Cinquième dimanche ordinaire B -2006

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Comme Job, l’homme crie son désespoir devant la souffrance : « A quoi bon se dépenser ? La vie sur la terre est vraiment une corvée ! » Depuis le commencement du monde, combien d’hommes et de femmes éprouvés ont-ils ainsi rugi leur révolte, et invoqué Dieu avec colère : « Dieu, es-tu sourd à notre détresse ?Pourquoi restes-tu muet devant nos épreuves ? Notre malheur te laisse-t-il indifférent ? »  Dieu abandonnerait-t-il les hommes ? Les laisse-t-il et les laissera-t-il toujours dans la tourmente ?

Voici 2000 ans un appel a retenti au bord du lac de Tibériade. « Venez, suivez-moi ! » proposait un homme. Quatre pêcheurs ont alors tout quitté pour le suivre. Dans la scène de l’évangile de Marc que nous venons d’entendre, nous les retrouvons à Capharnaüm. La belle-mère de l’un deux, Simon, est alitée et abattue par la fièvre. Jésus ne parle pas. Il agit : il prend la malade par la main et la remet debout, guérie. Aussitôt, la belle mère de Simon-Pierre retrouve le goût de la vie et du service.

En Jésus, Dieu s’est approché des hommes comme jamais. Son seul but : guérir et remettre debout. Ce qui veut dire que pour tout homme, chrétien ou non, le premier devoir est d’aider ses frères en difficulté afin de les réconforter, non de belles et seules paroles, mais par des actes concrets.

Le lendemain, il se lève à l’aube et se retire au désert dans le calme et le silence. Il prend le temps de se replonger dans l’intimité du Père pour savoir quelle route prendre. Et puis seulement, il dit à ses disciples « Partons ailleurs ! »

Cela nous en apprend beaucoup sur la façon dont Dieu veut que nous prenions nos décisions.  Et tout d’abord, il veut que nous en prenions.  Parfois nous n’avons pas le courage de le faire et nous attendons que Dieu les prenne à notre place.  Nous pouvons nous mettre à prier avec insistance, demandant à Dieu de nous dire quoi faire.  Nous pouvons même lui demander de nous donner des signes, ou même nous pouvons commencer à voir des signes dans ce que les personnes autour de nous considèrent comme des événements ordinaires de la vie.  C’est là une attitude ambiguë.  Cela peut facilement être une façon de faire confirmer par Dieu nos attentes ou nos peurs inconscientes.  Ce que Dieu veut que nous fassions, c’est que nous prenions des décisions intelligentes et rationnelles, en tenant compte de tous les aspects de la réalité en nous et autour de nous. 
Les temps de prière, comme ceux que Jésus passait sur la montagne de nuit, sont des moments où nous plongeons dans notre cœur et où, étant en contact avec notre être profond, nous sommes aussi en contact avec Dieu qui est le créateur et la source de notre être. Nous pouvons alors être honnêtes avec nous-mêmes comme avec Lui.  Nous commençons alors à tout voir dans notre vie à partir de Sa perspective.  C’est alors que nous pouvons prendre les décisions importantes.  Elles seront entièrement nôtres, mais elles seront en même temps un acte d’obéissance radicale à Dieu, car elles seront une réponse à la réalité intégrale en nous et autour de nous, perçue à partir de la perspective de Dieu et vue, en quelque sorte, à travers Ses yeux.  C’est ce que Paul appelle l’obéissance de la foi et ce que Jean nomme la Communion (Koinonia) avec le Père.  Cette obéissance ne consiste pas à poser un acte qui nous a été commandé, mais simplement à vouloir ce qu’Il veut. 

Ceci ne peut se réaliser qu’à travers une rencontre personnelle dans la communion de la prière. Cette contemplation fécondera nos paroles et nos actes. Elle transfigurera les souffrances vécues, rencontrées, éprouvées. Plus un homme va loin en lui-même, plus il atteint jusqu’à la racine de son être, plus il augmente le poids de ses paroles et de ses actes. L’homme qui ne prie pas « n’a plus de dedans » et se prive de l’infini qui l’habite.  

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