Premier dimanche de l'Avent B - 2002-2003

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Veillez ! A quatre reprises, l’exhortation est répétée dans l’évangile d’aujourd’hui.  « Ah ! Si tu déchirais les cieux ! », disait Isaïe, tandis que saint Paul renchérit en parlant de « tenir solidement jusqu’au bout. » Le ton de cet Avent qui commence est donc bien donné par les lectures.

L’Avent est donc avant tout le temps de l’attente du Seigneur. « Reviens », dit Isaïe, « ne nous laisse pas tomber » pourrions-nous ajouter en termes modernes. Le peuple s’est détourné de Dieu, il erre sur des sentiers inconnus et ténébreux. Mais notre Dieu, nous rappelle le prophète, est un Dieu fidèle, qui répond  à celui qui revient à lui, un Dieu qui vient à la rencontre de celui qui attend.

Cet Avent 2002 qui débute aujourd’hui nous est donné pour réveiller notre attente, notre soif de Dieu. Car nous sommes bien souvent guettés par l’assoupissement, comme le mauvais conducteur qui a trop bu et se jette dans l’obstacle. Restons sur nos gardes, soyons vigilants, vivons, comme le conseillait Charles de Foucauld, « chaque jour comme si tu allais mourir ce soir. »

 Car Dieu semble absent, comme cet homme de la parabole qui est parti en voyage. Dieu est le « Tout-Autre » qui nous laisse apparemment seuls, non pas tant dans le malheur, mais devant notre responsabilité d’êtres libres et adultes. Dans nos familles, dans nos métiers, dans la cité et dans l’Eglise.

Mais s’il parle de l’absence, Jésus parle plus encore de son retour. Nous marchons vers cette rencontre. Celle de la fin du temps, où, Seigneur, je te verrai face à face, et je te connaîtrai comme je suis connu. Mais celle aussi de l’AUJOURD’HUI, où Dieu ne cesse de venir à nous,… « mais c’est de nuit », comme le dit l’un des grands poèmes de Jean de la Croix. Car notons le bien, l’évangile ne suggère qu’un retour de nuit : « le soir, ou à minuit, au chant du coq, ou le matin… »  Pourtant en Orient, jadis, il n’était pratiquement pas question de voyager de nuit, tant l’insécurité des chemin était grande. C’est donc vers la signification symbolique de la nuit qu’il faut nous pencher pour comprendre la nuit. La nuit, c’est le temps des ténèbres, celles où s’enfoncent Judas dans l’évangile de Jean, celles de la Passion, le temps de la tentation et de l’épreuve. C’est la nuit surtout, qu’il faut rester vigilant.

Veiller dans la nuit, c’est attendre dans les difficultés. C’est garder l’espérance quand tout est noir, c’est balbutier sa prière quand les vents sont contraires. C’est recevoir de Dieu la grâce obscure de tenir bon, de rester debout lorsque tout paraît s’écrouler autour de nous. Dieu est là, source cachée, sourdant éternellement, mais c’est de nuit, chante le poète-mystique espagnol. Et Edmond Rostand, qui n’était pas un saint, a ce mot extraordinaire dans son « Chanteclerc » : «  c’est dans la nuit qu’il est bon de croire à la lumière ».

Car Dieu arrive chaque jour, mais toujours à l’improviste ! Il est inattendu, surprenant. Garons-nous prêtes pour l’imprévu de ses visites.

C’est le temps de l’Avent. Devenons des guetteurs de l’aube divine, par la foi persévérante et par la charité attentive.

Et je voudrais pour conclure citer ce beau texte du cardinal John Newman que j’aime beaucoup :

« Savez-vous ce que c’est que d’avoir un ami, d’attendre qu’il vienne, et de le voir tarder ? Savez-vous ce que c’est que de désirer que le temps passe, en attendant la venue de quelqu’un qui vous fait battre le cœur ? Savez-vous ce que c’est que d’avoir un ami au loin, d’attendre de ses nouvelles, de vous demander, jour après jour, ce qu’il fait en ce moment, et s’il se porte bien… Veiller dans l’attente du Christ est un sentiment qui ressemble à ceux-là ».

Si nous aimons, nous comprenons si bien cela ! Bon Avent !


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