Dimanche de Pâques A

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VEILLÉE PASCALE

C'est au cœur de la nuit que le Seigneur agit. C'est au plus noir des ténèbres, qu'il passe et opère son œuvre, sans témoins. Que s'est-il passé au cœur de ces heures d'avant le « premier jour de la semaine » ? Nous ne le saurons jamais. Nous ne savons qu'une chose : Dieu est celui qui est capable de vaincre la nuit. Celui qui a tiré le jour de l'obscurité, tire aussi la vie de la mort. Au cœur de la nuit la plus noire, comme lors de l'esclavage d'Egypte.

Le Dieu qui ressuscite Jésus d'entre les morts est le Dieu qui a ressuscité Israël de son tombeau d'Egypte. Là où l'esclavage nous accable, Dieu libère. L'esclavage de la pensée dominante, de la dictature bien-pensante de ceux qui veulent imposer leur mode d'être ou de penser à coup de médias. Ceux qui disent aux jeunes: « si vous ne n'acceptez pas cette pratique, vous ne grimperez jamais… vous êtes un looser, un perdant. » Si nous surmontons notre peur, Dieu agit.

Au cœur de la nuit de la mort, de la tentation et du mépris, Dieu est vivant. Au matin de la Pâque d'Israël comme au matin de celle de Jésus, ce sont des femmes qui ont réagi les premières. Myriam, sœur de Moïse, chante son cantique au matin de l'exode d'Israël (Exode 15,20). Une autre Marie, celle de Magdala, devient messagère, au matin, de l'exode de Jésus. Pourquoi des femmes ? Dès l'origine, quoiqu'on essaye de nous faire accroire, elles sont les alliées de la vie. Comme Dieu, dans la nuit, elles donnent vie vie. Jésus avait chassé sept démons du corps de Marie de Magdala. Qui saura jamais qu'étaient ces « sept démons »? Sans doute était-elle esclave à l'intérieur d'elle-même. Tant de nous souffrent de ces pharaons qui s'appellent dépressions, angoisses, mépris de soi, assuétudes et dépendances… tant de démons si présents, que Jésus vient chasser. Oui, il fallait sans doute ces femmes, qui avaient été guéries dans leur corps et leur cœur, pour annoncer l'inouï : Jésus est vivant dans son corps glorieux, vivant pour Dieu et pour nous. Le Ressuscité, c'est bien, « Jésus, le crucifié », le Galiléen qui est « passé en faisant le bien ».

C'est bien là, en Galilée, sur ces routes tant de fois parcourues avec les disciples, qu'il les attend, ces routes de la libération de l'homme de tous les esclavages et tous les démons qui emprisonnent. C'est encore là qu'il nous précède aujourd'hui. Ces deux Marie, Marie de Magdala et Marie mère de Jacques, ont traversé la grande nuit. Songeons à cette multitude de femmes majoritaires dans les hôpitaux  de la planète pour combattre la pandémie. Avec les caisières de supérette, les chauffeurs de camions, eels et ils marchent sur leur peur (c'est cela le courage) pour servir la population.

Mystère de la femme, et du rôle de la femme dans l'Eglise, dont les hiérarques trop souvent les dédaignent, elles sont messagères de vie : « Il est ressuscité d'entre les morts, il vous précède en Galilée. » La Galilée évoque notre quotidien le plus ordinaire. « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères c'est en Galilée qu'ils me verront. » L'annonce pascale nous atteint en cette nuit en nous revoyant à nos vies, nos travaux et nos jours. L'expérience de notre foi et de notre vie repose sur le tombeau vide où un ange nous fait signe de regarder en avant. Nous sommes, nous aussi, invités par le ressuscité à nous rendre en Galilée, à retourner chez-nous à ce point où toutes nos attentes de vie, nos efforts pour vivre dans le combat conte la maladie et dans le respect des consignes de confinement, rencontrent la résurrection du Christ.

