16e dimanche dans l'année  C

Retour à Kerit

Ces deux soeurs qui avaient un frère Lazare, les évangiles en parlent trois fois, dans des scènes où leurs tempéraments sont bien décrits à chaque fois. Marthe l’active. Marie la paisible. Saint Jean, en une courte phrase, nous dit que « Jésus aimait Marthe et sa soeur et Lazare » (Jean 11/15). Et, à l’occasion du deuil qui a frappé cette famille, il nous rapporte que Jésus pleure.

Une autre fois, on voit Marthe en train de servir une autre repas, et Marie de nouveau « assise aux pieds de Jésus » (Jean 12/2.3). Ainsi Jésus avait des amies. C’était chez elles qu’il revient chaque soir de sa dernière semaine avant de mourir. Voici donc un lieu où il a pu goûter la douceur de l’amitié. Dans l’Apocalypse, Jean écrira :  « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai le repas avec lui, et lui avec moi » (Ap. 3/20)

Contemplons dans le coeur l’admirable icône de Marie, assise aux pieds du Seigneur. Jésus parle, elle écoute. Que disent-ils ensemble ? Lui raconte-t-il la parabole du Bon Samaritain ? J’aime plutôt imaginer que Jésus lui murmure des confidences sur sa mort et sa résurrection. Plusieurs fois, il a tenté de partager ses soucis avec ses apôtres, mais ils n’ont pas voulu ou pas pu comprendre. Avec cette disciple féminine, qui sait ? n’y a-t-il point eu une mystérieuse connivence ? Nous savons en tout cas, par Jean et par Marc, que cette femme intuitive a mieux saisi que d’autres le mystère de l’ensevelissement et de la résurrection de Jésus. Jésus reviendra à Béthanie, dans sa maison, juste avant sa Pâques. Marie, doucement, avec une exquise finesse, à l’avance, fera une sorte d’embaumement avec un parfum de très grand prix...!

Mais gardons-nous de déprécier Marthe ! Marthe est bien nécessaire ! Marthe est indispensable ! Marthe est si aimante ! Jésus est honoré aussi par tout amour qui se met au service des autres... « Vous m’avez donné à manger, vous m’avez donné à boire, venez les bénis de mon Père » (Matthieu 25/34). Jésus est sanctifié par toutes les tâches ménagères, si humbles, si pleines d’amour, de tant de femmes, dans le monde entier, dans toutes les civilisations, et qu’on pense si peu à remercier. Pourtant Jésus n’invite pas Marie à se montrer « gentille » avec sa soeur. « Marthe, n’oublie pas l’essentiel », dit Jésus. Marthe s’est dépensé autant qu’Abraham et Sara pour accueillir leurs hôtes. Jésus goûte la chaleur de son accueil actif. Mais il la met en garde contre l’agitation, la crispation le « stress » qu’elle y met. Car l’inquiétude et le souci nous replient sur nous-mêmes.

L'idéal c'est de devenir autant  Marie que  Marthe. De grandes saintes comme Thérèse d'Avila, ou Jeanne de Chantal , voire Jeanne d'Arc ("Messire Dieu premier servi"), ont su l'être. Le temps des vacances pourrait devenir davantage un temps pour retrouver notre équilibre, notre paix intérieure et notre liberté. Pour vivre le temps de l’action et du service sans excitation, en laissant place à « l’unique nécessaire » .

Jésus aime qu’on lui donne la priorité. L’écoute aimante de sa Parole doit passer avant tout. Il faut lui réserver « la meilleure part » de nos journées. Et lorsque nous le faisons, regardons comme notre action devient alors réellement « efficace ». Nous deviendrons capables d’écouter vraiment les autres et de les aider par la joie paisible que nous mettrons à leur service.

Retour à Kerit