29e dimanche ordinaire A

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La fin de la traduction liturgique de l'évangile des Béatitudes est mauvaise. On a traduit : "Votre récompense sera grande dans les cieux", alors que le texte grec, donc, l'original, dit simplement : « Votre récompense est (εστιν) grande dans les cieux ». L'on sait également que Matthieu, parlant des "cieux", veut dire "Dieu", un mot que tout bon Juif ne prononçait pas. Ainsi, pour dire "le Royaume de Dieu", Matthieu écrit toujours "le Royaume des cieux". Si je veux donc comprendre le propos de Jésus, je dois traduire : "Votre récompense est grande en Dieu", et aujourd'hui même. Cela évite un énorme contresens que beaucoup de gens ont fait, ne serait-ce que Karl Marx, quand il expliquait que la religion poussait à la résignation et était « l’opium du peuple » ! Or ce n'est absolument pas de cela que parle Jésus.

Mais que veut-il nous dire ? Il nous adresse un message de bonheur pour tous ceux qui, comme l'écrit l'apôtre saint Jean, sont « enfants de Dieu » ; qui sont « en Dieu et Dieu en eux ». Un message de bonheur, à certaines conditions, que je voudrais préciser. Parce qu'il n'y a pas trente-six chemins pour arriver au bonheur. Il n'y en a qu'un, et c'est le chemin de Jésus. J'ai envie de comparer notre monde d'aujourd'hui à des gens qui sont sur le Titanic. Le bateau est en train de couler. Quel va être le réflexe naturel de tous les passagers ? Le sauve-qui-peut. Il s'agit de sauver sa vie, de sauver sa peau. On fera tout pour cela. On ira même jusqu'à écraser les plus faibles.

Eh bien, nous vivons dans un tel monde. Pour se sécuriser, les gens (nous aussi, car il ne s'agit pas de se mettre en-dehors) recherchent la possession à tout prix, par tous les moyens. On est sécurisé quand on a une certaine fortune, et « plus on en a, plus on en veut », comme on dit...

Et il y a plus que cela. Il ne s'agit pas seulement d'une course effrénée aux biens matériels. Par besoin de sécurisation, on recherche aussi un pouvoir, et les moyens de la puissance. Volonté de puissance qui fait qu'on ne passe rien à l'autre, qu'on ne pardonne pas, qu'on apprend aux enfants, dès leur plus jeune âge à « ne pas se laisser faire » !

Jésus dit aujourd'hui ; « Moi, je refuse ce monde-là ! Et je refuse totalement ce système, parce qu'il ne mène pas au bonheur. Ni pour les nantis, ni pour les écrasés ». Même les nantis, parce qu'ils ont toujours la même peur au ventre, une peur qui n'est éteinte ni par la possession de biens matériels, ni par le pouvoir gagné. Jésus nous invite à cette conversion où, concrètement il s'agit de ne pas passer à côté de quelqu'un sans faire attention à lui, sans prendre le temps de l'écouter, sans accueillir ce qu'il dit, ce qu'il est, ses manières d'être. Sans faire attention à celui à qui personne ne fait attention. Et aussi se battre contre toutes les formes d'oppression, d'injustice ; chercher la paix et la réconciliation, ne pas passer à côté d'une misère. Accueillir, découvrir l'autre, vouloir le faire grandir en lui répétant : « Tu vaux beaucoup plus que tu ne le crois ».

Et ceux-là, ce sont les « saints ». Ce sont ceux qui, durant leur vie terrestre, ont commencé. Peut-être discrètement, humblement, timidement. On ne les a peut-être pas remarqués. Mais ils ont commencé, sur cette terre, à promouvoir les valeurs de paix, de vérité, de justice, de fraternité, de respect des autres. Ces saints, ce sont des êtres sains. Eux seuls sont en bonne santé. Les autres sont des malades qui s'ignorent. C'est peut-être difficile à accepter. On comprend bien. On sait bien que c'est vrai. Mais on a peur. Peur de perdre, peur d'être floués. Le risque de la foi, c'est justement cela : faire le saut dans l'inconnu, prendre le risque, pour découvrir enfin qu'on vit heureux, infiniment plus heureux qu'avant. L'amour, cela réussit. L'humanité peut gagner. Essayons !

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