Deuxième dimanche de l'Avent C - 2009/2010

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Nous sommes en l’an 28 de notre ère. L’empereur Tibère règne sur l’immense empire romain, qui va des rivages de la mer du Nord aux lisières du Sahara, et de la Palestine au détroit de Gibraltar. La méditerranée est toute entière romaine. Pontius Pilatus est procurateur en Judée, Hérode Antipas, prince de Galilée, Caïphe grand-prêtre à Jérusalem. Il n’est venu jamais à l’esprit de personne de nier leur existence. Mais il se trouve de temps à autre des romanciers pour contester l'existence de Jésus de Nazareth. Démentir son existence apaise sans doute la conscience à bon compte. Car ses actes et ses paroles dérangent toujours. Certains de nos contemporains préfèreraient-ils le roman-fiction à la réalité, l'efficacité commerciale à l'obligation de se remettre en cause ?

Pour Luc, la Parole divine a été incontestablement semée dans l'humanité à partir de l'an 27 de notre ère. Jean, le fils du prêtre Zacharie, quitte le Temple où il aurait dû célébrer le culte comme son père, pour devenir prophète aux confins du désert, cet espace hostile où on évite de passer, ce lieu éloigné des hommes, où le silence appelle à l’aventure de l’intériorité.

Désormais : « tout homme verra le salut de Dieu ». La Parole que Jean annonce, se manifestera de manière visible et perceptible par tout homme de bonne volonté. Tel est l’inouï de la Bonne Nouvelle : la parole de salut vient comme quelqu’un que l’on pourra voir et entendre, toucher et aimer. Elle se diffusera comme une flamme courant dans la paille, annonçant partout paix, joie et réconciliation à tous sans exception.

Ce message de Jean nous rejoint dans notre monde actuel souvent douloureux et incertain. Jean le Baptiste se met à crier aussi dans nos déserts intérieurs là où le Père a choisi de venir se révéler en chacune et chacun d’entre nous. Dans le désert de nos existences, il n’y a pas de chemin tout tracé mais une voix à entendre et à suivre. Une voix qui nous convie à préparer le chemin du Seigneur et à aplanir sa route. Ce chemin-là nous l’empruntons à partir de ce que nous sommes, c’est-à-dire avec nos forces et nos fragilités, nos souffrances et nos maux, nos joies et nos amours. La voix de Dieu s’adresse personnellement à nous aujourd’hui encore.

Elle ne nous demande pas l’impossible. Il n’exige jamais que nous allions au-delà de nos propres forces. Nous aimant tels que nous sommes, il nous invite au cœur de notre désert intérieur à suivre sa voix. Dieu est avec nous et en ce temps d’Avent, il nous presse à nous mettre ou remettre debout au plus intime de nous-mêmes pour partir à sa rencontre.

Le cri  du Précurseur s’élance donc comme une flèche, il file droit devant vers celui-qui-vient et dont il faut préparer la route. Les ravins, montagnes, collines figurent autant d’obstacles sur la route du désir éveillé par la voix du Précurseur, mais c’est celui-qui-vient qui les enlèvera : « car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu » (1ère lecture).
La conversion à laquelle l’Avent nous invite ne consiste pas dans l’observance méticuleuse d’un ensemble de règles rituelles. La conversion réside dans la reconnaissance de notre pauvreté et de notre péché, et dans l’accueil de l’intervention du Dieu qui seul peut nous introduire dans la vérité de notre condition filiale. Il s’agit donc d’une conversion à l’amour ; l’amour du Christ, et l’amour concret de tous nos frères, quelle que soit leur race, leur condition sociale et leur religion.

L’Eucharistie est le lieu par excellence où s’exprime cette Bonne Nouvelle. C’est ici autour de la table où le Père lui-même nous nourrit du Pain de Vie et qu’après nous avoir « dépouillé de notre robe de tristesse et de misère, il nous revêt de la parure de la gloire de Dieu ; qu’il met sur notre tête le diadème de la gloire de l’Eternel » (1ère lecture).

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