Homélies

Bible ouverte

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33e dimanche A

19 novembre 2017

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La deuxième parabole du chapitre 25 de saint Matthieu est celle des talents. Par cette histoire, Jésus veut nous décrire deux manières totalement contraires de gérer sa vie. Ou bien, nous la vivrons sous le registre de la confiance, ou bien nous la passerons dans la peur.

A un Dieu qui nous fait largement confiance, nous pouvons répondre par une confiance égale. Mais nous pouvons tout aussi bien nous faire une fausse image de ce Dieu, et c’est alors la peur qui va gouverner toutes nos attitudes, simplement parce que nous nous trompons sur Lui et sur ce qu’Il est.

La faute du troisième serviteur, lui sur qui repose la pointe de la parabole, est d’avoir peur. A quoi bon agir et se donner du mal, si on ne fait pas confiance en Dieu et en la vie ? C’est le chapitre 3 de la Genèse qui, en langage mythique, nous dit ce qu’est fondamentalement le péché de l’homme : la peur, la défiance. « Le Seigneur Dieu appela l'homme et lui dit : Où es-tu donc ? L'homme répondit : Je t'ai entendu dans le jardin, j'ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché » (Genèse 3, 9-10). Ici, le serviteur s’excuse en mots semblables : « J'ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t'appartient. »

Le serpent ,le tentateur nous fait toujours prendre Dieu pour ce qu’Il n’est pas, un Dieu jaloux, perfide , qui aurait peur de perdre son emprise sur les hommes. « Tu moissonnes là où tu n’as pas semé. » Notre seul véritable péché est d’avoir peur de Dieu…

Le maître, nous dit la parabole, est absent. C’est bien notre situation, dans la nuit de la foi. Nous n’avons que des signes ténus de Dieu : l’Eglise elle-même, avec toutes ses pesanteurs très humaines, les sacrements, qui demandent la foi, le temps de la prière silencieuse qui requiert notre modeste persévérance…

Bref, Dieu nous laisse à notre entière initiative. Il nous fait une confiance inouïe ! Notre vie, notre famille, notre région notre planète sont laissés à notre entière liberté. Il nous rend participant de sa puissance créatrice. Comme la femme énergique et avisée dont la première lecture faisait l’éloge (Proverbes 31) ou comme les Thessaloniciens que Paul invite à rester vigilants (1 Thessaloniciens 5, 5-6)

A nous d’être un serviteur fidèle, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire celui qui fait foi. A la confiance de Dieu répond la confiance des bons serviteurs. Et ceci peut être très concret. Madame Rosa Parks, une modeste couturière d’Atlanta, a lancé tout le mouvement d’émancipation des noirs aux Etats-Unis en osant, en 1955, refuser de céder sa place dans le bus à un blanc. On peut, avec audace et simplicité, surmonter sa peur et faire s’écrouler des montagnes.

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Christ-Roi A

26 novembre 2017

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Pourquoi Jésus nous donne-t-il dans l'évangile cette fresque à la fois splendide et dramatique du jugement, de la séparation radicale entre les bénis du Père et les maudits, fresque qui a d’ailleurs été reprise par tant d’artistes, de Fra Angelico jusqu’aux tympans de nos cathédrales ? Pourquoi ? Est-ce simplement pour nous livrer une connaissance secrète sur la fin des temps ? Ou pour entretenir en nous la peur de l’enfer ?

Mais la foi chrétienne n’est pas une gnose ésotérique: ce n’est pas de savoir des choses qui sauve. Et la foi chrétienne ne repose pas davantage sur la peur de l’enfer. Non ! Si Jésus nous dépeint le jugement c’est plutôt pour nous donner la nostalgie du ciel, le désir du retour à la maison du Père, l’espoir d’entendre un jour sa voix qui nous dira : « Venez les bénis de mon Père et recevez en héritage le Royaume qui a été préparé pour vous avant la fondation du monde. » (Matthieu 25, 34) Il y a plus : Jésus nous parle de demain pour orienter notre aujourd’hui. Il ne nous dévoile pas tant ce que nous ignorons du Ciel que ce que nous ignorons sur la terre ! Il nous révèle en effet la valeur, la profondeur inouïes de chaque geste d’attention, de service, de bonté à l’égard « d’un de ces petits qui sont ses frères ». (Matthieu 25, 40)

Essayons simplement de nous souvenir maintenant d’une action que nous avons accomplie ces derniers jours : une visite à un malade, une offrande à un pauvre, un sourire à un inconnu désespéré, une écoute d’une personne désemparée... Jésus nous dévoile ce que nous avons fait sans même le savoir : nous avons visité, soutenu, écouté un Roi. Oui, c’est un Roi que nous avons servi ! En aimant nous sommes entrés dans son Royaume. Car dans son Royaume il n’est de place que pour l’Amour. Dieu n’est qu’Amour ! Par toi, par moi, le Royaume s’est manifesté un peu sur la terre ! Quelle grandeur inouïe dans un simple geste d'amitié dans un seul verre d’eau offert ! Et que dire de la splendeur qu’il y a non plus dans un geste mais dans une vie donnée au service!

À l’inverse, quand nous avons évité telle personne, quand nous avons été indifférent à telle autre, c’est le Roi, notre Roi, que nous avons délaissé. Or Lui nous attendait dans ce frère souffrant, dans cette sœur difficile. Il nous attendait car il venait nous demander de le laisser être, à travers nous, le berger de ce frère malheureux, de cette sœur abandonnée. Il voulait nous faire devenir des bergers les uns pour les autres, comme le disait magnifiquement le prophète Ezéchiel.

Mais il n’est jamais trop tard ! Jésus en nous parlant au cœur ce matin, nous appelle à nous convertir à l’Amour. Car la véritable révélation qui jaillit de ce texte de saint Matthieu est que la vie éternelle est déjà commencée, et dans les plus petits événements, Pas question d’attendre demain - la fin du monde, ou notre mort - pour rencontrer Dieu ! Dès maintenant, mystérieusement, à travers le moindre de nos actes, se tisse, de manière décisive, la vérité de notre rencontre avec le Christ vainqueur de la mort. Voilà la révélation de cet évangile. Et, au fond, ce n’est peut-être pas totalement une réelle surprise... Souvenons-nous de ces moments dans notre vie, très fugitifs, mais d’une douceur extraordinaire, où nous avons entrevu sur le visage du petit, du faible secouru ou visité, dans son sourire ou l’éclat de ses yeux, quelque chose d'un autre visage. Ce visage que l’Evangile nous aide à nommer : celui du Fils de l’Homme.

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