15e dimanche dans l'année A

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La grâce de la Parole de Dieu, nous disait magnifiquement la première lecture, est comme la pluie et la neige qui descendent des cieux et n'y remontent pas sans avoir arrosé la terre, l'avoir fécondée et fait germer la semence. Elle ne revient pas sans résultat. C’est d’images semblables dont nous parle l’évangile de ce jour : semeur, semence, terrains et rendement…

Pour dire bref, cette parabole comprend deux parties. La parabole proprement dite qui, en gros, remonte à Jésus. La Parole de Dieu – est reçue de diverses façons. Chez certaines personnes, elle trouve un cœur de pierre et ne croît pas du tout ; chez d'autres, elle pousse avec difficulté, mais elle grandit tout de même. Et quand elle aura atteint sa pleine croissance, ce sera la Fin. En somme, il s'agit d'un message d'espérance. L’entourage de Jésus ne voyait dans sa prédication qu'abandons, défections et oppositions. Jésus veut leur faire comprendre que les échecs incontestables n'empêcheront jamais le succès final et ce dernier compensera toutes les pertes. Cette parabole du semeur est donc avant tout une parabole de l'espérance, dont la pointe est cette graine qui germe et donne du cent pour un.

L’évangéliste a ajouté une interprétation à cette parabole. Et ici l'accent glisse de la semence vers les quatre différents terrains qui la reçoivent. Toute l'attention – et la préoccupation – de Jésus se portait sur la semence même, c'est-à-dire sur le Règne de Dieu. Pour les premiers chrétiens, la préoccupation devient insensiblement celle d'être une terre aussi bonne que possible pour recevoir la semence de la Parole de Dieu. Certes une telle explication est évidemment légitime et n’est pas sans un certain fondement dans la parabole elle-même, telle qu'elle avait été racontée par Jésus. Mais ce glissement montre quand même assez bien notre tendance humaine à être plus préoccupés de nous-mêmes et de la façon dont nous recevons la Parole de Dieu que de la Parole elle-même.

Jésus se préoccupait de la Parole ! Et son message est précisément que même malgré notre endurcissement et notre manque de coopération, la semence du Royaume croîtra jusqu'à sa pleine mesure. La raison de ce glissement dans l'objet de notre préoccupation est probablement notre peur innée de la souffrance.

Et ici la deuxième lecture, celle de saint Paul aux Romains, nous rappelle que la souffrance dont nous faisons l'expérience est la douleur d’un enfantement. « Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore. Et elle n'est pas seule. Nous aussi nous crions en nous-mêmes notre souffrance… » Nous trouvons facilement toutes sortes de bonnes raisons pour nous mettre à l’abri de la douloureuse réalité de la croissance. Il nous semble plus sécurisant de nous réfugier dans l'activité qui consiste à préparer le sol. Nous « faisons » alors quelque chose et nous en escomptons bien une récompense. Tout cela est bon et utile. Mais la parabole primitive et saint Paul nous rappellent une autre valeur : la nécessité d'attendre avec patience que la semence prenne le temps de pousser ; de faire l'expérience de la mort de la semence sans être sûrs qu'elle prendra vraiment racine, sans savoir jusqu'à quel point elle donnera son fruit...

S’il est nécessaire de sarcler le terrain de notre cœur, n'oublions pourtant pas de revenir à l’essentiel : la Parole de Dieu, la semence déposée par le Père dans l'humanité. Attendons avec autant de confiance que de patience à travers les épreuves inévitables, sa croissance en chacun de nous et dans toute l'humanité.

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