Septième dimanche dans l'année C - 2000/2001

Retour

Le sage chinois Confucius disait déjà 500 ans ACN : « Ce qu’on ne désire pas pour soi, ne pas le faire à autrui. » Le philosophe grec Zénon le rejoignait 200 ans plus tard par cet adage : « Ce que tu ne veux pas qu’on te fasse, ne le fais à personne d’autre. » La tradition juive connaît le rabbi Hillel avec sa maxime célèbre : « Ce que tu n’aimes pas, ne le fais pas à ton prochain : c’est cela qu’est toute la Torah et le reste n’est qu’explication. »

Jésus, lui, va beaucoup plus loin que les recommandations négatives de ces maîtres anciens. Aimer, pour lui, ce n’est pas seulement s’abstenir de faire du tort, c’est répondre au mal par le bien. Aimer, c’est dire et faire du bien, gratuitement, sans rien attendre de retour, à nos « ennemis. » Jésus nous demande d’aimer ceux qui nous critiquent et disent du mal de nous, ceux qui nous agacent et ne sont pas d’accord avec nous, ceux qui nous contrarient par toute leur manière de s’habiller, de penser, de se coiffer, que sais-je encore. Nous avons tous des antipathies, des rancœurs, des raisons de nous mettre en colère. Nous sommes victimes de malveillances, de jugements et de calomnies. Quelles sont nos réactions ? La solution évangélique est très claire : répondre à tout cela par le bien : le service encore offert, la prière sereine pour ceux-là qui nous ont blessés, la main tendue, le premier pas à commencer…

Ce que préconise là Jésus dépasse les simples forces humaines. C’est vraiment « une folie pour le monde. » Car il est déjà si difficile d’aimer vraiment ceux qui nous aiment. Non, il ne s’agit pas ici d’une simple morale humaine. Il s’agit de rien moins que d’imiter Dieu. « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux… Aimez vos ennemis… et vous serez les fils du Dieu Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants. » Je dois être miséricordieux envers mon prochain, non pas s’il est miséricordieux envers moi, mais parce que Dieu est miséricordieux avec moi.

C’est un don à accueillir, une grâce à recevoir. Seul Dieu peut nous donner d’agir comme lui. On ne le redira jamais assez : Dieu ne juge personne ! Dieu ne condamne pas le monde ! Dieu pardonne à tous les pécheurs. Et il nous demande de l’imiter ! Cela ne veut pas dire que Dieu accepte le mal. Il n’y a rien de commun entre Dieu et l’injustice, la torture, la méchanceté ou la lâcheté. Et ceux qui se plaisent à de telles choses n’auront point de part avec Lui. Mais ce n’est pas Dieu qui juge ou condamne. Ces pécheurs se détruisent eux-mêmes en refusant obstinément son pardon. Et Dieu pleurera des larmes éternelles (c’est la croix !) sur ceux qui refusent de l’aimer. L’enfer, c’est l’envers de Dieu ; ce n’est pas Dieu qui le fait. Lui n’est que miséricorde.

Prenons quelques instant pour placer devant nos yeux intérieurs le visage d’un « ennemi », pour murmurer dans nos cœurs son nom et lui souhaiter du bien, pour prier réellement pour lui. Et tout à l’heure, au geste de paix, engageons-nous sur un chemin où la volonté de pardonner se fera plus forte que tous nos ressentiments.

Retour