4e dimanche du carême B

Kérit

Aujourd'hui, saint Jean nous invite à « regarder » la croix. Il nous faut oser regarder le Crucifié et l'adorer. Ce regard vers le Christ Sauveur est un regard de foi, un regard de confiance et d'amour. En nous tournant vers le Christ, nous accueillons la guérison et la vie.

La croix est le fruit du mal et de la haine de ceux qui ont rejeté Jésus. Mais Jésus a préféré livrer sa vie plutôt que de détruire ceux qui le rejetaient. Ainsi, en renonçant à faire violence et en choisissant de livrer sa vie, l’esprit de bonté et de miséricorde qui habite Jésus, est devenu le chemin par où Dieu nous transmet son pardon d'amour.

Sur la croix, Jésus est l'image la plus parfaite de Dieu et de son amour. Ce Dieu-Père de Jésus, qui se révèle sur la croix, est le Dieu qui n'est qu'amour. C'est un Dieu fragile, vulnérable et désarmé. C'est un Dieu qui ne peut s'imposer, car on ne peut imposer une relation d’amour. C'est au contraire un Dieu qui s'est exposé au refus de l'être humain. Un Dieu qui attend éternellement notre consentement sans jamais se lasser. Un Dieu veut nous sauver de notre propre destruction qui est de ne pas aimer.

Le serpent cloué sur le bois est signe de la victoire de Dieu sur le mal, signe de son amour qui n'a de cesse de vouloir guérir et sauver tout être humain. La mort de Jésus est un don d'amour, et c'est pourquoi elle est source de pardon et don de vie pour les autres.

Au contraire, celui qui n'a de relation avec Dieu qu'à travers les lois, les obligations et les interdits, celui qui vit sa relation avec Dieu comme avec un dangereux concurrent, celui-là ne peut venir à la lumière que lui propose Jésus, pour qui cette vision d'un Juge -qui ne peut être Père- est le péché le plus grave. Sournoisement, le Malinl fait de Dieu un Créateur dont il faut avoir crainte et dont on ne peut se laisser simplement aimer. (Genèse 2).

Éric-Emmanuel Schmitt illustre bien ce péché fondamental qui défigure Dieu, dans cette scène de sa pièce de théâtre « Le Visiteur  » qui relate la rencontre entre Dieu (l'Inconnu) et Freud :

Freud: Tu es tout-puissant!

L'Inconnu: Faux. Le moment où j'ai fait les hommes libres, j'ai perdu la toute puissance et l'omniscience. J'aurais pu tout contrôler et tout connaître d'avance si j'avais simplement construit des automates.

Freud: Alors, pourquoi l'avoir fait ce monde ?

L'Inconnu: Pour la raison qui fait faire toutes les bêtises, pour la raison qui fait tout faire, sans quoi rien ne serait... par amour. Tu baisses les yeux, mon Freud, tu ne veux pas de ça, hein, toi, un Dieu qui aime ? Tu préfères un Dieu qui gronde, les sourcils vengeurs, le front plissé, la foudre en mains ?Vous préférez tous ça, les hommes, un Père terrible, au lieu d'un Père qui aime... Et pourquoi vous aurais-je faits, si ce n'était par amour ? Mais vous n'en voulez pas, de la tendresse de Dieu, vous ne voulez pas d'un Dieu qui pleure, qui souffre... Oh, oui, tu voudrais un Dieu devant qui on se prosterne mais pas un Dieu qui s'agenouille.

 

Dieu : non pas une limite, non pas une menace, non pas un interdit, non pas une vengeance, mais l'Amour agenouillé qui attend éternellement le consentement de notre amour. Le Bien est Quelqu'un, le Bien est une Personne, le Bien est une Vie... un Amour. Toute la sainteté est là : laisser vivre cet Autre en nous, qui est confié à notre amour. En Jésus, il n'y a plus de morale, il y a une mystique. Le bien, c'est nous en état de « oui » nuptial ; le mal, c'est nous en état de « non. »

Kérit