Vingt-neuvième dimanche dans l'année C - 2009/2010

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Face à un adversaire, cette veuve demande justice à quelqu’un d’autre, un juge, qui ne répond pas, qui échappe à toute manipulation, qui est inaccessible à tout arrangement. Du coup, Jésus n’hésite pas à le comparer à Dieu, inaccessible à l’idolâtrie, sur qui on ne peut mettre la main le faire agir dans notre sens.

Et nous, nous sommes comme la veuve de la parabole : nous frappons à une porte qui ne semble jamais s'ouvrir; nous posons des questions qui restent sans réponse. Nous sommes donc déconcertés par le silence de Dieu. Mais Dieu serait-il à notre service ? Dieu doit-il répondre nécessairement ? Est-ce bien Dieu, le Tout Autre, le Créateur de toutes choses, le Père très aimant que nous invoquons ou un correspondant qui doit bien évidemment accuser réception ?

Il faut certainement sortir de ce comportement de consommateur. La prière est d'abord, et essentiellement, adoration : nous nous mettons ou nous cherchons à nous mettre devant le Tout Autre, à l'aimer gratuitement, en le cherchant à tâtons. La prière est reconnaissance stupéfaite, admirative, contemplative, humble, de la grandeur de Dieu. Et ce geste d'adoration apporte déjà avec lui sa récompense.

Alors, Dieu ne ferait-il pas justice à ses enfants ? Les fait-il attendre ? « Sans tarder il leur fera justice. » Dieu ne peut attendre, ne peut tarder devant une telle demande. Et pourtant l’accomplissement de la justice n’est pas immédiat. La victoire ne tombe pas du ciel. Elle prends le temps d’être notre victoire et non celle de Dieu qui se battrait à notre place. « Les hommes d’armes batailleront, et Dieu donnera victoire », disait Jeanne d’Arc.
C’est ce que nous fait comprendre Moïse en prière sur la montagne (première lecture). Dieu ne fait pas attendre l’accomplissement de la victoire puisque Josué dans la vallée l’emporte sur l’ennemi lorsque Moïse a les bras levés pour la prière. Mais la bataille dure quand même une journée. Moïse fatigue dans la prière, « les bras lui en tombent », et Josué bataille. Dieu leur fait justice sans attendre, mais la victoire sur l’adversaire est la victoire conjuguée de Moïse et de Josué sur Amalec.

« Qu'il empêche ton pied de glisser, qu'il ne dorme pas, ton gardien. Non, il ne dort pas, ne sommeille pas, le gardien d'Israël. » La figure de Moïse renvoie au Christ en croix, les bras étendus, entièrement démuni, qui ne cesse d’appeler la justice du Père, le gardien d'Israël. Mais cela a demandé du temps, de la troisième à la neuvième heure et ses ténèbres pour que naisse à la résurrection le Fils de l’Homme.

« Le Fils de l’homme, lorsqu’il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » Il a trouvé Marie, cette veuve debout, au pied de la croix. Et le Fils de l’Homme qui vient, qui naît, est son propre Fils.

Alors la prière c’est « toujours ». « Il faut toujours prier » dit notre texte. Bien sûr on peut faire « des » prières, mais la prière est un état continuel. Elle apparaît comme la seule façon de vivre le temps de l’incarnation. Vivre la naissance du Fils de l’Homme en chacun de nous, sans désespérer du temps que met l’enfantement de Dieu en nous. La prière laisse la parole en nous au seul Défenseur, l’Esprit qui crie Abba et fait de nous des Fils. Dieu ne nous fait pas attendre. Il prie en nous, là où nous sommes sans défense, veuf, orphelin. Cette prière là est invincible.

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