27e dimanche dans l'année A

Retour

Dans la Bible, la vigne est symbole de bien-être, de prospérité et de paix. Lorsque les gens rêvent de tranquillité et de bonne entente, ils parlent de vigne : « Il y avait la paix sur toutes les frontières alentour. Juda et Israël habitèrent en sécurité chacun sous sa vigne et sous son figuier, depuis Dan jusqu’à Bershebba, pendant toute la vie de Salomon. » (1 Rois 5, 5) « On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à faire la guerre. Mais chacun restera assis sous sa vigne et sous son figuier, sans personne pour l’inquiéter. » (Michée 4, 3-4).

Lorsque Isaïe et Jésus, bien après lui, mentionnent la vigne, on s’attendrait donc à des paraboles de paix et de prospérité. Bien au contraire, Isaïe montre alors la vive déception de Dieu, désillusion qui se mue en colère : « J'en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j'interdirai aux nuages d'y faire tomber la pluie » (1ère lecture).

L’évangile, lui, décrit des gérants de vigne qui ne pensent qu’à tuer pour s’emparer d’un bien qui ne leur appartient pas. Jésus lui-même, en fin de parabole, porte ce jugement : « Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera porter du fruit ». Ne lisons pas trop vite cette conclusion en termes historiques comme un désaveu du Peuple d’Israël en son entier au profit d’un autre peuple qui serait l’Eglise. Ce serait pervertir le texte si on s’en servait pour stigmatiser « les autres », en évitant de se mettre soi-même en question. La sentence vise des attitudes : le refus de l’écoute, le refus de se convertir, l’inaptitude à remplir la mission confiée, l’incapacité à porter de bons fruits... que ces attitudes soient le fait d’Israël ou de l’Eglise.

La parabole dit d’abord que Dieu nous confie sa vigne. Il veut que nous en soyons les gestionnaires responsables. Il est donc bon de nous demander ce que nous faisons du monde que Dieu nous a confié. Qu’en est-il de la paix entre les nations, du partage des biens de la terre, du respect des ressources et de l’équilibre écologique ? Comme dans la parabole d’aujourd’hui, nous pourrions nous prendre pour les propriétaires du monde, à en accaparer les ressources pour nous-mêmes, sans penser aux autres et sans nous préoccuper de l’avenir.

Quel est donc le fruit que Dieu attend de nous ?

Ce fruit, c’est une Eglise qui soit prête à ne pas se réserver les biens que Dieu lui donne, mais qui soit décidée à rejoindre son Seigneur là où il sert les pauvres, dans l’amour et le partage. Une fraternité où l’on ne sauve que ce que l’on donne, et où tout ce qui n’est pas donné est perdu. Une communauté comme celle des chrétiens de la ville de Philippes que l’apôtre Paul présente comme une vigne modèle, portant un fruit excellent, et qu’il n’a plus qu’à encourager.

Puissions-nous être de ceux-là et accueillir ce verset du psaume 118 que cite Jésus : « La pierre rejetée des bâtisseurs est devenue la pierre d’angle », Le dernier mot n’est ni à la mort ni à la croix. La merveille, c’est que celui qui est rejeté devient la pierre angulaire d’un monde nouveau. La bonne nouvelle c’est que Dieu seul peut faire sortir du mal, le bien, et de la mort, la résurrection.

Retour