Homélies


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Bible ouverte

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3e dimanche dans l'année B

24 janvier 2021

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Aussitôt ! Tant Jonas que saint Marc répètent cet adverbe dans leurs récits. On est pressé, il n’y a pas de temps à perdre. Le temps est limité, dit saint Paul : demain, il risque d’être trop tard. La chance est à saisir, sans hésiter. 

Prenons Jonas. Qui peut lui prédire que Dieu va pardonner à Ninive, la grande ville corrompue ? Au fait, il s’en doute bien, car Dieu est tendresse et pitié, mais il n’apprécie pas que Dieu puisse bien traiter les ennemis de son peuple. Et il s’enfuit au loin, très loin de Dieu. Et même après la conversion des païens de Ninive, il tire la tête. Il a bien conscience de l’urgence du temps, il annonce la destruction du monde - « encore quarante jours ! » - mais il n’a pas compris l’urgence de Dieu. Il est le premier à avoir besoin de changer de vie et de croire à la Bonne Nouvelle !

Au bord du lac, Jésus, lui, appelle Simon, André et les autres, et leur dit sans ambages : « Moi, je fais de vous des pêcheurs d’hommes ! » Bonne Nouvelle ! La chance est à saisir tout de suite, car tant d’hommes et de femmes sont piégés dans le gouffre de la mort que représente le lac de Tibériade. Il faut, sans tergiverser, aller et proclamer à tous les hommes que le Règne de Dieu est là.

Il faut aller en Galilée, qui est la terre des païens, et partout dans le monde, là où tant d’êtres humains sont prisonniers du Mal et de la mort. Aller et proclamer, et surtout travailler comme ces pêcheurs de poisson, premiers disciples de Jésus, qui connaissaient la sueur et la peine, la patience et l’attente, mais aussi la chance à ramasser quand elle est là. Le monde passe...

Ils ont tout laissé devant l’urgence de la Bonne Nouvelle. Serait-ce parce qu’ils n’aiment pas leur famille ou leur métier ? Rien ne le dit, mais le temps est venu de ne pas s’accrocher à ce qui passe et que tant d’hommes espèrent d’être sauvés. Se marier, tirer profit du monde, rire et pleurer, tout cela est vrai et bon. Mais si l’amour, les joies, les peines, la profession et les soucis quotidiens devaient nous engloutir, nous manquerions le seul nécessaire.

La foi en la résurrection du Christ donne à chaque instant de notre vie une perspective d’éternité en nous donnant mission de peiner en ce temps et de le transfigurer en monde nouveau. Oui, malgré les apparences contraires, les forces du bien et de la vie sont plus puissantes que celles de la mort. Mais nous avons à y apporter notre collaboration en changeant résolument de comportement. Se convertir signifie faire des choix de vie, savoir discerner l’essentiel et l’accomplir.

Aujourd’hui encore, Jésus passe chez nous, il nous regarde et il nous aime, il fait de nous ses associés. Prions avec le psaume : « Seigneur, fais-nous connaître tes chemins ! »

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Quatrième dimanche dans l'année B

31 janvier 2021

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Autorité dans l’enseignement, autorité sur les esprits mauvais... voilà le maître-mot de ce texte. Mais qu’entendre par « autorité » dans le cas de Jésus ? L’étymologie du mot grec employé dans l’évangile peut nous y aider. « Ex- ousia » signifie « hors de l’être. » Jésus parle à partir de ce qu’il est, de ce qui l’habite au plus profond de lui. Il parle vrai, il parle du cœur de son être, il parle comme il agit, il parle avec autorité. « On était frappé par son enseignement », note saint Marc. Sa parole réveille et secoue.

C’est tout le contraire des prêches habituelles qui bercent, ronronnent et ennuient. Les écoles rabbiniques du temps étudiaient les commentaires de la Bible que les rabbis les plus célèbres avaient faits au cours des siècles. L’enseignement était essentiellement une transmission, une tradition. Le rabbi commençait toujours par la formule : « Rabbi Untel a dit... » Les papes n’en ont-ils pas conservé quelque chose lorsqu’ils appuient leur interprétation par la phrase : « Comme l’a dit notre prédécesseur d’illustre mémoire... »

L’autorité de Jésus est d’une tout autre ordre.Dans la ligne des prophètes, elle se manifeste d’abord par le fait qu’il ne s’abrite pas derrière l’autorité d’autres rabbis. Il parle à partir de sa propre expérience de Dieu.

Un de ses auditeurs réagit en cris et vociférations. « Un homme tourmenté par un esprit mauvais », nous dit l’évangile. Osons donc nous identifier à cet homme ! Peut-être que son cri viendra nous rejoindre dans notre souffrance intérieure. Car nous le connaissons bien cet être qui ne trouve plus de paix en lui-même tant il est dominé par les réalités obscures qui l’habitent. Il est comme déchiré entre la partie profonde de lui-même qui ne demande qu’à être aimée et cet esprit mauvais qui le domine et l’isole.

Il a perdu son unité intérieure au point que, dans ce morcellement de sa personne, il ne dit plus « je « mais « nous » : « Es-tu venu pour nous perdre ? » Sa prison intérieure est plus dure que celles que bâtissent les hommes. Face à Jésus, il vit une déchirure entre son désir d’être sauvé et la révolte qui le tient encore. Nous le connaissons bien, parce qu’il sommeille en nous. Il y a en chacun de nous des démons qui règnent en maîtres. Le fait est là : en chacun de nous, comme dans toute l’humanité, le Mal demeure un terrible mystère et une réalité que nul n’ignore et à laquelle personne n’échappe.

Dans le meilleur des cas, nous cherchons à résister à l’ennemi intérieur ; mais souvent nous collaborons. Nous n’avons pas tellement envie d’être libérés : il faudrait prendre des initiatives, faire des choix difficiles, s’engager personnellement, alors que jusqu’à présent, d’autres (nos démons) nous ont dicté la conduite à tenir. Nous sommes complices des forces du mal et nous avons envie de crier, nous aussi, en perdant nos replis sur nous-mêmes et nos fausses sécurités, de devoir payer prix de cette libération : « Es-tu venu pour nous perdre ? » On ne sauve sa vie qu’en la perdant...

Jésus ne se laisse rebuter par les hurlements et les menaces. Derrière les grimaces et les cris, il a déjà reconnu la souffrance d’un enfant bien-aimé de Dieu, d’un frère et l’appel au secours qu’ils cachent. Il récuse la note de toute-puissance qu’évoque l’expression de l’homme tourmenté : « Tu es le Saint, le Saint de Dieu ! » Sa seule puissance, c’est celle de l’amour. Et la force de l’amour ne se déploie que dans la plus radicale humilité.

« Silence ! », dit-il... Et c’est désormais dans ce silence que cet homme jadis tourmenté va renaître à la paix intérieure, à la liberté et à la maîtrise de lui-même. Que cette Parole d’aujourd’hui pénètre en nous. Que la célébration de l’Eucharistie nous rapproche de Jésus. Présentons-lui toutes nos blessures et toutes nos maladies physiques, psychologiques ou spirituelles, et il nous fera accéder à une vie nouvelle et libre.

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