Seizième dimanche dans l'année C - 2009/2010

Retour

Les deux sœurs amies de Jésus, Marthe et Marie ont souvent été prises, la première comme l’image de l’action, et la seconde comme exemple de la contemplation, vue comme le seul  nécessaire. Cette une interprétation, qui oppose contemplation et action, ou prière et travail, est bien trop simpliste.

Si Marthe s’active au service de sa maison c’est bien pour accueillir Jésus le mieux possible et lui manifester ainsi son amitié. Peut-on imaginer Jésus dévaloriser Marthe et l’humilier devant sa sœur ? Déjà  le passage de la Genèse que nous avons entendu en première lecture nous montre avec avec quelle qualité d’accueil  et d’écoute Abraham et Sara reçoivent les trois mystérieux voyageur au chêne de Mambré. L’histoire marie harmonieusement  le service concret de l’hospitalité et l’écoute de la Parole de Dieu ! Abraham y recevra même la promesse de la naissance proche d’un fils, et donc d’une descendance : le peuple de l’alliance dont nous sommes les héritiers.
C’est donc dans cette unité de l’action et de la prière qu’il nous faut chercher la clé de l’évangile. Marthe, lui dit Jésus, s’inquiète et s’agite « pour beaucoup de choses ». Lesquelles ? Sans doute les plats à préparer, puisqu’il s’agit visiblement d’un repas. En opposition à ce « beaucoup de choses » auxquelles Marthe s’affaire, Jésus parle « d’une seule chose », pour dire qu’elle est la meilleure part. C’est celle qu’a choisie Marie. Quelle est-elle ? C’est la parole de Jésus, que Marie, assise et silencieuse, accueille au profond de son cœur.

Marthe imagine – et c’est pourquoi Jésus la reprend – que l’essentiel est ce qui va d’elle vers Jésus : elle n’a pas compris que ce qui va de Jésus à elle est le plus important. Elle oublie qu’elle ne peut donner que ce qu’elle reçoit. Et ,se prenant pour l’origine, elle a peur de ne pas en faire assez, de ne pas être à la hauteur, et c’est pourquoi elle est inquiète…. mais peut-on faire assez pour Dieu ? Heureusement, ce que nous faisons pour Dieu, c’est ce qu’il nous donne, ce qu’il nous donne de faire.

Il est dit que Marthe « reçoit » Jésus, mais c’est un accueil qui veut donner. L’accueil de Marie est un accueil qui veut recevoir. A vrai dire c’est Marie qui reçoit Jésus. Le signe qu’elle le reçoit, c’est qu’elle ne parle pas : elle écoute, toute occupée à se nourrir des paroles qui font exister. Bien entendu, Jésus ne reproche pas à Marthe l’activité qu’elle déploie : il aura souvent l’occasion de dire que l’écoute de la parole est inséparable du service concret des frères. Et rappelons que la première lettre de saint Jean dit que celui qui dit qu’il aime Dieu et qui n’aime pas ses frères est un menteur. Il nous faut  donc réconcilier en nous Marthe et Marie.

C’est dans la mesure où nous consacrons du temps à la prière, que l’Esprit Saint peut nous remplir du don de sa présence. Et alors notre activité donnera à nos frères cet Esprit de l’amour du Père et du Fils.  Que ceux que nous rencontrons, aimé par le Père comme un fils sera aimé par nous comme un frère. Mère Térésa faisait toujours commencer la journée de ses « missionnaires de la charité » par un long moment de prière. Et elle demandait à des personnes qui ne peuvent plus que prier –des grandes malades ou des handicapées -, de porter chacune de ses sœurs.
Nous pouvons tous arriver, c’est une grâce à demander et à accueillir, à entrer dans le mouvement de la prière continuelle qui nous garde dans une paix profonde au cœur même de notre action.

Que Marthe et Marie nous y aident !

Retour