Dix-septième dimanche dans l'année C - 2009/2010

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Quelle belle histoire que cette attitude d’Abraham qui, après avoir accueilli trois mystérieux visiteurs, supplie le Seigneur pour qu’il épargne cette ville ! Il prie avec insistance : s’il y a au moins cinquante justes dans cette ville, ou même simplement quarante-cinq, ou quarante, ou trente, ou vingt, ou dix, ne vas-tu pas accorder ton pardon ? Plus qu'un marchandage, voyons-y surtout le désir pressant qu’une population soit sauvée parce qu’il y en a quelques-uns au moins, parmi ses membres, qui sont en effet des justes.

Certes la suite du récit nous apprend que Sodome devait être détruite, maisaussi, pourtant, que Lot et sa famille furent au moins sauvés. Mais surtout, si nous parcourons la Bible, elle nous réserve des surprises. Dans le livre de la Genèse, Dieu avait dit : « Pour dix, je ne détruirai pas la ville de Sodome », et Abraham n’était pas descendu au-dessous du chiffre dix ; or plus tard le prophète Jérémie rapporterait cet oracle du Seigneur : « Parcourez les rues de Jérusalem, regardez donc, renseignez-vous, cherchez sur ses places si vous découvrez un homme, un qui observe le droit, qui recherche la vérité : alors je pardonnerai à cette ville » (Jérémie 5, 1). Dieu serait donc disposé à pardonner, non plus à Sodome mais à Jérusalem simplement pour un seul juste qui s’y rencontrerait ! Et surtout le quatrième chant du Serviteur, dans le livre d’Isaïe, évoque un homme injustement mis à mort : « Par ses souffrances mon Serviteur justifiera des multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes. C’est pourquoi je lui attribuerai des foules et avec les puissants il partagera les trophées, parce qu’il s’est livré lui-même à la mort et a été compté parmi les pécheurs, alors qu’il supportait les fautes des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs » (Isaïe 53, 11-12). Un seul juste, le parfait Serviteur de Dieu, rendra possible le salut de beaucoup – non plus simplement d’une ville particulière, mais de l’humanité entière. Ce jour-là – ce jour-là seulement – l’antique prière d’Abraham sera définitivement exaucée. La prophétie d’Isaïe s’est effectivement réalisée en Jésus de Nazareth, le parfait serviteur de Dieu. C’est lui, dira l’Epître aux Hébreux, qui a « présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort », et c’est lui qui, ayant été « exaucé », « est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel » (Hébreux 5, 7 et 9). C’est pourquoi il peut nous apprendre à prier en vérité.

Cette prière ne dépend pas d’abord de la quantité de mots que nous adressons au Seigneur. Jésus la résume en ces quelques expressions : « Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain… Pardonne-nous nos péchés… Et ne nous soumets pas à la tentation. » Peu de mots donc, mais le grand désir de ceux et celles qui n’hésitent pas à insister le jour ou même la nuit, qui ne craignent pas de déranger leur Seigneur – à l’image de cet homme qui va trouver son ami en pleine nuit et qui ne craint pas de le déranger pour lui demander du pain.

Cela ne veut pas dire que toutes nos prières soient ou puissent être immédiatement exaucées. La prière n’est ni un moyen de pression ni un acte de puissance, elle est plutôt l’expression d’une pauvreté par laquelle nous osons dire à temps et à contretemps notre attente, notre désir, notre soif. Mais elle est plus encore l’expression de notre espérance, car, que notre prière soit exaucée ou non dans son objet immédiat, nous croyons que nous sommes de cette multitude humaine pour laquelle Jésus-Christ a intercédé une fois pour toutes, et nous avons donc l’assurance qu’à travers toute vraie prière Dieu nous transforme pour nous configurer davantage à son Fils et nous combler de son Esprit.

« Demandez, dit Jésus, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte. » La prière chrétienne repose sur cette certitude que le Seigneur nous précède et qu’il attend notre supplication pour nous construire et poursuivre son œuvre en nous et autour de nous.

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