4ème dimanche de carême C

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Premier acte : le Père et son plus jeune fils.

Le cadet est un profiteur égoïste. Il ne sait que se plaindre, revendiquer, réclamer. Il reçoit tout de son Père, et ne sait pas remercier. Même sa « conversion » est avant tout motivée par un calcul égoïste pour retrouver gîte et couvert. Il penses toujours à lui. Il a perdu l'habitude d'aimer. C'est un ingrat plus à plaindre qu'à juger. Il est malheureux. Il faut l'aimer.

Et c'est ce que fait le Père. Il n'est que gratuité, folle générosité, don désintéressé. Et lorsque le fils revient, avant même qu'il aie ouvert la bouche, c'est le père qui a ces gestes significatifs : « il l'aperçoit de loin.... il est saisi de compassion... il court... il l'embrasse ». Et il commande une fête d'une extraordinaire prodigalité dans la réconciliation. Oh oui, ce n'est pas la parabole de Fils prodigue, mais bien celle du Père prodigue ! Une telle folie dans la tendresse et le pardon ne peut venir que de Dieu.

Par là, Jésus veut casser l'image d'un Dieu méchant, pervers, punisseur qui ne cesse de hanter nos consciences. Le Dieu de Jésus n'est qu'Amour sans limite, qu'incroyable générosité !

Deuxième acte : Le père et son fils aîné.

Mais comme toujours, c'est dans la fin du récit que se trouve la pointe de la parabole. Le frère aîné, en refusant d' entrer dans la maison en fête, montre qu'il n'a jamais compris lui non plus l'amour de son père. Lui aussi, comme son cadet, se place dan un système de revendication, de rémunération pour ses mérites : « Tu ne m'as jamais donné un chevreau... » Ce fils représente bien les pharisiens qui pratiquent scrupuleusement une religion sans joie et de manière intéressée (ils veulent avoir droit à la récompense éternelle). Ils jugent et dénoncent les péchés de leurs frères. Dieu est pour eux le comptable minutieux de leurs bonnes actions. Ils en oublient de l'aimer...

Le père recommence, avec son fils aîné, les démarches de réconciliation qu'il vient de donner au cadet. « Il le supplie... »

Dieu est Père, mais sommes-nous frères ? La parabole reste tragiquement inachevée : l'aîné va-t-il se laisser convaincre et rentrer dans la joie de son père ? C'est à nous d'apporter la conclusion à la parabole.

Que ce fils cadet ou ce fils aîné que nous sommes tour à tour accepte d'entrer dans la fête de l'amour que Dieu nous a préparée. La mystique soufie Rabi'a (8e siècle) disait : « Je veux, avec mon eau éteindre toutes les flammes de l'enfer, et, avec ma torche, brûler toutes les voluptés du paradis, afin que l'on agisse que par pur amour de Dieu » A quoi fait écho sainte Thérèse d'Avila (16e siècle) : « Je voudrais détruire l'enfer et le paradis afin que Dieu fût aimé pour lui-même. »

Vivons d'ici Pâques le sacrement de réconciliation, le sacrement du baiser du Père Miséricordieux... Quelle grâce !

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