Deuxième dimanche de Pâques C - 2000/2001

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Comment chemine la foi? Fonctionne-t-elle de manière linéaire ou connaît-elle des hauts et des bas, des certitudes et des doutes, des lumières et des ombres?

La progression de la foi de Thomas est éclairant à ce sujet. Tant qu’ vivait avec Jésus et qu'il pouvait lui parler tous les jours, Thomas avait foi en Jésus. Il le voyait de ses yeux et l’entendait avec ses oreilles. Sa certitude se basait sur une certitude sensible.

Mais après la mort de Jésus, c’est tout autre chose : sa foi subit une éclipse. Sans cette certitude physique, humaine, sensible, il se met à douter et à poser des conditions à sa foi : « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets la main dans son côté, non, je ne croirai pas. »

Quand il voit Jésus après Pâques, c’est alors l’éblouissement. Il l'écoute lui dire avec amour : « Avance ton doigt, et vois mes mains; avance ta main et mets-la dans mon côté; cesse d'être incrédule, sois croyant ». Thomas lui fait la plus belle profession de foi qui soit, et qui est en même temps un merveilleux acte d'amour : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Et Jésus conclut: « Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu! » Heureux ceux qui passent d'une certitude humaine à la certitude de la foi.

N'est-ce pas souvent le même chemin, ou presque, que nous suivons? Nous n'avons pas vu le Christ certes. Mais notre foi passe par des doutes, des nuits, des ténèbres, pour en ressortir grandie ? Qui ne s'est pas dit un jour : « Et si tout cela n'était qu'une belle histoire! S'il fallait que le Christ ne soit pas ressuscité! Après tout, personne ne l'a vu sortir du tombeau! » ? Qui de nous, au temps de la souffrance, n’ a vu toutes ses certitudes s’envoler comme feuilles sous l’orage ?

Et puis, après ces questions et ces nuits, la lumière est revenue, plus belle, plus forte et plus claire. Comme en amour. Car, au fond, la foi, est-ce autre chose que de tomber, ou retomber, en amour avec le Seigneur? La foi, ce n'est pas d'abord croire à des vérités, même si c'est aussi cela. C'est d'abord rencontrer le Christ et avoir un coup de foudre pour lui et, ensuite, désirer constamment nous trouver avec lui, soupirer quand il disparaît ou que nous, nous nous éloignons de lui, désirer de tout notre être le retrouver, goûter sans cesse à la douceur et à la force de son amour et essayer de le lui rendre un peu. La foi, c'est rien d'autre qu'une histoire d'amour jamais achevée, toujours recommencée, éternellement écrite dans le cœur de l'autre.

C'est cela la chose la plus importante qui s'est passée dans cette rencontre du Christ avec Thomas. C'est encore cela qui se passe pour nous aujourd'hui : notre foi ne devient une vraie foi que le jour où nous tombons, ou retombons, en amour avec le Christ, que le jour où nous nous savons et où nous nous sentons recherchés avidement par le Seigneur et où nous le retrouvons, dans une rencontre amoureuse que nous voudrions éterniser...

Et ainsi, de lumières en lumières et de nuits en nuits, grandit notre foi. Jour après jour, elle avance vers l'accomplissement total, vers l'éternité où elle disparaîtra pour se transfigurer complètement en amour de Dieu. « Aujourd'hui, nous voyons une image obscure comme dans un miroir; mais, ce jour-là, nous verrons face à face » (1 Cor 13, 12).

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