Premier dimanche de carême C - 2009/2010

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« Tu es mon fils: moi, aujourd'hui, je t'ai engendré ». Jésus s’est entendu désigner ainsi qu’il était en prière après son baptême par Jean.  Rempli de l'Esprit Saint, il est conduit au désert où, pendant 40 jours, il est mis à l'épreuve par le démon.

 «  Si tu es le Fils de Dieu,
ordonne à cette pierre de devenir du pain. »

« Tu es mon Fils » : cela donne-t-il la possibilité de satisfaire tout de suite tous ses envies sur le champ ? N’est-il pas bien normal de manger quand on est affamé ?
Mais l'homme créé « à l'image de Dieu » doit se nourrir, certes, mais « pas seulement ». Pour grandir en humanité, il doit écouter la Parole de Dieu : «  Le Seigneur t'a mis dans la pauvreté (du désert), il t'a fait avoir faim et il t'a donné à manger la manne...pour te faire reconnaître que l'homme ne vit pas de pain seulement mais qu'il vit de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8, 3). Le jeûne du carême n'est pas une pratique diététique ou une anorexie malsaine. La faim du corps a pour but d'aiguiser la faim de  la Parole de Dieu. « Voici venir des jours, déclare le Seigneur Dieu, où j'enverrai la famine sur la terre ; ce ne sera pas une faim de pain ni une soif d'eau, mais la faim et la soif d'entendre les paroles du Seigneur (Am 8,11). 

« Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes
si tu te prosternes devant moi… »

«  Tu es mon Fils » : sa mission n’est-elle pas  de répandre le bonheur à toute la planète ? Les hommes sont si malheureux, ils attendent !
Tous les dictateurs caressent ce rêve et ils s'acharnent à le réaliser, au prix de la violence, de la corruption, de la haine, de l'écrasement des opposants. Le bonheur de l'Allemagne au prix d'Auschwitz. Le bonheur de l'U.R.S.S. au prix du Goulag. La réussite de l'Occident au prix d'un milliard d'hommes condamnés à la misère. Jésus rejette cette proposition inhumaine, et donc satanique: il ne plie devant personne. N'adorer que Dieu, permet de refuser le mirage d'un paradis immédiat imposé par la force. Tant de fois hélas, il est arrivé dans l'histoire que l'Eglise se compromette avec les puissants  pour en tirer avantage. Illusion ! Elle ne peut pas obliger à croire. L'Evangile ne s'impose pas: il se propose.

« Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas car il est écrit:
" Il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder… »

« Fils de Dieu », tu es au-dessus des Anges, libéré des contraintes de la pesanteur… élance-toi donc sans crainte. Sans parachute. Quel spectacle! La preuve que c'est vrai, c'est que c'est promis dans les Psaumes (Ps 91). La ruse la plus subtile est de déformer le sens des Ecritures, d'y lire des recettes à notre profit.
Jésus refuse le soutien des légions d'anges, il veut marcher sur le chemin des hommes. Pieds dans la boue, mains dans le cambouis, méfiante à l'égard du « merveilleux », l’Eglise est terrestre, empêtrée dans les contraintes. Sans exiger de Dieu des solutions miraculeuses, c'est en pleine pâte humaine qu'elle doit œuvrer. Voilà de quoi donner à notre carême ses véritables dimensions. Privons-nous de dessert peut-être, mais surtout pas de désert. Osons la solitude, regardons en face les tentations qui nous menacent. Apprenons de Jésus trois manières de les vaincre:

Bon carême !

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