Cinquième dimanche du carême B - 2012

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C’est par une phrase surprenante que l’auteur de l’Epître aux Hébreux synthétise le coeur du passage de l’Evangile de Jean, que nous venons d’entendre. Il le fait en effet à travers ces quelques mots qui sonnent à nos oreilles davantage comme une question plutôt qu’une affirmation : « Bien que Fils de Dieu, il a pourtant appris l’obéissance par les souffrances de sa Passion ». D’emblée, nous voilà donc situés devant la croix, c’est-à-dire, disons-le, dans ce que le christianisme a de plus «imbuvable ». Car on a beau la transformer la croix en insigne, la porter en pendentif ou à l'oreille, la croix de Jésus reste un scandale. En mourant comme un innocent, Jésus nous dévoile, sur la croix, jusqu'où l'égoïsme, la violence ou l'injustice peuvent conduire l'homme. Jésus assume jusqu'au bout la profondeur du mal.

Notre époque est marquée, plus que toute autre, par le refus et la peur panique de la souffrance, qu’elle soit physique ou psychique, affective ou morale. Le culte de l’individualisme qui marque la post modernité nous la rend totalement insupportable.

Pourtant, iIl faut que meure notre « ego » si souvent exalté aujourd'hui dans notre société pour que le vrai « soi », celui qui s'épanouit dans le don de soi à l'autre, puisse s'épanouir et porter du fruit. « Perdre sa vie pour l'autre, c'est la garder pour la vie éternelle. »

Attention : le christianisme n’est pas une religion de l’exaltation de la souffrance et de la mort. Bien au contraire, c’est parce que Dieu désire que nous soyons des êtres vivants, que la douleur et la mort ne trouvent aucune justification, aucune explication dans l’Evangile. A ceux qui voudraient y voir la punition d’une faute, comme dans le passage de l’aveugle né ou celui de l’effondrement de la tour de Siloé, Jésus répond que ces gens n’étaient pas plus pécheurs que les autres. Jésus ne vient pas expliquer la souffrance, il vient selon l’heureuse formule de Paul Claudel « la remplir de sa présence. » Il affronte la blessure de toute vie humaine. « Il a appris l’obéissance par les souffrances de sa Passion » (2e lecture).

Ce choix, Jésus ne le présente pas comme un chemin d’anéantissement, mais comme l’unique moyen de porter du fruit. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit. » Ce n’est pas une incitation à mourir, mais une invitation à se convertir. Mourir au vieil homme, comme le dit saint Paul. Voilà l'invitation déroutante que l'Evangile nous renouvelle ce dimanche à quelques jours de notre entrée dans la semaine sainte. Voilà l’étrange réponse que Jésus ne cesse d’apporter : celui qui donne, reçoit ; celui qui perd sa vie, la gardera.

En traversant la souffrance et la mort, c’est comme si Jésus nous prenait la main, nous serrait dans ses bras, pour nous faire franchir les torrents ténébreux de la mort. Seuls, nous serions incapables de nous jeter à l’eau, de désirer l’autre rive. C’est pourquoi il est passé, le premier, pour que nous puissions le suivre, à notre tour, nous attirant tous vers lui. « Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. » Etre honoré par Dieu, c’est être divinisé, c’est participer à la vie de Dieu. C’est ce que répètent les Pères de l’Eglise : « Dieu s’est fait homme, pour que l’homme devienne Dieu. »

La croix, est une gloire inimaginable, parce qu’elle est la face obscure de la Pâque, le début de la résurrection de Jésus, et par elle, de toute l’humanité. Elle est la victoire sur « le Prince de ce monde », sur toutes les forces de mal. La mort de Jésus en croix, c’est le salut pour le monde entier, la vie éternelle proposée à tous les hommes.

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