29e dimanche ordinaire A

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Certains silences sont de vraies prises de parole qui rompent avec ce qui est convenu pour tous : quelle prise de parole que le silence de Jésus dessinant sur le sol face aux accusateurs de la femme adultère ! Quelle prise de parole que celle de Jésus refusant de parler en fonction de la question posée sur l'impôt à César ! Il valait mieux relancer la question, lui faire faire une pirouette, plutôt que de se laisser enfermer dans une réponse toute faite.  

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». La réponse de Jésus est fascinante parce qu’elle reconnaît les deux réalités : César et Dieu. César fait toujours partie de l’ordre des choses. Dieu aussi. César représente la logique d’organisation d’une société. Il s’agit d’un pouvoir important et nécessaire.

Nous savons que l’État a ses limites. Toute société est faite de rapports de force entre les groupes. Il y a donc toujours des gagnants et des perdants. Par exemple, pour en revenir à la question de la contribution financière de chacun, les impôts sont en général plus justes que les taxes, car les impôts sont progressifs et calculés par rapport aux revenus, alors que les taxes, qui sont les mêmes pour tous, frappent plus durement les moins nantis.

De nos jours, la question de l'impôt à César s'actualise aussi en termes de laïcité, de confession de foi possible au cœur d'une laïcité qui met en dialogue, sans reléguer dans leurs « sacristies », les différentes religions et philosophies apprenant à se respecter et à cohabiter en paix.

Ainsi, les chrétiens ont à travailler pour que la société se construise sur l'amour tel qu'il leur a été révélé dans le Christ, mais sans prendre argument de la foi, de la religion, bref, d'une quelconque volonté de Dieu. Ils sont au service de Dieu en servant les autres, mais ils ne peuvent se servir de Dieu pour justifier et imposer leurs. Il y a toujours risque de confusion entre la souveraineté de Dieu et la souveraineté de l'Église. L'anticléricalisme est le fruit direct du cléricalisme.

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Il s’agit de rendre à Dieu ce qui est à Dieu, ici à l'église mais aussi hors de cette église. Rendez à César ce qui est à César, c'est-à-dire, rendez la monnaie de l’impôt à César parce que, sur cette pièce, il y a l’effigie de César. Cette monnaie est à lui, elle porte son signe.

Et rendez à Dieu ce qui est à Dieu. Mais où trouve-t-on le signe de Dieu sur quelque chose ou sur quelqu’un ou sur un élément du monde ? Saint Augustin répond en disant : « Que réclame de toi César ? Son image. Que réclame de toi le Seigneur ? Son image. Mais l’image de César est sur une pièce de monnaie, l’image de Dieu est en toi ».

Lorsque Jésus dit à ses disciples : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger…. Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 31-46), il révèle son signe par avance en s’identifiant au frère sans ressources, ce frère souffrant que nous rencontrons porte depuis ce jour là le signe de Jésus. Tout homme est une histoire sacrée et l’homme est à l’image de Dieu.

 

« Seigneur, fais de moi le meilleur citoyen possible,
Informé, participatif, critique,
Responsable dans ses devoirs,
Prêt à payer loyalement ses taxes et ses impôts,
Plus soucieux du bien commun que de l'avantage personnel.
Que ma recherche de toi ne soit jamais
Une fuite de mes responsabilités.

Amen. » 

(André Beauchamp, théologien canadien)

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