Homélies

Bible ouverte

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16e dimanche dans l'année B

22 juillet 2018

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Voilà donc les Douze qui rentrent de leur première mission. Heureux, mais fatigués. Ils ont tant de choses à raconter à Jésus ! C'est pourquoi il part à l’écart : ses amis ont besoin d'un temps de repos et de calme.

Mais les gens continuent à courir après Jésus. Qu'est-ce qui les fait courir ? Tout au long de l'histoire, et de nos jours plus que jamais, on a vu tant de chefs, tant de guides (führer, duce, petit père des peuples ou autres), tant de meneurs d'hommes, tant de gourous qui attiraient les foules qu’on peut légitimement se demander en quoi Jésus se distingue d'eux.

Les bergers que Jérémie accuse (dans la première lecture) ont failli à leur tâche parce qu'ils ont divisé et dispersé le peuple. Les « brebis » étaient « à tondre », une source de profits à exploiter. De nos jours encore, tant de gourous créent des sectes où les gens crédules obéissent sans esprit critique et se font abuser.

Jésus est l'anti-secte par excellence. En lui, en sa propre personne, toute haine, toute jalousie, tout mépris de l'autre sont morts. Jamais il ne s'appuiera sur la certitude d'être supérieur : il est « serviteur ». Un point c'est tout. Nous le voyons bien dans le récit de Marc : la foule a besoin de lui, elle le réclame. Il ne se met pas à sa tête pour la guider, la diriger, la conduire ; il se laisse bousculer par elle. Il avait un projet : prendre quelques heures de repos avec ses apôtres. Le projet ne tient plus. Seule comptent ces gens dont il a pitié « parce qu'ils sont comme des brebis sans berger ». Les besoins et les désirs de ceux qui vont à lui, voilà ce qui commande sa vie. Il n'existe que pour les autres.

Vous pouvez relire tous les évangiles : vous verrez que c'est l'attitude constante du Christ, et que cette attitude constante le conduira à la croix. Saint Jean l'explique dans une phrase magnifique : « Comme il a aimé les siens qui sont dans le monde, il les a aimés jusqu'à l'extrême ».

Première conclusion : si nous nous disons disciples de Jésus, nous aussi nous avons à nous laisser devenir « serviteur ». Tel est le programme que Jésus propose à tous ceux qui se réclament de lui. Tel est le ferment qu'il vient mêler à la pâte du monde. Pour que le monde dépasse ses sectes, ses partis, ses partis-pris. Pour Jésus, une seule vérité : aimer. Faire tomber le mur de séparation et d'exclusion.

Deuxième leçon : Jésus ne se contente pas de se laisser bousculer par ceux qui courent après lui. Sa pitié pour ces gens va le pousser, non pas à les diriger, à prendre leur tête pour changer la situation, mais, simplement « à les instruire longuement ». Instruire, c'est le contraire de dominer. Quand j'instruis quelqu'un, je lui communique ma propre connaissance et ce faisant, il devient au moins mon égal. Instruire, c'est rendre libre. C'est nous donner les moyens de connaître et de juger par nous-mêmes, d'être des « libre-penseurs » au sens vrai du terme, des « penseurs libres ». Jésus instruit la foule pour que chacun puisse se déterminer par lui-même et, faisant un avec le Christ, devenir son propre pasteur, capable de se conduire par lui-même.

« La vérité vous rendra libres », dit l'Evangile. Aucune pression, aucune contrainte dans les démarches du Christ : c'est toujours « si tu veux.. ! » Entrons maintenant dans le mystère de l'Eucharistie, passons sur l'autre rive, laissant derrière nous au moins pour un moment nos problèmes et nos préoccupations. Nous recevrons alors la manne que le nouveau Moïse nous a préparée.

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17e dimanche dans l'année B

29 juillet 2018

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La multiplication des pains est le seul miracle de Jésus qui nous soit rapporté (et à six reprises !) par les quatre évangiles. C'est dire l'importance que lui attribuaient les premiers chrétiens. Nous venons d’entendre la version de l'évangile de Jean. Elle est tellement riche, qe la lturgie ne nous le fera entendre en entier durant  pas moins que cinq dimanches.

