il sort peu à peu de sa retenue et prend de plus en plus de risques... au point de se faire jeter dehors !
Et du coup il progresse de plus en plus dans sa foi en Jésus : « l’homme qu’on appelle Jésus ... c’est un prophète ... si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ... Je crois, Seigneur. »  Il passe des ténèbres à la lumière. Vivant de plus en plus «  en fils de la lumière », il se réveille, il se relève d’entre les morts et le Christ l’illumine.

Ceux qui peuvent dire le mieux qui est Jésus-Christ, ce ne sont ni les historiens, ni les exégètes, ni les théologiens. Ce sont ceux qui, réellement, mettent leurs pas dans les siens. Seuls ceux qui aiment peuvent bien parler de l’amour. Seuls ceux qui essaient de mettre en pratique l’Évangile découvrent qui est Jésus.

Un changement de regard

L’évangile d’aujourd’hui nous invite enfin à la purification du regard que nous portons sur les situations et sur les gens. Au lieu de considérer les situations difficiles comme autant d’impasses suscitant anxiété et désespoir, tournons-nous vers Dieu pour qui rien n’est jamais perdu. Ouvrons les yeux pour voir les petits signes quotidiens, certains que Dieu peut faire de nos impasses des passages.

Au lieu de considérer les gens en fonction de leur position sociale, au risque de les mépriser ou de les craindre, apprenons à les regarder comme Dieu même les regarde. Rappelons-nous le choix de David : les plus importants, pour Dieu, ne sont pas ceux auxquels on aurait pensé spontanément.

Acceptons donc en ce carême une remise en question qui nous fasse avancer au long chemin de la foi jusqu’à la rencontre du Ressuscité, qui illuminera notre regard intérieur.

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