26e dimanche dans l'anné" A

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La phrase clé de la petite parabole que nous venons d’entendre est celle-ci : « Il se repentit.» En d’autres termes, Ezéchiel et Paul disent quelque chose de semblable : « Parce que [le méchant] s’est détourné de ses fautes, il vivra », dit le prophète. Saint Paul conseille de son côté : « Ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. »

Rien n’est joué d’avance…

Tout n’est pas programmé d’avance. Dieu nous crée libres. Le fils de parents intègres peut devenir un voyou, mais un être taré peut engendrer un juste… Il est toujours très commode de rejeter la faute sur les autres. Mais, en fin de compte, c’est à nous seuls qu’il revient de nous convertir et de briser nos chaînes. Quel que soit notre passé, si lourdes soient nos fautes, tout est encore possible. On peut se relever et repartir à nouveau. Il n’y a pas de fatalisme; avec Dieu, on peut toujours faire du neuf. Et l’évangile nous propose des situations extrêmes de repentir : les publicains et les prostituées. Dans un premier temps, ils ont dit « non » par leur incapacité à suivre les exigences de l’Alliance avec Dieu. Mais, restés assez disponibles et affamés de paix et d’amour, ils se mettent pauvrement en route et apprennent peu à peu à laisser Dieu transformer leur « non » en un « oui » jailli du fond du cœur. « Désormais les plus souillés des êtres savent qu’il leur appartient d’être les plus aimés parce qu’ils ont été les plus souillés », a écrit magnifiquement François Mauriac. 

… et rien n’est automatiquement gagné.

Mais notre « oui » à Dieu ne trouvera sa plénitude qu’au bout de notre route terrestre. Gardons-nous de l’illusion de nous croire arrivé ou de l’arrogance de nous comparer à ceux qui ont un comportement moins honorable. Rangeons-nous plutôt parmi les pécheurs dans l’humilité confiante, pas dans la culpabilité. Se culpabiliser, c’est se replier sur soi. Se reconnaître pécheur, c’est se placer devant Dieu pauvre mais confiant. C’est se jeter dans les bras de sa miséricorde en sachant que le chemin de la conversion est long, faits de chutes et de reprises incessantes, mais en sachant que l’infinie patience du Père des cieux nous accompagne tout au long. Et celui qui dit « oui » pour le moment – ou pense le faire -, ne doit pas s‘en glorifier, car ce « oui » est très fragile quand il est orgueilleux.

J’ai toujours beaucoup aimé la finale du roman « La Pharisienne » de François Mauriac. « Au soir de sa vie, Brigitte Pian avait découvert enfin qu’il ne faut pas être semblable à un serviteur orgueilleux, soucieux d’éblouir le maître en lui payant son dû jusqu’à la dernière obole, et que Notre Père n’attend pas que nous soyons les comptables minutieux de nos propres mérites. Elle savait maintenant que ce n’est pas de mériter qui importe mais d’aimer. »

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