Trentième dimanche dans l'année C - 2009/2010

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Dimanche dernier, à travers une courte parabole, Jésus nous enseignait à persévérer dans la prière. Aujourd’hui, il vient par une autre brève parabole nous montrer l’attitude à adopter quand nous prions. Deux personnages montent au temple pour prier : un pharisien, qui observe parfaitement la Loi - et un publicain, qui se livre au  trafic d'argent au profit de l'occupant romain en exploitant ses compatriotes.

En écoutant la prière du premier, on ne peut que l’admirer : il est honnête, il jeûne deux fois la semaine, donne 10% de ses revenus pour le culte et en faveur des nécessiteux… Vraiment c’est un homme irréprochable. Ce n’est pourtant pas ce que pense Jésus.
En fait, notre pharisien ne regarde les autres hommes que pour les juger et les mépriser. Il néglige dans sa prière auto satisfaite le plus  important de la Loi : l’amour, la miséricorde et la compassion.

Mais il y a plus grave encore. Rien dans sa prière ne trahit qu’il aurait besoin de Dieu pour quoi que ce soit : il ne doit, pense-t-il, sa justice qu’à lui-même. Il ne se présente à Dieu que pour recevoir la récompense qu’il a largement méritée par ses bonnes œuvres. Il n’y a pas de place pour Dieu en lui. Bossuet a eu ce mot terrible contre les religieuses jansénistes de Port-Royal : « Elles sont pures comme des anges et orgueilleuses comme des démons ! »

Avec le publicain, le contraste est saisissant. Il connaît son indignité. Pourtant il ose rester là en présence de Dieu, en se tenant à distance. Il n’a que son péché à offrir au Miséricordieux. La prière qui monte de son cœur est un cri de confiance : « Mon Dieu » ; un cri au secours : « prends pitié », et un aveu : « du pécheur que je suis ». « N’osant pas lever les yeux vers le ciel », il ne voit pas que « sa prière traverse les nuées » (1ère lecture). Son péché reconnu ouvre une béance par où la Miséricorde peut s’engouffrer.
Nous sommes à la fois ce publicain et ce pharisien. Au pire nous nous comportons comme le publicain dans la vie - peu scrupuleux en affaires - et comme le pharisien dans le temple - croyant être justifiés par nos rites religieux ! La conversion consistera à inverser ces tendances, et à devenir pharisiens dans la vie - en évitant toute forme d’injustice - et publicains dans le temple - en reconnaissant quand nous sommes devant Dieu, que le peu que nous avons fait est un don de sa grâce, et en reconnaissant notre immense besoin de sa miséricorde.

Dans la deuxième lecture, saint Paul nous en donnait l’exemple. On sent encore chez lui le « pharisien, fils de pharisien » converti quand il écrit : « Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense du vainqueur : dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me la remettra… » Mais cette fierté, où l’on pourrait discerner quelque trace d’orgueil, est purifiée par la suite quand il s’exclame : « tous m'ont abandonné. Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur. » Voilà pour le respect des autres. Et il poursuit : « Le Seigneur, lui, m'a assisté. Il m'a rempli de force pour que je puisse annoncer jusqu'au bout l'Évangile. » Il rapporte tout à Dieu.

Alors, à sa suite, reprenons  le psaume de ce dimanche : « Un pauvre a crié : Dieu l'écoute et le sauve… Je me glorifierai dans le Seigneur : que les pauvres m'entendent et soient en fête ! »

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