Homélies


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Bible ouverte

| 30e dimanche A | Toussaint  A |

30e dimanche dans l'année A

25 octobre 2020

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Que va répondre Jésus à cette question : « Quel est le précepte principal ? Quel est le plus important de tous les commandements ? » Comme souvent, Jésus bouscule la réponse. Pour lui, il n'y a pas le grand commandement. Il va en citer deux et les souder ensemble : ici, 2=1 !

Avant d'écouter Jésus, prenons la peine de répondre personnellement à cette question : « quelle est ma priorité ? Quelle est ma première valeur ? » Et puis, demandons-nous ce que répondrait le citoyen moyen ? Il y a gros à parier que beaucoup répondrait du côté de la solidarité, de l'amour du prochain. Mais ce n'est pas toute la réponse de Jésus. Écoutons-la intégralement.

Jésus n'a pas eu à réfléchir. Sa réponse a fusé de ce qu'il vit, à tout moment. Il est l'homme totalement et spontanément tourné vers Dieu, décentré de soi-même et centré sur l'Autre. Il est le Fils par excellence. « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé ». Oui, le premier, le grand amour de Jésus, c'est Dieu, son Père ! Une attitude d'amour envers Dieu n'est pas opposée à l'homme. L'amour de Dieu engage déjà tout notre être : « cœur, âme et esprit. » Jésus a vécu cet amour en remettant sa vie entre les mains de Dieu, jusqu'à la croix. Parce que Dieu a un tel respect pour l'homme, qu'il s'est fait l'un de nous. Car Dieu est Père de tous les hommes, sans distinction de race, de croyance ou d'appartenance. Dans sa mort sur la croix, le Christ a embrassé toute l'humanité, et désormais tout homme, quel qu'il soit, est de la chair et du sang du Christ. Tout être humain est ainsi notre propre chair : « Si tu partages le pain que Dieu te donne avec celui qui est ta propre chair… »

Jésus, en sa personne, fait de ces deux lois un seul réalité inséparable. « Dans la mesure où vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait. » (Matthieu 25, 45) « Si quelqu'un dit : "J'aime Dieu" et qu'il déteste son frère, c'est un menteur celui qui n'aime pas son frère, qu'il voit, ne saurait aimer le Dieu qu'il ne voit pas. » (1 Jean 4, 20). La première lecture nous rappelait : « Tu ne molesteras pas l'étranger ni ne l'opprimeras car vous-mêmes avez été étrangers dans le pays d'Égypte. Vous ne maltraiterez pas une veuve ni un orphelin. » (Exode 22, 20-21). Pécher contre le prochain, c'est pécher contre Dieu.

Jésus ainsi humanise l'amour de Dieu et divinise l'amour du prochain. Si pour nous, le sens de l'homme est plus accessible, insistons sur le sens de Dieu dans nos vies. Si, par contre, le sens de Dieu est plus spontané, alors, veillons à notre engagement au service des autres. Dieu et l'homme, pour Jésus, sont l'objet du même amour. 

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Solennité de la Toussaint

1er novembre 2020

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La fin de la traduction liturgique de l'évangile des Béatitudes est mauvaise. On a traduit : "Votre récompense sera grande dans les cieux", alors que le texte grec, donc, l'original, dit simplement : « Votre récompense est (εστιν) grande dans les cieux ». L'on sait également que Matthieu, parlant des "cieux", veut dire "Dieu", un mot que tout bon Juif ne prononçait pas. Ainsi, pour dire "le Royaume de Dieu", Matthieu écrit toujours "le Royaume des cieux". Si je veux donc comprendre le propos de Jésus, je dois traduire : "Votre récompense est grande en Dieu", et aujourd'hui même. Cela évite un énorme contresens que beaucoup de gens ont fait, ne serait-ce que Karl Marx, quand il expliquait que la religion poussait à la résignation et était « l’opium du peuple » !

Or ce n'est absolument pas de cela que parle Jésus. Mais que veut-il nous dire ? Il nous adresse un message de bonheur pour tous ceux qui, comme l'écrit l'apôtre saint Jean, sont « enfants de Dieu » ; qui sont « en Dieu et Dieu en eux ».

Un message de bonheur donc, mais à certaines conditions, que je voudrais préciser. Parce qu'il n'y a pas trente-six chemins pour arriver au bonheur. Il n'y en a qu'un, et c'est le chemin de Jésus. J'ai envie de comparer notre monde d'aujourd'hui à des gens qui sont sur le Titanic. Le bateau est en train de couler. Quel va être le réflexe naturel de tous les passagers ? Le sauve-qui-peut. Il s'agit de sauver sa vie, de sauver sa peau. On fera tout pour cela. On ira même jusqu'à écraser les plus faibles. Eh bien, nous vivons dans un tel monde. Pour se sécuriser, les gens (nous aussi, car il ne s'agit pas de se mettre en-dehors) recherchent la possession à tout prix, par tous les moyens. On est sécurisé quand on a une certaine fortune, et « plus on en a, plus on en veut », comme disent les gens.

Et il ne s'agit pas seulement d'une course effrénée aux biens matériels. Par besoin de sécurisation, on recherche aussi un pouvoir, et les moyens de la puissance. Volonté de puissance qui fait qu'on ne passe rien à l'autre, qu'on ne pardonne pas, qu'on apprend aux enfants, dès leur plus jeune âge à « ne pas se laisser faire » ! Jésus dit aujourd'hui ; « Moi, je refuse ce monde-là ! Et je refuse totalement ce système, parce qu'il ne mène pas au bonheur. Ni pour les nantis, ni pour les écrasés ». Même les nantis, parce qu'ils ont toujours la même peur au ventre, une peur qui n'est éteinte ni par la possession de biens matériels, ni par le pouvoir gagné.

Jésus nous invite à cette conversion où, concrètement il s'agit de ne pas passer à côté de quelqu'un sans faire attention à lui, sans prendre le temps de l'écouter, sans accueillir ce qu'il dit, ce qu'il est, ses manières d'être. Sans faire attention à celui à qui personne ne fait attention. Et aussi se battre contre toutes les formes d'oppression, d'injustice; chercher la paix et la réconciliation, ne pas passer à côté d'une misère. Accueillir, découvrir l'autre, vouloir le faire grandir en lui répétant : « Tu vaux beaucoup plus que tu ne le crois ».

Et ceux qui l'écoutent, ce sont les « saints ». Ce sont ceux qui, durant leur vie terrestre, ont commencé. Peut-être discrètement, humblement, timidement. On ne les a peut-être pas remarqués. Mais ils ont commencé, sur cette terre, à promouvoir les valeurs de paix, de vérité, de justice, de fraternité, de respect des autres. Ces saints, ce sont des êtres sains. Eux seuls sont en bonne santé. Les autres sont des malades qui s'ignorent. C'est peut-être difficile à accepter. On comprend bien. On sait bien que c'est vrai. Mais on a peur. Peur de perdre, peur d'être floués. Le risque de la foi, c'est justement cela : faire le saut dans l'inconnu, prendre le risque, pour découvrir enfin qu'on vit heureux, infiniment plus heureux qu'avant. L'amour, cela réussit. L'humanité peut gagner. Essayons !

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