3e dimanche dans l'année C

Retour à Kerit

Esdras, - Ezra HaSofer (Esddras le scribe) comme l'appelle la tradition juive -, était un prêtre spécialiste de la Torah (Loi) qui mériterait de devenir le saint patron de nos assemblées liturgiques. Au retour de l’exil des juifs à Babylone (vers 450 avant Jésus-Christ), il rassemble les anciens déportés en créant une liturgie de suppléance.

Esdras sera de ceux qui vont organiser un service religieux autour de la Parole de Dieu, comportant lectures, homélies, prières et chants. C’était comme une nouvelle présence de Dieu au milieu des siens. A la place d’honneur de la communauté rassemblée, il y a le livre. Puis le lecteur vient, l’ouvre et chacun se lève. Dieu parle comme un père, comme une mère à son enfant, comme un fiancé à sa promise. C’est une Bonne Nouvelle que jeunes vieux, petits ou grands, abritent dans leur coeur.

Mais encore faut-il en saisir toutes les nuances et les facettes inépuisables. Les commentateurs s’y emploient. Autour d’Esdras lui-même, ils étaient treize pour « prêter main-forte à leurs frères afin de mettre en pratique la « Parole du Seigneur » (2 Chroniques 35,6). Et l'auditoire se réjouit et goûte la joie de recevoir ensemble cette Parole de Dieu.

C’est vraiment le Shabbat, le Jour du Seigneur. Un jour de fête où la consigne est de « manger des viandes savoureuses, de boire des boissons aromatisées et d’envoyer une part à celui qui n’a rien préparé ». Car vraiment « la  joie du Seigneur est notre rempart ».

Voyez-vous, il n’y a pas de peuple de Dieu ni de synagogue, pas de famille chrétienne non plus ni d’Eglise, sans rassemblement autour de la Parole de Dieu, sans écoute attentive et sans célébration joyeuse. Avec Jésus, la parole est devenue chair et pain. Contemplons la dans la synagogue de son village. Il monte sur la bêma, l’estrade réservée au prédicateur, et déroule la longue bande de peau tannée sur laquelle est écrit le texte d’Isaïe. Il lit quelques versets, puis rend le livre au hassan, le sacristain-instituteur. Il commente la lecture, alors que tous ont les yeux fixés sur lui.

« Aujourd’hui s’accomplit l’Ecriture... » Son homélie consiste à dire que la Parole de Dieu n’est pas du boniment, mais une réalité concrète. Jésus ne se contente pas de répéter les paroles du vieux prophète. Il se met réellement au service des pauvres et des malades. Il est la Parole en chair et en os. Il est Dieu qui n'hésite pas à se salir les mains en secourant les hommes. Aujourd’hui un monde nouveau peut éclore.

Le Royaume nouveau a deux mille ans. Une fraction de secondes à l’échelle de l’univers. Le temps de la patience et de la croissance. Mais, quelle chance pour nous, Dieu parle toujours au présent. L’évangile n’est pas enfoui sous la poussière des siècles. Le livre du passé est Parole vivante et actuelle. Parole qu’est Jésus. Car, à Nazareth, il a opéré une révolution dans la liturgie synagogale. Alors que tout autre rabbin se contentait d’expliquer un texte de la Torah, Jésus lui attire l’attention , non sur ce qu’il lit, mais sur ce qui arrive. Ce n’est plus le Livre qui est au centre, mais sa Personne. Il ne s’agit plus seulement de commenter, mais de vivre l’aujourdhui de Dieu...

Oui, laissons-nous convoquer autour du Seigneur - Parole et Pain - qui vient ouvrir nos existences étroites à l’irruption du seul bonheur durable.

Retour à Kerit