Dix-huitième dimanche dans l'année C - 2009/2010

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La première lecture, celle du livre de Qohélet (l’Ecclésiaste) , tient des propos désabusés : « Vanité des vanités, tout est vanité ! ». « Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos. Cela est encore vanité ». Le mot est très fort. « Vanité » dans la Bible veut dire « buée ». La buée disparaît peu après que l’haleine la fait apparaître sur une vitre. Tout a beau scintiller sous le soleil, tout est vanité, tout est buée. « Buée des buées » dit l’Ecclésiaste, « vanité des vanités ».

Cette expérience tout homme doit la faire, qu’il le veuille ou non, qu’il soit scandalisé ou non. Notre vie a cet aspect de fragilité, d’évanescence auquel nul ne peut échapper.

Dans l’Evangile, Jésus précise qu’il n’est pas venu faire œuvre de juge de paix en aidant  les hommes à faire le partage de leur héritage : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage ». La réponse de Jésus est claire : « Qui m’a établi pour être votre juge ou pour faire votre partage ? ». Là n’est pas son rôle. Il vient pour donner des valeurs, pour offrir du sens à la vie humaine. « Gardez-vous bien de toute âpreté au gain ; car la vie de l’homme, fût-il dans l’abondance ne dépend pas de ses richesses ». Nous avons tous tendance à croire, volontairement ou involontairement, que la valeur de la vie d’un homme se mesure à ce qu’il a ou ce qu’il fait : richesse humaine, richesse financière, richesse de possibilités. Le Seigneur ne voit pas de cette façon là, il regarde au contraire d’une autre façon.

La petite parabole de l’homme riche nous instruit bien : un homme riche détruit ses greniers pour en construire de plus grands, pour entasser tout son blé et se donner des années de réserves. Le Seigneur se moque de lui : « Tu es fou : cette nuit même on te redemande ta vie. Et ce que tu as mis de côté, qui l’aura ? ». Et, dans cette petite formule, le Seigneur ramasse tout l’enseignement : « Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même au lieu d’être riche en vue de Dieu ».

Il s’agit d’amour. Vous avez entendu, il s’agit d’être. Oui, il s’agit d’être ce que le Seigneur veut que nous soyons : tout tournés vers le mystère de Dieu pour le rencontrer et découvrir que toutes les richesses sont en lui et non pas dans les biens de la terre. Etre riche pour Dieu. Thésauriser non pas pour soi-même ni pour ce monde qui passe. Devenir riche « en vue de Dieu ». L'invisible richesse dont il est question ici et qui fait la substance même d'une vie, la seule valeur dont on puisse se prévaloir auprès de Dieu, c'est l'amour et les fruits qu'il produit : justice, vérité, plénitude de vie…

Et il est vrai que ces richesses d’être, si elles sont partagées fraternellement dès maintenant, sont de nature à embellir singulièrement la vie sur terre. Ce n'est pas l'argent que condamne le Christ, mais « l'âpreté au gain. » Aussi bien, rendus conscients de la fragilité des choses de ce monde, de la valeur des êtres et de la brièveté de la vie, écoutons la voix du Seigneur. Il nous engage à ne pas gaspiller notre existence mais à lui donner, au contraire, toute sa consistance, en la vivant au diapason du désir et de la générosité de Dieu. Une oraison de la liturgie le dit bien en demandant qu' « en faisant un bon usage des biens qui passent », les fidèles « s'attachent à ceux qui demeurent ». 

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