Vingt-sixième dimanche dans l'année C - 2009/2010

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La parabole d'aujourd'hui exprime de manière radicale que Dieu est celui qui secourt le pauvre, au point que le pauvre peut être appelé « Lazare », c'est-à-dire en hébreu « Dieu a secouru », mais qu'Il se détourne de celui qui, - possédant argent, pouvoir ou savoir -, reste indifférent au malheur des autres. II s'en détourne tellement que l'Évangile ne lui donne pas de nom !

Remarquons bien que ce riche de la parabole n'est pas spécialement méchant. Il y a bien pire que lui ! Il n'est pas un homme exceptionnel, ce riche ! Il est un peu... ou même beaucoup nous même lorsque nous nous détournons avec indifférence des autres.

Non que Jésus prêche la révolution. Il ne condamne nullement le fait que ce riche aie des biens ni qu'il mène grand train de vie. Non. Quel est alors le sens de cette parabole ? Le riche ne partage pas, il vit enfermé sur lui-même, il n’a aucune idée de ce qui se passe à sa porte. La compassion est absente de son cœur. Voilà le drame ! C’est alors la fournaise qui aura le dernier mot sur lui. L'ouverture aux autres, à leurs besoins, est vie ici-bas et dans l’éternité. L’égoïsme est mort pour toujours.

À une autre occasion, Jésus donne la même leçon. « On mangeait, on buvait, on se mariait… » (Matthieu 24, 38-39). Voilà qui n’est pas une faute ! Car ne plus manger, ni boire, ni se marier serait se condamner à une mort certaine ; ce serait la fin de l’humanité. Jésus ajoute alors : « On ne se doutait de rien. » Là est le péché fondamental : on vit dans l’inconscience, c’est-à-dire sans faire attention à Dieu et aux autres. Sans le souci constant d’autrui, sans attention à Dieu, notre vie avec les autres devient désordonnée, déséquilibrée, inféconde. La vie est fruit du don de soi.

Regardons maintenant le pauvre Lazare. Il a connu la misère sur cette terre. Sa pauvreté est-elle louée par le Seigneur ? Non. Rien n’est dit en ce sens. La pauvreté comme la richesse ne sont pour Jésus, dans cette parabole, ni infamie ni vertu. Alors ? Pourquoi le pauvre va-t-il tout droit en Paradis, et se retrouve-t-il à la meilleure place ? Ce n’est pas dû à ses mérites à lui, mais à la seule bonté de Dieu. Il est près d’Abraham parce que Dieu est toujours bon pour les pauvres et les faibles. Jésus lui-même ne cesse de guérir les malades et de réconcilier les pécheurs, ces grands pauvres. Dieu est amour.

La première leçon de cet évangile est donc simple. Sans amour fraternel, il n’y a pas de vie heureuse, ni sur cette terre, ni dans la vie éternelle. L’égoïsme conduit à la stérilité.
Revenons au riche : il voudrait que Lazare aille faire un tour sur la terre prévenir ses frères. « Impossible ! » répond encore Abraham. Nous sommes, nous, dans la situation des frères. Nous sommes encore sur cette terre. Les Écritures ne cessent de nous parler. Inutile d’attendre des événements extraordinaires pour que nous décidions de nous convertir : Dieu ne cesse de nous parler par les Évangiles, par la Bible, par les frères et les sœurs aussi qui nous montrent la voie de la charité.

Certes les solutions à apporter à la misère du monde sont complexes et nous n'en sommes pas forcément maîtres. Mais au moins pouvons-nous ne pas être indifférents ! Au moins pouvons-nous partager, donner un peu de ce que nous avons ! Au moins pouvons-nous manifester notre compassion, notre miséricorde, notre solidarité ! Le riche de la parabole ne s'est pas retrouvé au séjour des morts, loin de Dieu par punition. Il s'est retrouvé loin de Dieu parce qu'il a mis lui-même, dans sa vie, une distance entre lui et Lazare, parce qu'il n'a pas voulu vivre dans la proximité avec « Dieu qui secourt ».

Riches ou pauvres, c’est l'attention aux autres qui donne sens à la vie. La parabole d’aujourd’hui nous le montre de façon grave. « On n’a qu’une vie », disons-nous. Oui, et elle est faite pour être source de vie et d'amitié pour autrui. C’est maintenant qu’il faut ouvrir notre cœur.

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