Trente-troisième dimanche dans l'année C - 2009/2010

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Les images d’apocalypse de cette page d’évangile, ne nous impressionnent sans doute plus guère. Temple rasé, guerres, révolutions, tremblements de terre, famines, épidémies… Toutes ces terreurs, qui hantaient l’imaginaire des contemporains de Jésus, nous avons en vu pire. De l’effondrement, en direct, les tours jumelles au tsunami qui a submergé en quelques minutes les rivages de l’océan indien.

Une chose n’a pas changé : l’homme. Il est toujours aussi prompt à s’effrayer des situations qu’il a lui-même créées. Et certains politiques, de l’Atlantique à l’Oural excellent à utiliser la peur et le besoin de sécurité pour asseoir leur pouvoir sur les autres.

C’est justement ce que Jésus, ici, refuse de faire : sombrer dans le catastrophisme,  céder à la panique. Bien sûr, dit-il en substance, il se produira des événements épouvantables. Mais n’ayez pas peur ! Ces violences spectaculaires ne sont pas grand-chose en comparaison de la violence intérieure qui ronge le cœur des hommes. La clé de la vie n’est pas dans la puissance des armes, des virus, des volcans. La clé de la vie est dans le cœur des hommes.

A côté de la violence extérieure et spectaculaire, Jésus parle la violence intérieure : la violence qui peut être faite à quelqu’un quand on lui demande de renier ses convictions, de parler contre sa conscience, d’agir contre sa foi. Là est la vraie violence, là est aussi le vrai courage. Courage de ne pas parler contre sa conscience, de ne pas agir contre sa conscience. Courage de ne pas adopter le double langage.

Alors, que faire ?

 Le prieur des moines de Tibbherine a écrit, et c’est repris comme tel dans le beau film qui leur sont consacrés : « J’ai longtemps repensé à ce moment-là, ce moment où Ali Fayattia et ses hommes sont partis. Après leur départ, ce qui nous restait à faire c’était à vivre. Et la première chose à vivre c’était, deux heures après, de célébrer la vigile et la messe de Noël. C’est ce que nous avions à faire. Et c’est ce que nous avons fait. Et nous avons chanté Noël et nous avons accueilli cet enfant qui se présentait à nous absolument sans défense et déjà si menacé… Et après, notre salut a été d’avoir toutes ces réalités quotidiennes à assumer : la cuisine, le jardin, l’office, la cloche… Jour après jour. Et il a fallu nous laisser désarmés. » Saint Paul le dit très clairement aujourdhui : « A ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel : qu'ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu'ils auront gagné » (2e lecture).

Vous savez, entre le souvenir que la mémoire déforme et qui devient en quelque sorte abstrait, et l’avenir toujours plus mauvais que nous l’espérons et meilleur que nous le redoutons, il y a le présent. Un adage monastique dit ceci : « l’heure que tu vis, la tâche que tu œuvres, l’homme que tu rencontres en ce moment sont les plus importants de ta vie. « C’est le présent, ici et maintenant, qui nous fait toucher l’éternité. L’éternel présent de Dieu ne se donne qu’à celui qui se rend totalement présent à ce moment. Ce qu’on appelle le mémorial eucharistique c’est ce qui rend actuel le don du Fils au Père et le don de son Fils par le Père. En Dieu, tout est présent et frémissant de vie.  « Voici que vient le jour du Seigneur » (1ere lecture)

Entrons dans la prière et dans l’eucharistie pour faire de chaque parcelle du temps qui nous est donné, un passage de la crainte à l’amour, du repli sur soi à l’accueil de Dieu et des frères.

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