Homélies

Bible ouverte

| 25e dimanche B | 26e dimanche B  |

25e dimanche dans l'année B

23 septembre 2018

Imprimer l'homélie

Jésus serrant un enfant dans ses bras : l’image est piégée. nous avons vu si souvent dans la presse un politicien inaugurant les chrysanthèmes et embrassant une petite fille rouge de confusion. Même Joseph Staline ou Adolf Hitler ont été « surpris » de la sorte par l’objectif des photographes. Avec le Christ, il s’agit évidemment de tout autre chose. Ce n’est pas pour poser devant les médias que Jésus a pris un enfant par la main. C’est pour nous dire le coeur de son message. Ecoutons plutôt Marc.

Jésus marche seul. Les apôtres le suivent, mais n’osent pas l’interroger. C’est qu’il vient de leur parler de souffrance et de mort. Et même s’il vient de leur dire qu’elles vont être suivies de résurrection, ils n’ont nulle envie de pousser plus loin l’enquête. Entre eux, il préfèrent inventer la suite de l’histoire à leur manière. « De quoi discu-tiez-vous en chemin ? », leur demande Jésus, quand ils sont arrivés. Eux se taisent parce qu’ils ont débattu sur le point de savoir lequel était le plus grand. Il s’agit sans doute de la plus vieille passion du coeur de l’homme : la soif indéracinable du pouvoir. « Ôte-toi de là que je m’y mette ». Merveilleux apôtres qui vont dans quelques années donner leur vie pour Jésus mais qui, pour le moment, se voient déjà maréchaux d’empire et se partagent les portefeuilles ministériels. C’est une réaction très naturelle. Dans les sociétés humaines, comme dans le monde animal, domine la loi de la jungle où les grands l'emportent sur les petits, où les forts écrasent les faibles.

Jésus, précisément, vient renverser cette logique. Il prend un enfant, le place au milieu d’eux, le serre tendrement dans ses bras. Et il affirme que c’est Dieu lui-même qu’on accueille en agissant de la sorte. L’enfant est cet être petit, socialement peu considéré, incapable de se défendre, et dont on peut se débarrasser légalement au moment où il est le plus vulnérable, dans le sein de sa mère. L’enfant est l’icône du pauvre par excellence, livré aux mains des forts, de plus puissants que lui. L’enfant englobe tous ceux que la société rejette ou méprise ou tout simplement oublie.

Ce sont ceux-là que Jésus préfère. C’est comme s’il disait : en vous occupant des enfants et de tous ceux que l’on oublie, vous allez à l’essentiel. Il affirme être venu non pour être servi, mais pour servir. Et ainsi, il donne une révélation absolument capitale sur le mystère de Dieu. La primauté de Dieu n’est pas une puissance de domination, mais de service. Et, en sa Passion, vers laquelle Jésus s’avance librement, Dieu s’est fait vraiment « le dernier » de tous, « le serviteur » de tous. La croix est sa seule véritable image.

Il est bien vrai que Dieu soit le Premier, le plus Grand... mais c’est dans le service, dans l’amour qu’il est imbattable. Parce qu’il est l’Amour absolu, Dieu est le Service absolu. En ce début d’année scolaire, alors que les diverses activités reprennent leur cours, appliquons-nous à cette attitude essentielle de service tant au travail qu’à la maison.

Haut de page


26e dimanche dans l'année B

30 septembre 2018

Imprimer l'homélie

Décidément, si on veut être fidèle à la pensée de Jésus, il faut se garder de tout simplisme. Dans la même page, aujourd’hui, Marc a rapproché deux attitudes apparemment contradictoires de Jésus : d’une part une très grande largeur de vue, de l’autre une rigoureuse exigence.

Tolérance...

Un jour, donc, les apôtres viennent se plaindre à Jésus parce qu’ils avaient vu quelqu’un « chasser les esprits mauvais » sans appartenir à leur groupe. C’est une réaction très humaine de vouloir conserver un certain monopole. Nous sommes naturellement portés à nous méfier de ceux qui ne sont pas de notre bord. Le sectarisme n’est pas d’aujourd’hui. Déjà, au temps de Moïse, on voulait interdire à Eldad et Médad de prophétiser parce qu’ils n’étaient pas au bon endroit. Moïse, loin de s’en offusquer, avait répondu : « Ah! si tout le monde pouvait être prophète ».

 Jésus a la même réflexe de grande ouverture : n’empêchez pas ceux qui font le bien même s’ils ne sont pas de votre clan. On n’enchaîne pas l’Esprit, on ne le met pas en bouteille. Il agit aussi en dehors de nos structures, en dehors de l’Eglise. L’Esprit souffle où il veut. Qui pourrait faire taire le vent ?

... et  intransigeance

Cela ne veut pas dire que Jésus soit indifférent au mal. Il y a aujourd’hui une certaine tolérance qui n’est qu’un laisser-aller criminel : tout est permis... Les scandales qui frappent l'Eglise en sont hélas une dramatique illustration. Jésus, lui, s’il demande qu’on laisse faire le bien qui s’accomplit même en dehors de nous, s’indigne néanmoins qu’on puisse sciemment entraîner quelqu’un au mal : « Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits... mieux vaudrait le précipiter dans la mer avec une meule au cou !... Si ton oeil t’entraîne au péché, arrache-le ! »

Seul Jésus a le droit de prononcer ces mots impitoyables. Lui seul sait véritablement ce qu’est le péché. Si nous n’avons pas à juger les personnes, nous avons, nous aussi, à appeler un chat un chat. Le mal est le mal. Nous devons le dénoncer et le combattre. Et s’il fallait encore nous en convaincre, il suffirait d’écouter saint Jacques, dans la seconde lecture : voilà un langage clair de prophète ! « Vous les riches qui exploitez les pauvres, pleurez... Si vous n’avez pas payé le salaire juste à ceux qui ont travaillé pour vous, leur salaire crie vengeance... Vous avez recherché sur terre le plaisir, le luxe, vous avez fait bombance pendant qu’on massacrait des gens... vos richesses sont pourries... »

Si nous voulons vraiment suivre Jésus, nous ne pouvons justifier ni nos étroitesses de clocher, ni nos molles lâchetés. Il nous demande, aujourd’hui comme hier, à la fois la tolérance et la rigueur. C’est difficile. C’est un don à demander à Dieu dans la prière.

Haut de page