Cinquième dimanche de Pâques C - 2000/2001

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Le fil conducteur des passages de l’Ecriture que l’Eglise nous propose aujourd’hui est cet amour infini qui déborde du cœur de Jésus. Cet amour ouvre une brèche dans le mur de nos indifférences et de nos peurs :  « Mes petits enfants, je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
L’amour dont parle ici Jésus est en grec le mot agapè. Ce verbe désigne non pas l’amour de soi jusqu’au sacrifice de l’autre (en grec éros), mais l’amour de l’autre jusqu’au don total de soi.

Cette primauté de l’amour domine la morale chrétienne. Les prescriptions  ne sont là que pour nous aider à vivre une sagesse qui vient d’en haut, qui vient de Dieu. Tout ce qui tisse notre vie, - à la maison, au travail, en vacances -, est imprégné de cet amour. « Ama et fac quod vis », « Aime et fais ce que tu veux », disait saint Augustin.

La priorité à l’amour éclaire la vie liturgique de l’Eglise. La messe, les sacrements, les rencontres entre chrétiens prennent leur sens dans la mesure où ils sont vécus dans une communauté fraternelle. Partout où ils passent, Paul et Barnabé organisent des communautés  qui se réunissent pour célébrer le repas du Seigneur et porter témoignage  au milieu des païens par leur bonne entente.

C’est le primat de l’amour qui nous fait comprendre l’engagement de l’Eglise dans la vie sociale. Les médias font toujours ressortir les prises de position du pape sur la sexualité, mais ils passent trop souvent sous silence ses appels, bien plus nombreux et importants, sur les exigences de la justice internationale face à la dette du Tiers-Monde. L’action sociale de l’Eglise, dans pas mal de régions déshéritées de la planète, est déterminée. Elle combat bien des formes d’oppression d’un capitalisme sauvage qui met au chômage nos travailleurs du nord en exploitant les ouvriers du sud... Engoncés dans nos problèmes internes de nos Eglises d’occident, nous oublions parfois les batailles sociales où s’engagent tant de nos frères chrétiens sud-américains, africains ou asiatiques.

Enfin la prééminence de l’amour est la clé de tout apostolat efficace. Là où des chrétiens se donnent la main et se conduisent vraiment en frères, l’Esprit Saint peut agir avec puissance. « A ce signe on reconnaître que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres ».

En construisant réellement un monde nouveau dans la justice et la charité, nous rencontrerons le désir  profond d’un grand nombre de nos contemporains sur la terre. « Voici, dit Dieu, que je fais toutes choses nouvelles » (deuxième lecture). Eh bien ! Commençons dès maintenant, à en vivre, de cet amour que Dieu nous offre tout neuf et plus chaud à chaque matin. Et partageons-le réellement, là où nous vivons.

Soyons, modestement, dans ce qui nous est possible, des petites oasis de justice et de paix, de dignité et de respect des autres. Nous ferons alors tache d’huile dans notre monde de violence et d’argent à n’importe quelle condition. C’est cela, concrètement, la résurrection en marche, la nôtre et celle du monde.

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