Dix-neuvième dimanche dans l'année C - 2009/2010

Retour

Cette Parole que le Seigneur nous adresse ce matin nous invite à être des hommes d'avenir. C'est intéressant d'entendre une telle invitation, à notre époque, où plus que jamais règne la peur de l'avenir. Ou, si ce n'est pas la peur qui domine, c'est l'absence de toute perspective d'avenir.

La première génération chrétienne, qui avait entendu Jésus annoncer son retour très proche, a vécu dans cette attente. Certains même, dans cette perspective, ont tout vendu, ont distribué leurs biens, ont arrêté toutes leurs occupations professionnelles et même leur vie familiale, pour se préparer à cette venue imminente, si bien que Paul en viendra à recommander aux destinataires de ses lettres de se remettre au travail, de reprendre leurs occupations journalières par la phrase célèbre : « Celui qui ne travaille pas qu’il ne mange pas ! » De même, lorsque Luc écrit son Evangile, il prend soin de féliciter ceux qui seront trouvés au travail, lors du retour du Seigneur. Une attente active, voilà la bonne attitude préconisée par l'évangéliste : le Seigneur reviendra, il l'a promis, mais on ne sait ni le jour ni l'heure. Heureux ceux qui vivront dans l'attente de ce moment-là, certes, mais pas dans l'oisiveté. Heureux le serviteur qui sera trouvé « en tenue de service. »

Ce rappel à l'ordre s'adresse à chacun de nous. La perspective d'un Retour du Seigneur ne hante pas nos esprits. Regardons ce qui motive nos actes, ce qui oriente notre vie : n'est-ce pas, le plus souvent le court terme ? Gagner de l'argent, s'assurer contre les aléas de l'existence, préparer sa retraite, se prémunir contre la maladie...Pouvons-nous dire sincèrement que notre vie est axée sur le jour de la Rencontre avec le Seigneur ? Nous faisons des projets, certes, mais pas à longue échéance. L'invitation du Seigneur à « veiller » ne nous intéresse pas directement.

Or Jésus répète inlassablement, tout au long de sa vie terrestre  qu’il nous faut veiller et rester attentifs aux signes précurseurs de son retour. C’est une annonce centrale de l'évangile. Il nous faut donc, non pas y prêter une attention polie, mais la prendre au sérieux, l'accueillir comme Parole de vie, capable de transformer notre existence quotidienne. C'est une question de foi. Une question de confiance. La lettre aux Hébreux nous donne en exemple Abraham. Pour lui, comme pour tous les « Pères » cités dans la suite du texte, la foi fut vraiment « un moyen de posséder ce qu'on espère et de connaître ce qu'on ne voit pas. » Lui, qui était un homme installé, un citoyen d'une ville prospère du Moyen Orient, va devenir un nomade, un perpétuel étranger sur une terre qui ne lui appartient pas, simplement parce qu'un jour une Parole d'un Dieu inconnu l'a mis en route. Il accueille la promesse extravagante que ce Dieu inconnu lui a faite : lui, le vieillard sans enfant, il aura une descendance « aussi nombreuse que les grains de sable au bord de la mer » ; lui, le nomade, est assuré que ses héritiers posséderont cette Terre que Dieu lui promet. De son vivant, il n'a pas vu la réalisation de la promesse, et pourtant, il a « marché », dans la confiance la plus absolue.
Avec notre mentalité scientifique, nous trouvons cela absurde. Marcher sans pouvoir vérifier, c'est impossible. En science, si on avance une hypothèse, c'est avec l'intention de la vérifier, sinon, elle reste une hypothèse non valable. Comment pourrait-on risquer sa vie sur une promesse d'un inconnu que, par surcroît, on ne voit pas ? Et pourtant ! Le beau risque de la Foi, c'est le beau risque de l'amour, ni plus ni moins. Car tout amour est un risque qu'on prend, sur la foi d’un petit « je t'aime » qui bouleverse tout. Et vous engagez votre vie entière sur cette parole. Sur un « Oui » prononcé un jour.

Le beau risque de la foi, chacun de nous est invité à le courir. Il va modifier toute notre existence, parce qu'il lui donnera sens et valeur. Notre vie quotidienne, nos jours et nos années, notre marche, parfois si incertaine, dans la nuit de notre temps, tout cela sera illuminé par cette attente active, ce profond désir, la Rencontre avec Celui qui nous fera asseoir à table et nous servira lui-même. 

Retour