Vigile pascale C - 2009/2010

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« Voici l’homme ». Il y a deux jours à peine, ce Vendredi Saint, nous entendions Pilate présenter Jésus en ces termes aux foules qui s’étaient rassemblées devant le palais. Qui est cet homme ? Beaucoup pensait le connaître. Depuis deux mille ans, la curiosité humaine ne s’est jamais lassée d’en scruter le mystère. Notre époque n’est pas en reste. Et comme elle ne se veut plus partager notre foi, elle se fabrique un Jésus à la mesure de ses  obsessions et de son inculture religieuse, un Jésus initié dans quelque religion ésotérique, on un Jésus issu des Indes ou encore un Jésus charnel entretenant une relation avec Marie-Madeleine et ayant eu un enfant ensemble… Autant d’histoires à dormir debout trouvant dans l’opinion un écho bien injustifié…

L’évangile que nous venons d’entendre parle bien plus sobrement. De grand matin, le 3e jour, des saintes femmes accourent au tombeau où a été enseveli le corps de Jésus. Le texte précise qu’elles avaient acheté des parfums pour embaumer le corps de cet homme. Or, si elles trouvent les linges bien là, déposés dans un coin du tombeau, le cadavre, lui, a bel et bien disparu. C’est tout ce que nous disent les récits évangéliques. S’ils ne donnent guère d’emprise à l’imagination, ils ouvrent à notre foi les perspectives les plus inouïes.

Et d’abord celle-ci : la mort désormais est derrière nous. Le temps, l’histoire ont basculé. Les tombeaux sont vides. Nous comptons désormais le temps dans l’autre sens. La fin ne gît plus devant nous, mais derrière nous. « Mort, où est ta victoire ? » Elle est devenue une pâque, autrement dit un passage. C’est ce que dit un mot d’enfant : « papa, quand on est mort, c’est pour la vie ! » Nous, nous sommes déjà vivants d’une autre vie que nous appelons audacieusement la vie éternelle. Voilà notre foi. Voilà ce que nous allons confesser dans un instant, à la suite des générations qui nous ont précédés… depuis le tombeau vide. Le Christ est ressuscité et déjà nous participons à cette résurrection qui préfigure la nôtre.

Il y a plus. Dans toutes les histoires édifiantes du monde, la victime, lorsqu’elle gagne, prend sa revanche sur son bourreau. Rien de tel ici. On n’a jamais dit que le Christ avait triomphé de Pilate, ou qu’il avait à son tour exposé Caïphe et autres grands prêtres aux représailles de la foule. Avec la Résurrection, c’est le désir de vengeance qui se trouve aboli. « Voici que je fais toutes choses nouvelles », proclame le Ressuscité. J’ouvre un monde nouveau. La mort se retire, vaincue une fois pour toutes.
Voilà ce que nous croyons. Nous le croyons sur le témoignage de la multitude des croyants qui nous ont précédés depuis deux mille ans. Nous le croyons sur le témoignage de ceux dont l’existence s’est trouvée bouleversée par la parole du Christ, sa promesse, son salut : nous en avons rencontrés, nous en avons approchés. Nous le croyons aussi sur le témoignage fragile de notre propre vie, puisque, malgré notre péché, nous sommes devenus à notre tour d’autres Christ.

Quand Pilate présentait Jésus, portant la couronne d’épines et le manteau rouge, en disant : « Voici l’homme », il ne savait pas ce qu’il disait, pas plus d’ailleurs que les foules qui criaient : « Crucifie-le ». C’était bien l’Homme, oui, l’Homme tout court, celui qui récapitulait en lui l’humanité entière, l’Homme nouveau auquel nous appartenons par notre baptême. Célébrons donc la fête, comme le recommande Paul dans sa première épître aux Corinthiens, non pas « avec de vieux ferments » (1 Corinthien 5, 8), de vieux romans, de vieilles idées, de vieilles rancunes, de vieilles lunes, mais avec la joie d’appartenir désormais au monde nouveau de la résurrection !

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