25e dimanche dans l'année B

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Jésus serrant un enfant dans ses bras : l’image est piégée. nous avons vu si souvent dans la presse un politicien inaugurant les chrysanthèmes et embrassant une petite fille rouge de confusion. Même Joseph Staline ou Adolf Hitler ont été « surpris » de la sorte par l’objectif des photographes. Avec le Christ, il s’agit évidemment de tout autre chose. Ce n’est pas pour poser devant les médias que Jésus a pris un enfant par la main. C’est pour nous dire le coeur de son message. Ecoutons plutôt Marc.

Jésus marche seul. Les apôtres le suivent, mais n’osent pas l’interroger. C’est qu’il vient de leur parler de souffrance et de mort. Et même s’il vient de leur dire qu’elles vont être suivies de résurrection, ils n’ont nulle envie de pousser plus loin l’enquête. Entre eux, il préfèrent inventer la suite de l’histoire à leur manière. « De quoi discu-tiez-vous en chemin ? », leur demande Jésus, quand ils sont arrivés. Eux se taisent parce qu’ils ont débattu sur le point de savoir lequel était le plus grand. Il s’agit sans doute de la plus vieille passion du coeur de l’homme : la soif indéracinable du pouvoir. « Ôte-toi de là que je m’y mette ». Merveilleux apôtres qui vont dans quelques années donner leur vie pour Jésus mais qui, pour le moment, se voient déjà maréchaux d’empire et se partagent les portefeuilles ministériels. C’est une réaction très naturelle. Dans les sociétés humaines, comme dans le monde animal, domine la loi de la jungle où les grands l'emportent sur les petits, où les forts écrasent les faibles.

Jésus, précisément, vient renverser cette logique. Il prend un enfant, le place au milieu d’eux, le serre tendrement dans ses bras. Et il affirme que c’est Dieu lui-même qu’on accueille en agissant de la sorte. L’enfant est cet être petit, socialement peu considéré, incapable de se défendre, et dont on peut se débarrasser légalement au moment où il est le plus vulnérable, dans le sein de sa mère. L’enfant est l’icône du pauvre par excellence, livré aux mains des forts, de plus puissants que lui. L’enfant englobe tous ceux que la société rejette ou méprise ou tout simplement oublie.

Ce sont ceux-là que Jésus préfère. C’est comme s’il disait : en vous occupant des enfants et de tous ceux que l’on oublie, vous allez à l’essentiel. Il affirme être venu non pour être servi, mais pour servir. Et ainsi, il donne une révélation absolument capitale sur le mystère de Dieu. La primauté de Dieu n’est pas une puissance de domination, mais de service. Et, en sa Passion, vers laquelle Jésus s’avance librement, Dieu s’est fait vraiment « le dernier » de tous, « le serviteur » de tous. La croix est sa seule véritable image.

Il est bien vrai que Dieu soit le Premier, le plus Grand... mais c’est dans le service, dans l’amour qu’il est imbattable. Parce qu’il est l’Amour absolu, Dieu est le Service absolu. En ce début d’année scolaire, alors que les diverses activités reprennent leur cours, appliquons-nous à cette attitude essentielle de service tant au travail qu’à la maison.

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