6e dimanche dans l'année année A - 2010-2011

Retour

La première réaction, en entendant ce discours du Christ, c'est de se dire : « c’est excessif et même impossible. » Pourquoi Jésus est-il si radical dans l’interprétation des commandements ?

La première lecture de ce jour (Sirac le Sage), propose une première piste de solution : vivre, c'est choisir. Choisir entre le bien et le mal, entre la vie et la mort, entre le bonheur et le malheur. Nous sommes libres, non pour faire n'importe quoi, mais pour aimer. La loi de Dieu, transmise au Peuple par Moïse, indique une route et pose des balises. Elle nous dit : « Si tu sors de cette route, si tu cours en dehors des balises, tu risques bien alors de te perdre. »

Si à cette Loi, Jésus ajoute exigences ? Parce qu’il veut, comme il le dit un peu plus loin dans ce chapitre de saint Matthieu que nous soyons « parfaits comme votre Père céleste est parfait. »  La destinée de l’homme n’est pas un club de vacances éternelles auxquelles il aurait accès s’il ne tue pas et vole pas. Notre destinée c’est la divinisation, c’est de devenir Dieu par participation. Or, en Dieu il n‘est de place que pour l’amour. Tout le reste sera brûlé comme de la paille.

Ce que Jésus veut purifier, c’est le cœur, le centre même de l’homme blessé, perverti, endurci par le mal, par le non-amour. Ainsi demande-t-il à ses disciples d'intérioriser la loi. Ainsi refuser le meurtre et choisir la vie passe par le rejet de toute violence y compris le rejet de la pauvreté et de l'injustice. Ainsi choisir la fidélité n'est pas étouffer son désir mais l'enraciner dans le temps. Ainsi, refuser le mensonge c’est mettre en cohérence nos paroles et nos actes. Aimer est toujours une sortie de soi, un renoncement et donc un combat. Aimer ne peut éviter la croix. Aimer, c’est refuser le superficiel pour l’éternel. Aimer, c’est consentir nous laisser configurer à l’image de l’Amour qu’est Dieu. Dans son beau roman, « la puissance et la gloire », Graham Greene écrit à propos de son pauvre prêtre qui va être fusillé : « il savait maintenant qu’en fin de compte une seule chose importe vraiment : être un saint. »

Si être bon consistait simplement à ne pas commettre d’adultère, à ne pas tuer, à ne pas exiger plus qu’un œil pour un œil et une dent pour une dent, nous pourrions facilement nous sentir capables d’y arriver. Mais si être fidèles à l’appel de Jésus consiste dans la pureté d’intention jusqu’à l’amour de l’ennemi ; si cela consiste à donner toujours plus qu’on nous demande ; à réparer la relation avec nos frères lorsqu’elle est brisée – alors nous ne sommes pas appelés à moins qu’à la sainteté. Anne d’Autriche se confiait ainsi à saint Vincent de Paul : « J’ai tout voulu, Monsieur Vincent, et j’ai eu tout… tout ce que rêvait la petite infante autrefois dans son Escurial, le plus beau royaume du monde, le plus bel amour… les plus beaux diamants. Mais entre cette petite fille avide et cette vieille reine lourde de gloire et de bijoux, qui rêve en ce moment en face de vous, il me semble maintenant qu’il n’y a eu qu’un grand songe vide. Je n’ai rien fait… Vous, Monsieur Vincent, qui n’avez pensé qu’à donner, sentez-vous au seuil de la mort ce grand trou vide derrière vous, vous aussi ? – « Oui, madame. Je n’ai rien fait » – « Que faut-il faire dans une vie, Monsieur, pour faire quelque chose ? »   – « Davantage. »

C’est dans cette attitude d’enfants trébuchants encore en train d’apprendre à marcher, que nous poursuivons l’eucharistie, conscients de notre pauvreté et plus encore confiants en Dieu riche en tendresse et miséricorde.

Retour