Troisième dimanche de l'Avent A - 2010-2011

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Le message du prophète Isaïe, si riche d'images de bonheur, contient aussi une annonce redoutable, un appel à la vengeance de Dieu, à la revanche de Dieu. Le Dieu de Jésus-Christ est solidaire des pauvres, des humiliés, des opprimés, des victimes. Comment ne pas penser aux hommes cruels et cyniques qui qui utilisent la religion pour fanatiser des terroristes, qui n'hésitent pas à faire massacrer des innocents, des femmes et des enfants et qui usent de moyens répressifs brutaux pour semer la terreur. Il est donc équitable de parler de la justice de Dieu envers ceux qui, jusqu'à leur mort, s'endurcissent dans le crime.

Mais, de son côté, Jean-Baptiste doute. Il se pose des questions. De sa prison , il a bien entendu parler des oeuvres du Christ. Mais elles ne sont pas celles qu’il avait annoncé sur les bords du Jourdain. Quel contraste entre son justicier la hache à la main (Matthieu 3, 10-12), et cet homme « doux et humble de coeur » (Matthieu 11, 29). Il avait prédit la vengeance de Dieu, et c’est la miséricorde qui est offerte avec douceur et simplicité. Aussi fait-il mener une enquête. Ses disciples interrogent Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » La question traduit une déception et une impatience face à Jésus. Le Messie devait libérer les prisonniers : mais alors pourquoi Jésus laisse-t-il son précurseur dans les cachots d’Hérode ?

Sa déception est aussi la nôtre. Osons nous l’avouer. Dieu est déconcertant. Il nous déçoit souvent. Il n’est pas comme nous aimons l’imaginer. Il ne répond pas à nos attentes et à nos désirs. Tant que nous recherchons un Dieu qui fasse comme nous le « voulons », nous resterons profondément insatisfaits.

Le précurseur a reçu une réponse en signes et en preuves. Mais il ne s’agissait pas de victoire éclatante ni de revanche brutale. Le Messie est bien là, la libération a commencé. Le Royaume de Dieu est inauguré. Autrement dit, l’imprévu a déjà surgi. Mais les signes de la présence du Royaume de Dieu n’ont rien de spectaculaire. Discrets et cachés au creux du quotidien, ils passent aisément inaperçus. Le vrai Dieu, celui de Jésus-Christ, ne se manifeste pas en attitudes fracassantes, mais par des gestes qui sauvent. Un respect de tout être, une bonté et un pardon généreusement offerts.

Des attitudes, en fin de compte, qui sont à notre portée. Car accuser Dieu, et ne rien faire dans ce monde pour aider ceux qui sont écrasés, pour libérer les enchaînés, pour donner du pain aux affamé, c'est trop facile. Quand les yeux des aveugles s’ouvrent, quand les accablés se redressent, quand les étrangers sont accueillis, le Seigneur est à l’oeuvre. Le véritable signe que le Règne de Dieu est commencé, c’est quand il y a de l’amour. Nous n'en avons pas d'autre à attendre.

En ce temps de l'avent, nous sommes donc invités à revisiter nos déserts. Ils s'appellent : misère, injustice, racisme, découragement, sans oublier nos désolations intérieures. Reprenons courage ; le renouveau attendu est l'œuvre de Dieu. Nous sommes invités à semer, sarcler, arroser. Mais Dieu fait déjà refleurir nos déserts.

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