Troisième dimanche de l'Avent B - 2008-2009

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La tapisserie de la liturgie de ce dimanche est parcourue par un fin fil d’or : celui de la joie. Un fil ténu, mais qui éclaire d'un discret éclat la nuit de notre vie. La joie n’est pas le plaisir, ni le bien-être du consommateur. Elle ne se rencontre pas dans les pays parvenus à un haut niveau de vie et parmi les populations aisées. Ce serait même l'inverse : des pauvres rayonnent de joie alors que beaucoup d'autres, richement comblés, ne la trouvent pas. Qu’est-elle donc ? Laissons Isaïe, Jean-Baptiste, Paul et la Vierge Marie nous l’apprendre.

Selon l'opinion courante, la joie serait le sentiment d'être rassasié, d'être en possession de ce que l'on voulait. Dès qu’on peut se procurer et jouir de ce que l’on convoite, on éprouve du plaisir. Mais, nous l’avons déjà tous remarqué, ce plaisir est très passager et nous laisse foncièrement insatisfait. Là ne réside pas la joie. La joie véritable vient de la rencontre de l’Autre, des autres. Elle pétille nous dit Isaïe lorsque cet Autre « m'a enveloppé du manteau de l'innocence, il m'a fait revêtir les vêtements du salut, comme un jeune époux se pare du diadème, comme une mariée met ses bijoux » (1ère lecture). Elle éclate en chant et en danse dans le Magnificat de Marie : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Il s'est penché sur son humble servante ! » Elle est le fruit de la rencontre de Dieu dans la prière, ajoute saint Paul : « Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c'est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus » (2e lecture).

Jean-Baptiste, lui, est le prophète qui se tient en dehors du système de consommation. Il puise sa joie ailleurs que dans ce qui nous complique souvent l'existence. Il se présente comme une simple voix qui crie dans le désert. Il n'attire pas à lui mais il désigne celui qui doit venir. Tout son désir se porte sur la venue de l'époux : « c'est ma joie, et j'en suis comblé » (Jean 3, 29). Le secret de la joie est d’être avec Jésus et de préparer sa venue dans nos cœurs et dans celui des autres. La joie est la rencontre du Dieu vivant, dans la prière et dans la relation avec les autres. La joie c’est de dire que le Messie est déjà présent : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c'est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » La joie c’est d’être libéré des pièges du désir possessif Jean-Baptiste trouve sa joie non pas dans la possession de ce qu'il souhaitait, mais dans un désir toujours renouvelé des noces de Dieu avec les hommes. « Il est ravi de joie à la voix de l'époux. » (Jean 3, 29.) Quel grandeur chez le Baptiste ! Il vivait sur les rives du Jourdain, au bord de la Terre promise, au seuil de la salle des noces. Il va jusqu'à renoncer à jouir de la présence du Christ. Il reste sur le seuil pour mieux nous indiquer le chemin du monde nouveau, monde de la joie parfaite. Sa joie n'est pas celle d'une possession illusoire, mais ce qui surgit en nous lorsque nous tendons l'oreille de notre cœur à la voix du Christ.

Nous ne pourrons pas entrer dans la joie de Noël sans passer par une certaine expérience de pauvreté et même de renoncement, à l'école de Jean-Baptiste. À Bethléem, Dieu arrive comme un pauvre et il nous faut un cœur de pauvre pour nous réjouir avec Marie, Joseph et les bergers. Nous cherchions peut-être Dieu dans la santé, la réussite professionnelle, l’amitié ou le bonheur de vivre, et bien sûr, heureusement, Il est là ! Mais quand vient la maladie, l’échec familial, la pauvreté, il y est encore. Même au sein de l’épreuve, nous pouvons accueillir la joie parfaite et la paix. Jésus, toujours présent, est la source de la seule joie que personne ne pourra nous ravir, celle du Magnificat des pauvres, celle de cet émouvant Jean Baptiste heureux ne n’être que le témoin de la lumière, l’ami de l’Epoux. Tel est le fil que je vous souhaite de voir traverser la trame de vos vies !

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