Mais, ce n'est qu'au point du jour que les deux Marie en ont fait la découverte. La foi en la résurrection n'est encore pour nous que dans son commencement. Elle est la joie même du Dieu qui se bat toute la nuit contre la mort : « Le Seigneur chassa la mer toute la nuit » (Exode 14,21). Accueillons cette joie qui monte du plus noir de la nuit, pour chasser nos peurs et se propager comme une flamme d'amour. Dieu n'a pas créé le monde pour la mort, mais pour la vie. « Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Matthieu 22,32).

JOUR DE PÂQUES

A qui veut des « preuves » de la résurrection, l’évangile ne propose que le témoignage d’une fille de joie. Et puis celui de quelques hommes qui se sont montrés fort lâches lors de la passion de Jésus, et qui commenceront d’abord par être sceptiques. C’est donc une femme qui, la première se rend au tombeau, avant même Pierre et Jean.

Tout indique que la résurrection est une naissance : « le premier jour de la semaine... de grand matin... alors qu’il fait encore sombre... » Le tombeau fait pour être un ossuaire, devient ici matrice maternelle. Il est ouvert et il est vide. Il a accouché de la vie. Pierre et Jean ne retrouveront que le linceul et le linge qui avait été déposé sur le visage du cadavre. Jésus a déjà quitté les vieux oripeaux de la mort.

C’est à Pierre et à Jean que Marie-Madeleine annonce la Bonne Nouvelle : Pierre, celui qui a renié Jésus et Jean, le fidèle jusqu’au pied de la croix. Arrivé le premier au tombeau, il laisse, par déférence, Pierre passer devant lui. Mais Jean, l’intuitif, l’aimant et le mystique, est celui qui « voit et qui croit », là où Pierre ne fait que regarder sans voir. La foi en la résurrection de Jésus ne passe pas par des preuves ou des reliques. Pierre a beau avoir devant les yeux la tombe ouverte et parfaitement rangée, il regarde et ne « voit » pas.

On n’entre pas dans la résurrection de Jésus par des arguments ou une démonstration. Jean, lui, voit et il croit. Sa foi n’est pas dans sa tête. Elle est dans son cœur, elle est dans sa vie. Aucun signe n’est capable de donner la foi. Aucun signe n’est contraignant. A celui qui n’est pas amoureux, le bouquet de fleurs ne dit rien. Nous ne voyons jamais, au sens strict, l’amour de ceux qui nous aiment. Nous n’en avons que des signes ténus et fragiles qu’il faut savoir les déchiffrer avec les yeux du coeur, avec les yeux de l’amour. C’est à cause de cet amour que Jean a couru plus vite ! C’est à cause de cet amour qu’il a cru le premier. « Le disciple que Jésus aimait » précède Pierre. Ceux qui ont une autorité dans l’Eglise, n’ont ici aucun privilège. Il n’est qu’une seule supériorité véritable, c’est d’être les premiers en amour. C’est pourquoi le tombeau vide et les linges bien disposés n’ont été compris que par celui qui « aimait » davantage.

Il en va de même pour les sacrements, ces signes modestes, qu’on ne peut accueillir que dans la confiance et dans l’amour... mais aussi dans la mémoire des Ecritures. Car la tombe ouverte et les linges pliés ne deviennent signes pour Jean qu’au moment où, se laissant conduire par l’Esprit Saint, il voit surgir du fond de sa mémoire, les passages de la Bible que Jésus leur avait certainement cités. Et c’est ce qui lui permet d’éclairer le sens de ce qu’il voit. Ainsi les événements de notre vie. Nous ne les comprendrons en profondeur que si nous les éclairons avec la méditation incessante et aimante de la Parole de Dieu. C’est l’amour qui fait voir la vérité. C’est l’amour qui nous fait découvrir dans la Bible le salut que Dieu nous offre.

Bon courage dans l'épreuve qui nous frappe tous !
Puisse en sortir, avec l'aide de Dieu, un autre monde, plus solidaire et plus humain.

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