Saint Jean nous dit donc que la foule ne court pas après Jésus pour se convertir, mais pour obtenir des guérisons, sans du tout comprendre qu’il s’agit de « signes. » On sait que Jean ne parle pas de miracles mais de signes, porteurs d’un sens caché qu’il s’agit de décrypter, sous peine de ne voir en Jésus qu’un guérisseur, un « gourou » à qui on arrache quelque faveur.

« Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? », demande Jésus. La question est étonnante. Alors que tous les autres miracles sont accomplis à la demande des hommes, ici c’est Jésus qui en prend l’initiative. Philippe calcule l’énorme somme d’argent qui serait nécessaire et que l’on n’a pas. André signale les provisions d’un petit garçon, tellement insignifiantes vu les besoins !

Mais Jésus a trouvé ce qu’il cherchait dans ce petit garçon anonyme. Lui au moins ne calcule pas comme les grandes personnes et il a généreusement présenté la collation que sa maman lui a donné pour son excursion.

Jésus ne se contente pas donc d'être rempli de compassion pour la foule affamée - comme nous le serions nous aussi facilement - mais, en nouvel Elisée (première lecture) il leur donne de la nourriture. Jésus a dit et répété que son royaume n'est pas de ce monde, mais aussi que ce royaume se réalise dans ce monde. Il est, Lui, le pain de vie; mais la vie humaine normale, ici-bas, est un élément de cette vie éternelle qu'il est venu apporter à l'humanité. Les hommes ont besoin de nourriture spirituelle; mais ils ont aussi besoin – et même en premier lieu, – de nourriture matérielle.

Le problème de la faim dans le monde est un problème de juste répartition plutôt qu'un problème de ressources. Lorsque 6 % de la population mondiale consomme 90 % des ressources naturelles, nous ne sommes pas devant un problème de ressources ni un problème démographique. Nous sommes devant un problème de justice sociale. Ne pourrait-on pas comprendre dans ce sens du partage l'exhortation de saint Paul : « ayez beaucoup d'humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez à cœur de garder l'unité dans l'Esprit par le lien de la paix. » (Deuxième lecture)

Saint Jean ajoute ensuite : « Il prit…. rendit grâce … il donna… » C’est la phrase par laquelle les trois autres évangiles racontent l’institution de l’Eucharistie, et que, depuis des siècles, nous entendons à la messe. L’allusion eucharistique est claire, et sa place, en un second temps dans le récit, nous fait percevoir que l’Eucharistie ne commence pas par un rite, mais par l’écoute de la faim des hommes.

Revenons au jeune garçon. L’adulte gagne sa vie, tandis que l’enfant ne la gagne pas. C’est pourtant celui-ci qui détient la seule nourriture disponible. Pas n’importe quoi : du pain et des poissons, les deux symboles du Christ lui-même dans l’Église primitive. C’est bien l’enfant, celui qui doit s’appuyer sur un autre pour vivre, qui détient la Sagesse (Matthieu 19,14). L’enfant fait partie de ces pauvres auxquels seuls appartient le Royaume des Cieux. Le contraste est aussi grand enfin entre l’énormité des deux cents journées de travail et l’insignifiance des cinq pains et deux poissons.

Mais pour que Dieu puisse agir, il faut que l’homme apporte quelque chose, ce qu’il a et qui est sans proportion avec le don. Philippe n’avait apporté qu’une réponse superficielle. Le jeune garçon, lui, offre son propre repas, certes dérisoire au regard des cinq mille hommes. Mais Dieu donne en faisant donner, car pour recevoir, l’homme doit entrer dans le mouvement, dans la logique du don, qui estle secret de la vie trinitaire.

Comme le jeune garçon, le Christ donnera ce qu’il a et ce sera vraiment tout ce qu’il a : sa chair et son sang. Mais sa chair livrée et son sang versé deviennent nourriture de l’homme pour la vie éternelle.

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