Huitième dimanche dans l'année B - 2003

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Une joyeuse bande de jeunes (hommes et femmes) autour de Jésus : voilà comment les Évangiles nous présentent le Maître et ses disciples. Ils ne s'embarrassent pas de prescriptions religieuses. Bien au contraire, on les trouve en train de manger et de boire avec des pécheurs infréquentables. Jésus lui-même sera un jour appelé « ce mangeur, ce buveur de vin ». Un scandale !

Pourtant, pharisiens et baptistes avaient pensé, au début, pouvoir récupérer Jésus et son message. Ils espéraient que, dans le sillage de Jean-Baptiste, il allait travailler à renouveler la ferveur de la nation (à la limite, réorganiser le culte et remplir les synagogues). L'époque dans laquelle ils vivaient en avait bien besoin : relâchement des mœurs, occupation romaine de plus en plus pesante, collaboration des autorités religieuses avec l'occupant, indifférence religieuse. Et surtout cet immense découragement des petites gens : si Dieu, notre Dieu, est l'Unique, que fait-il pour nous, son peuple choisi ? A cette question, les sectes baptistes répondaient en demandant aux gens une véritable conversion, dont le symbole était le baptême, plongeon dans l'eau purificatrice ; les pharisiens, de leur côté, se voulaient les "purs " au sein d'un monde mauvais. Ils voulaient témoigner, par leurs pratiques religieuses (prière, jeune, aumône) de la pureté de leur religion.

Lorsque Jésus paraît, son attitude et celle de ses disciples est en contradiction totale avec celle des pharisiens et des disciples de Jean. Pourquoi ? Simplement parce qu'il a une autre réponse à donner à la question des gens : « Dieu, notre Dieu, que fait-il pour son peuple ? »

Sa réponse ? Une noce, à laquelle ses disciples sont invités. Une fête qui exclut toute perspective de jeûne ou autre pénitence. Quelle noce ? L'union de Dieu et de l'humanité en sa propre personne. C'est le père Chenu qui écrit : « Dieu s'est épris d'amour pour l'homme, pour sa créature qu'il a trouvé belle. Comme tous les amoureux, il a voulu cette folie de devenir l'autre : homme. » Par cette image de noce, l'Homme-Dieu vient nous révéler qui est Dieu et combien grand est son amour pour chaque homme. Alors, plus question de faire quelque chose pour nous rapprocher de Dieu. Il s'agit simplement d'accueillir dans sa vie la joyeuse Bonne Nouvelle d'un Dieu dont le nom est "Amour".

C'est tout le sens des propos de Jésus sur le vieux et le neuf : vieux tissus et pièces neuves, vieilles outres et vin nouveau. Il dit l'incompatibilité entre l'ancien et le nouveau. Pharisiens et disciples de Jean rêvaient d'une restauration ; Jésus annonce une révolution. La nouveauté qu'il apporte ne s'accommode pas du vieux vêtement des traditions ni des pratiques religieuses anciennes. Elle réclame du neuf.

C'était il y a vingt siècles. Et aujourd'hui ? Eh bien, aujourd'hui, ne nous le cachons pas, nous sommes en période de jeûne. Comme Jésus l'avait annoncé, "un temps viendra où l'Époux leur sera enlevé : ce jour-là, ils jeûneront". La fête a duré quelques petites années, jusqu'au jour où l'Homme-Dieu est mort sur une croix, donnant ainsi la preuve essentielle qu'il est l'Amour. "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime." Certes, Jésus, avant de quitter visiblement ses disciples, leur a dit : " Je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin du monde ". Mais enfin, on ne le voit plus. Et c'est justement en cela que consiste notre jeûne. Il ne s'agit pas d'un jeûne matériel, une privation de nourriture ; il s'agit d'une privation tout autre, disons « l'absence de claire vision ». Dans la nuit de la foi. Ce n'est pas toujours facile. A moins qu'on ne se souvienne des paroles que le prophète Isaïe met dans la bouche de Dieu : « Le jeûne que je préfère, c'est détacher les chaînes injustes, défaire les liens du joug, renvoyer libres les opprimés… » Alors, tout à coup, notre vie prend sens et valeur. Le jeûne consistera à rencontrer le Christ dans tous mes frères « démunis ou opprimés ».

« Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête… » N'est-ce pas là une invitation à la joie, comme une préparation, dès maintenant, à la fête sans fin, au festin des noces de l'Agneau. C'est ce que nous annonçons dans chaque Eucharistie.

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