21e dimanche A

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Le Christ a-t-il voulu l'Eglise ? Mais qu'est-ce que l'Eglise ? La meilleure réponse, nous venons de l'entendre dans l'évangile qui nous pose  trois questions : « Jésus, qui es-tu ? Pierre, qui es-tu ? Eglise, qui es-tu ? »

« Jésus, qui es-tu ? » 

Après un petit sondage préalable sur ce que les gens disent de lui, Jésus pose la vraie question, celle qui concerne chacun personnellement : « Pour vous, qui suis-je ? » C'est une question redoutable. Elle reste toujours posée à nous qui nous voulons disciples d'un tel maître. Quand nous demandons : « Jésus, qui es-tu ? » Jésus nous renvoie la question : «Pour toi, qui suis-je ? Pour qui me prends-tu ? » Cette demande nous jette sur les chemins de la rencontre  et de la découverte toujours neuve de Celui qui vient nous séduire. Ebloui par la clarté de l'Esprit, Simon-Pierre  s'écrie, avec une autorité qui vient de plus loin que lui : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ».

« Pierre, qui es-tu ? »

Pierre, éclairé par le Père, vient de dire qui est Jésus. A son tour, Jésus nous dit qui est Pierre. En trois images bibliques qui s'enchaînent et se complètent, il confère à Simon la primauté. Il sera d'abord Pierre, Kêphas, le Rocher, celui qui assure le fondement durable à sa communauté. Ensuite, il lui confie les clés de son Eglise. Vous est-il arrivé de donner vos clés à quelqu'un ? Pas seulement les clés passe-partout, mais le trousseau complet de vos clés les plus secrètes. C'est à un homme de confiance que l'on remet ses clés, comme à cet Eliakim, le nouveau grand vizir du royaume de David. Enfin, le pouvoir de lier et délier manifeste l'intention de Jésus de faire de Pierre son représentant dont les actes sont couverts par Dieu. C'est une vraie responsabilité. C'est sérieux. On ne peut pas prétendre aller à Dieu en refusant l'Eglise.

« Eglise, qui es-tu ? »

Dans cette même scène, Jésus nous révèle l'identité de l'Eglise. Elle est la communauté de ceux qui font leur la profession solennelle de Pierre : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». Celles et ceux qui reconnaissent en Jésus leur Sauveur, ceux-là font partie de cette Eglise qui, selon la belle expression de Bernanos, « pareille aux plus humbles, aux plus dénués de ses fils, va clopin-clopant de ce monde à l'autre monde ». L'Eglise est le Royaume de Dieu dans sa phase embryonnaire. Elle nous met déjà, par les Ecritures et ses sacrements, en possession des biens éternels. Elle nous donne Jésus, c'est-à-dire tout.

Mais ce trésor, elle le porte dans des «vases fragiles ». Formée de pécheurs, elle tombe et se repent. Elle est, comme l'a précisé le Concile de Vatican II, « à la fois sainte et appelée à se purifier, poursuivant constamment  son effort de pénitence et de renouvellement ». Elle baigne en partie dans la clarté qui lui vient de Dieu, mais reste encore dans l'obscurité que lui donnent les hommes. Telle qu'elle est, reine et pauvresse, elle prolonge l'incarnation du Fils dans le temps et l'espace. Elle est indispensable.

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