Vingt-cinquième dimanche dans l'année B - 2012

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S’il est un point commun entre les lectures de ce dimanche, c’est le contraste entre la logique humaine  et celle de Dieu. Commençons par l’évangile.

Jésus vient d’annoncer une nouvelle fois sa Passion : « Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. » (Mc 9, 31.) Jésus explique à ses disciples le combat qui l'attend, car les hommes ne peuvent pas accepter cet amour d'un Dieu qui se donne. Et les disciples ne comprennent rien et ils ont peur. Jésus leur annonce qu'il va mourir et ressusciter, et les disciples se taisent. Ils ne peuvent entrer dans ce que Jésus tente de leur dire, car les manières de Dieu sont totalement étrangères eux conceptions du monde.

 Nous ne sommes guère plus lucides qu’eux. Nous aussi, il nous arrive de ne rien comprendre à l'action de Dieu dans nos vies et dans le monde. Alors que Dieu n'est qu'amour, nous restons crispés, dans nos égoïsmes, sur notre confort et nos sécurités. Lui n'est que don, et notre monde, marqué par la rationalité économique, ne raisonne qu'en termes de profit, de croissance et d'avoir.

Saint Jacques, dans la lettre qui nous est proposée en seconde lecture, dénonce cette même cassure entre les hommes et Dieu. Quand il parle de Dieu, l’apôtre utilise les mots de sagesse, droiture, paix, tolérance, compréhension, miséricorde, bienfaits, justice… Quand il s'agit des hommes, Jacques parle de jalousie, rivalité, désordre, actions malfaisantes, guerres, conflits, convoitises… Notre relation même avec Dieu est biaisée par cette logique mondaine. « Vous priez, mais vous n'obtenez rien parce que votre prière est mauvaise : vous demandez des richesses pour satisfaire vos instincts. » Même dans notre prière, nous n'arrivons pas à nous détacher de notre besoin de pouvoir, de puissance et de sécurité. Et nous nous tournons vers Dieu pour qu'il vienne satisfaire nos besoins. Dieu ne nous intéresserait-il seulement lorsque nous escomptons « acheter » sa protection contre l’une ou l’autre pratique de dévotion…

Jésus place donne pour modèle un petit enfant. Cet enfant que Jésus place au centre, comme pour le mettre au cœur de nos vies, est ce qui ne compte pas. Le même mot, en latin et en grec, désignait l’enfant et le jeune esclave.  Donc l’exemple que prend Jésus est très fort : il tient absolument à bien nous faire comprendre que la seule grandeur, dans son Royaume, est celle du service gratuit, sans rétribution aucune. Aux disciples qui se disputent les meilleures places auprès du futur roi d’Israël, il propose de regarder celui qui est exclu de la société.

Car l’enfant est l’icône du pauvre par excellence, livré aux mains des forts, de plus puissants que lui. Il incarne tous ce que la société rejette, méprise ou tout simplement oublie. Le pauvre ne sait plus que crier avec le psalmiste : « Par ton nom, Dieu, sauve-moi, par ta puissance rends-moi justice ; Dieu, entends ma prière, écoute les paroles de ma bouche. » Ce sont ceux-là que Jésus préfère. Accueillir en son nom un petit comme cet enfant-là, c’est accueillir Dieu lui-même, puisque lui-même, en se livrant aux hommes, s’est fait le tout-petit, le dernier, le serviteur de tous.

Nous avons entendu en première lecture du livre de la Sagesse évoquer le drame d’un homme juste, haï par ses contemporains, mais dont il nous est dit : « Si ce juste est Fils de Dieu, Dieu le délivrera. » Comment ne pas y voir préfiguré Jésus. Acceptons de devenir un peu semblable à lui, l’enfant, le Fils du Père.

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