Quatrième dimanche C

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Ce jour là, le renom du prédicateur attire beaucoup de monde. Un enfant du pays, devenu célèbre dans toute la région, revient au village. Le jeune invité, d’une voix chaude et grave, proclame le passage d’Isaïe sur la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres, aux prisonniers, aux aveugles et aux opprimés. L’assemblée retient son souffle et refrène son désir d’applaudir. Elle semble attendre impatiemment le commentaire. « Cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». Tout le monde est suspendu aux lèvres du jeune homme.

Mais, peu à peu, au fil des minutes, la curiosité fait place à la colère. Sans attendre la fin de l’homélie, des auditeurs, et non des moindres, quittent ostensiblement le sanctuaire. A la sortie, les critiques fusent de toute part. Mais pour qui se prend-il donc, ce fils de Joseph et de Marie ? Comment ose-t-il donner en exemple des étrangers ? Très bien de vouloir nourrir les affamés, de vêtir les nus, mais il pourrait le faire chez lui plutôt qu’ailleurs. Pourquoi contester ainsi l’ordre établi ? A l’entendre, il y aurait même des saints chez ces chiens de païens...

Mes frères et sœurs, aurons-nous le courage de nous reconnaître un peu dans ces habitants de Nazareth. Après avoir fait l’éloge de Jésus, ils se sont levés furieux. Ils l’ont poussé hors de la ville et mené à un escarpement. Qui que nous soyons, nous sommes toujours tentés d’enfermer Dieu et son Messie dans le strict périmètre de nos Eglises et de nos groupes, dans la lettre de nos certitudes et de nos traditions, dans le ghetto de nos institutions confessionnelles... La Bible est pleine de prophètes qui n’ont pu annoncer la Parole qu’ailleurs, chez ceux qui ne savent pas tout d’avance.

Dieu est plus vaste et plus grand que nos petits horizons étriqués. Il n’a pas de frontière. Et c’est aujourd’hui qu’il vient agir au milieu de nos vies. Et toujours, ce Dieu du présent, nous surprend et nous déconcerte. La Parole s’accomplit aujourd’hui. Nous devrions voir la réalisation de cette Parole dans notre vie quotidienne. Et pour y arriver, deux conditions s’imposent : connaître la Parole de Dieu et poser un regard de foi sur les événements. Impossible de connaître l’accomplissement de la Parole sans prendre le temps de la scruter. Impossible de la voir à travers les événements du quotidien sans y poser un regard attentif. C’est la prière fidèle et quotidienne qui nous donnera la grâce d’accueillir la Parole et de la pratiquer dans le concret.

Aux habitants de Nazareth qui espéraient lui voir faire des miracles, Jésus choisit de présenter sa véritable identité. Il n’est pas d’abord un guérisseur, mais la présence de Dieu parmi les siens. Et Dieu agit en faveur de toute l’humanité. Les exemples de la veuve de Sarepta et du Syrien Naaman le leur rappellent bien. Ces propos heurtent violemment les Nazaréens. Le silence, parfois, est la seule attitude qui reste possible. Quand les cœurs restent fermés au message de la foi, mieux vaut se taire. La foi ne s’impose pas, elle se propose. Si on la refuse, il faut aller ailleurs. Devant le refus de ses compatriotes, Jésus est allé son chemin... le chemin de sa Pâque de croix et de résurrection.

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