Treizième dimanche dans l'année C 2013

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L’évangile que nous venons d’entendre semble présenter deux portraits très contrastés de  Jésus. Les deux frères Jacques et Jean, devant l’hostilité de Samaritains, appelleraient bien Dieu à la rescousse pour  bouter le feu à leur village. Jésus les reprend vivement avant de poursuivre sa route en quête d’un lieu plus hospitalier. Bienveillance et non-violence : voilà deux qualités que nous aimons retrouver sans problème chez le Christ.

Mais lorsqu’à un homme qui voulait le suivre partout où il irait, Jésus répond : «Sache que le Fils de l'Homme n'a pas d'endroit où reposer sa tête». Nous sommes étonnés. A un autre qui voulait aller aux funérailles de son père, Jésus demande de partir immédiatement annoncer le Royaume : «Laisse les morts enterrer les morts. » C’est scandalisés que nous sommes ! A un troisième qui veut tout simplement aller dire au revoir à sa famille, Jésus rappelle : «Celui qui regarde en arrière après avoir mis les mains à la charrue n'est pas digne du Royaume de Dieu». Là, pour le compte, nous sommes désorientés. Le Christ est plus dur que le prophète Elie appelant Elisée à le suivre !

Avec des formules aussi  dures,  peut-on continuer à parler de l'Évangile comme d’une Bonne Nouvelle ? Ne nous présente-t-il  pas un Dieu pervers, un Dieu cruel qui exige l’impossible ?

Main non, pas du tout. Il ne faut d’abord pas prendre à la lettre, de manière fondamentaliste, ce genre de propos, comme si Jésus exigeait qu’on n’aille plus enterrer ses parents ! Alors, comment comprendre ces paroles… ?

Le message  de Jésus n'est que bonne nouvelle, qu’heureuse annonce de bonheur. Mais Jésus rencontre un obstacle terrible chez ses contemporains, comme  aujourd'hui chez nous. Cet obstacle, c'est la dureté de cœur. De toutes les manières, Jésus a essayé de briser cette dureté. De toutes les manières, d’abord en se faisant tendre, par des paroles de douceur, à d’autres moments en se faisant ferme,  par des paroles cinglantes.

En tout cela, il ne cherche qu'une seule chose : ouvrir une brèche dans notre cœur endurci. La dureté, elle est en nous. Pas chez Jésus.

Nous sommes durs d'oreille, pas étonnant que Jésus élève le ton pour se faire entendre. Nous sommes durs à mettre en route, toujours portés à remettre à plus tard. Pas étonnant que Jésus rappelle sèchement : « C'est maintenant, c'est tout de suite, c'est urgent, convertissez-vous ! » Nous sommes surtout durs de cœur. Le monde est dur. Dur avec les pauvres, les sans-voix. La dureté de certaines paroles de Jésus ou la rudesse de son ton sont proportionnées à la dureté du monde.

Jésus n'est pas violent, mais il ne tolère pas l'intolérable. Il n'est pas quelqu’un de doucereux ou de mièvre, mais un homme courageux et exigeant. Et nous devons, nous aussi, à sa suite, parler haut et fort et lutter pour dénoncer l'intolérable, ou alors ne nous disons plus disciples de ce Jésus.

Jésus ne veut que notre bonheur, l'Évangile est Bonne Nouvelle. L'amour de Dieu, l'amitié de Dieu pour l'humanité est le cœur même de l'Évangile. La rudesse de la Parole de Dieu n'est pas pour détruire mais pour guérir. Le message de saint Paul entendu tout à l'heure le confirme : «Le Christ vous a libérés. C'est à la liberté que vous êtes appelés». Le Christ ne vient pas brimer notre liberté, mais la faire vraiment exister. Cat il n'y a de liberté que pour aimer en actes et en vérité.

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