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3e dimanche de l'Avent A

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Ce dimanche, liturgiquement habillé de rose, est celui de la joie qui fleurit dans le désert. Ce n’est pas n’importe quelle joie, mais celle qui garde au fond de l’être la paix alors même que la tempête se déchaîne tout autour.

C’est la joie d’Isaïe. « Le désert et la terre de la soif, qu'ils se réjouissent ! Le pays aride, qu'il exulte et fleurisse, qu'il se couvre de fleurs des champs, qu'il exulte et crie de joie ! » N’oublions pas que le prophète s’adressait à un peuple humilié, déporté à Babylone. C’est au cœur de sa souffrance qu’il lui parle de la joie qui vient. « Voici votre Dieu : c'est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Mais attention ! La vengeance de Dieu dont parle Isaïe n’est pas une sanction contre son peuple, mais bien au contraire une intervention divine contre les puissances du mal qui oppriment les hommes.

C’est la joie de Jean Baptiste. Comme il y a huit jours, nous restons en sa compagnie, mais non plus avec ces foules accourues pour recevoir le baptême de conversion. Jean est maintenant seul, prisonnier d'un petit despote de province dont il a eu le cran de dénoncer la corruption et les dérèglements. C’est pour lui l’heure de l’incertitude : la mort le menace, et surtout l’ascète rude qu’il est, est dérouté par les débuts de ce Jésus qui s’invite à la table des pécheurs.

Pour Jean Baptiste, comme pour nous, il y a ici une leçon à recevoir. La foi n’est pas l’évidence. La foi c’est le choix d’espérer alors même qu’on est éprouvé et bousculé par les surprises de la vie. La foi, quand les circonstances bousculent nos plans et nos impatiences, c’est oser la confiance en Dieu qui est toujours là, à nos côtés. La foi, c’est lui présenter, en vérité, nos questions lancinantes. Jean Baptiste a eu ce bon réflexe en se tournant tout de suite vers Jésus. « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? », lui fait-il demander par ses disciples.

 Jésus apporte pour preuve qu'il est bien le Messie attendu, non par des considérations spirituelles ou des enseignements moraux, mais par des actes concrets de libération. Il répond par des faits que ses interlocuteurs de l'époque ont pu constater et que nous trouvons rapportés dans les évangiles. Ces faits – les boiteux courent, les muets guérissent, les prisonniers sont libérés – Isaïe les avait prédits : usait alors de verbes au futur (l’inaccompli hébreu). Jésus, lui, les reprend textuellement, mais en mettant au présent les promesses du prophète : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés... » Ce sont ces gestes de Jésus qui sont autant de signes qu'il est bien le Messie promis par les prophètes et annoncé par Jean.

Devenons et restons confiants et patients comme le cultivateur qui attend que monte la récolte : «  Ayez de la patience vous aussi, et soyez fermes, car la venue du Seigneur est proche » (Jacques 5, 8). Soyons comme un veilleur qui sait que le jour pointe déjà. Que les signes du monde nouveau se laissent dès à présent détecter dans nos vies. Osons la solidarité concrète, la rencontre réelle avec les démunis, les pauvres, les petits. En ce temps de l'avent, revisitons nos déserts : misère, injustice, racisme, découragement… Reprenons courage, et semons, sarclons, arrosons. Alors Dieu fera refleurir nos steppes par Sa joie mystérieuse : l’espérance de la venue certaine du « Seigneur qui sauve », Yeshouah, Jésus.

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4e dimanche de l'Avent A

15 décembre 2019

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Mercredi prochain, c’est Noël. En ce dernier dimanche de l’Avent, notre regard se porte vers les parents de l’enfant qui va naître : Joseph et Marie. Voici donc deux jeunes, entre quinze et vingt ans peut-être, qui ont fait ensemble le beau projet de devenir époux. Ils sont fiancés. Ils vivent ce temps du bonheur des fiançailles.

Or, voici que Dieu vient bousculer leurs projets. Avec beaucoup de tact et de netteté aussi, Matthieu nous parle de la conception virginale de Jésus. Toute la foi de l'Église qui sera plus tard exprimée dans le credo est déjà là : Jésus est à la fois né de Marie, fils de notre race, mais aussi le Fils du Père, « par l'action de l'Esprit Saint ». Le mystère de l'Incarnation, cœur du christianisme est déjà dit par l’évangile : dans le Christ, né de Marie, Dieu lui-même est entré dans notre histoire pour nous arracher à toutes nos peurs et nous unir a sa vie.

Joseph est bien évidemment éprouvé en découvrant la grossesse de sa fiancée. Tout son rêve de bonheur vole en éclats. Il est prêt à la répudier secrètement et à s’effacer sans bruit. Contre toute attente pourtant, Joseph prend chez lui son épouse et accueille, avec Marie, son enfant et son Dieu. C’est qu’il est un homme d'écoute ! Dans l'épreuve et les imprévus de la vie, il est de ceux qui cherchent à discerner la volonté de Dieu. Et ce dessein divin, c’est que c’est à lui Joseph qu’ est demandé d’adopter cet enfant, de l’introduire dans la descendance de David, de permettre à Jésus de découvrir en Joseph l’icône du Père des cieux.

Aux heures déroutantes de nos vies, n'avons-nous pas, comme Joseph, à nous ajuster nous-mêmes au projet souvent déconcertant mais toujours bienveillant de notre Dieu, pour l'accueillir et lui donner un amour renouvelé, une foi plus forte. À Joseph, l'ange a révélé deux titres mystérieux de l'Enfant Dieu qui ont illuminé sa nuit et lui ont rendu la paix. « Il s'appellera Jésus, c'est-à-dire "le seigneur sauve" » ; et puis on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui se traduit « Dieu avec nous ».

Accueillir Jésus, comme « Sauveur », c’est reconnaître qu’à Noël, comme tout au long de nos vies et de l'histoire, le Christ est là où il y a des hommes et des femmes à sauver. En dépit des apparences, des situations qui nous semblent sans issue, il nous faut oser croire qu'avec Jésus, on ne peut plus désespérer de soi ni de personne, car devant Dieu, il n'y a plus rien qui soit à jamais perdu. Notre Dieu ne cesse d'ouvrir à chacun un avenir. Comme le dit la célèbre et très belle homélie du pape saint Léon (5e siècle) : « Il n'est plus permis d'être triste lorsqu'on célèbre l'anniversaire de la Vie. Que le saint exulte, car il approche du triomphe ; que le pécheur se réjouisse car il est invité au pardon ; que le païen prenne courage, car il est appelé à la vie ! »

Accueillir Jésus comme l'Emmanuel, « Dieu avec nous », c’est découvrir que nous sommes aimés, que nous ne sommes plus jamais seuls. Même aux heures d'épreuve et de nuit, Dieu lui-même est pour toujours à nos côtés. Dieu avec nous : c'est, en définitive, le premier et le dernier mot, l'unique bonne nouvelle de tout l'Évangile. Que cela nous donne paix et espérance !  

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