Noël année A - 2010-2011

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À la nuit de Noël appartient le secret de la naissance, racontée par saint Luc : « Vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. » (Luc 2). Tel est, en effet, l'événement au cœur de la nuit de Noël : la naissance au monde d'un être de chair et de sang. Ce fut tellement modeste que cela resta quasi inaperçu aux yeux des contemporains. Aucun éclat, aucun signe particulier. Rien que la condition humaine qu’en son Fils Dieu vient épouser au jour le jour, jusqu’à la mort. Dans un poème émouvant, Marie Noël fait dire à Marie :

De bouche, ô mon Dieu, vous n'en aviez pas
Pour parler aux gens perdus d'ici-bas...
Ta bouche de lait vers mon sein tournée, 
O mon fils, c'est moi qui te l'ai donnée.  …

De mort, ô mon Dieu, vous n'en aviez pas
Pour sauver le monde... O douleur ! là-bas,
Ta mort d'homme, un soir, noir, abandonnée,
Mon petit, c'est moi qui te l'ai donnée.

L’évangéliste nous montre comme signe un nouveau-né couché dans une mangeoire. Marie nous offre symboliquement son fils en nourriture. Noël baigne déjà dans la nuit de la Passion et la lumière de la résurrection…

Après Luc qui nous donne à scruter le mystère de la « douce et sainte nuit », Jean au matin de la Nativité nous fait plonger dans la profondeur du mystère de « L’Immortel qui se fait mortel. »  Car la naissance de Jésus à Bethléem n'est pas un commencement absolu. Avant de naître de la Vierge Marie, il vivait déjà aux siècles éternels, près du Père. Ce Fils qui apparaît aujourd'hui à nos yeux ne commence pas d'exister au moment où il nous est manifesté. De toujours à toujours, il est Dieu, avec le Père et dans l'unité de l'Esprit. D'où la formule de saint Jean au début de son Évangile : « Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. »

Avec saint Jean, arrêtons-nous à ces mots. En regardant l'enfant de Bethléem, il nous est donné de voir bien plus que seulement un petit d'homme. Cet enfant qui repose sur la paille, pain offert pour notre faim, est le propre Fils de Dieu manifesté dans la chair. Le Verbe éternel prend, à son compte et sans tricher, l'humanité telle qu'elle est. Il le fait au point de ne pas renier ce trait si irrécusable de notre humaine fragilité : la mort.

Lorsqu'il vient la remplir de sa présence, le Verbe ne fait pas voler en éclats notre humanité. Il vient y faire sa demeure en la respectant. Et il le fait pour que nous aussi sachions habiter ce corps mortel qui est le nôtre, cette condition mortelle qui est la nôtre, comme des êtres qui ont leurs vraies racines dans le cœur de Dieu, dans l'éternité de plénitude de vie, plénitude d'amour.

Le Verbe vient habiter notre humanité aux prises avec le péché pour la rendre à elle-même. On appelle cela le Salut. Et ce n'est pas une guérison partielle de notre être ! C'est plutôt la ressaisie de notre être profond, sa réorientation vers la source d'où jaillit sa vraie vie, son retour dans l’alliance amoureuse avec Dieu, son rapatriement en terre promise, sa rentrée à la maison paternelle…

Avec saint Jean, avec saint Luc, contemplons l'enfant de Bethléem et laissons-nous émerveiller par le Dieu qui se fait l'un de nous. C'est si vrai qu'on ne le distinguerait pas de son voisin ! Mais en regardant l'enfant, en nous laissant saisir par sa ressemblance avec nous, mettons-nous en chemin pour, à notre tour, trouver le secret de la ressemblance avec lui. Que la nourriture eucharistique nous comble de la paix annoncée par les anges à ceux que Dieu aime, et nous transforme aussi en sources de paix pour tous ceux qui nous entourent.

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