Homélies

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| Assomption | 20e dimanche B  |

Solennité de l'Assomption de la Vierge Marie

15 août 2018

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Il élève les humbles

Le 10 mai dernier, nous célébrions l’Ascension. Aujourd’hui, c’est la fête de l’Assomption qui nous rassemble. Avez-vous delà noté que fréquemment les enfants confondent les deux mots ? Il est vrai qu’ils se ressemblent. De plus, dans un cas comme dans l’autre, c’est une montée vers le ciel et une entrée dans la « gloire de  Dieu »  qui sont au centre de la célébration. Il est donc assez normal de voir un rapprochement entre l’Ascension de Jésus et l’Assomption de Marie, sa mère.

Bien plus, mettre en rapport ces deux fêtes permet de mieux dégager le sens de la commémoration d’aujourd’hui. On pourrait dire, en méditant l’Ascension de Jésus, qu’elle reste - tout étonnante qu’elle soit ! - dans l’ordre des choses. Comment cela ? penserez-vous. Dans ce sens qu’au terme de son existence terrestre, il fallait bien que le Fils de Dieu retourne à la gloire, à la vie trinitaire avec le Père et l'Esprit Saint. D’où en résulite cet effacement du regard des hommes.

Marie nous précède dans la gloire

Qu’un semblable départ couronne la vie de la Vierge Marie surprend davantage. N’est-elle pas, comme nous, une simple créature ? C’est par là, précisément, que la fête nous concerne. En effet si Marie - qui est l’une de nous - se voit ainsi introduite dans la vie même de Dieu, comment ne serions-nous pas appelés, à notre tour, à entrer dans cette même destinée  ?

Ainsi donc, au moment même où nous fêtons Marie, nous célébrons aussi ce salut dont Dieu couronnera nos vies, nous fêtons notre propre salut. Marie, en entrant dans la gloire tout comme son Fils, voit se réaliser en elle ce qui est notre avenir.

Marie nous visite de l’intérieur

Ce départ signifie encore autre chose, et qui nous est indiqué par le choix de l’évangile de sa fête. Son Assomption est une Visitation. Quand Marie était visible, femme de notre terre, adonné aux mille travaux d’une paysanne galiléenne, on ne pouvait la rencontrer que dans les rues de son village, dans les monts de Judéen se déplaçant à pied, ou sur le dos d’un petit âne. Maintenant qu’elle « a été prise dans la gloire », elle n’a plus besoin de voyager. Dans la communion des saints, elle nous visite de l’intérieur, sur place.

L’Assomption, c’est une visite de Marie au-dedans de nous, dans nos maisons, dans nos paroisses, partout où Dieu demeure. Elle a quitté la surface, le visible superficiel, mais c’est pour rentrer dans la profondeur, en Dieu ! Alors, dans la foi et dans la joie, redisons pour nous le mot d’Elisabeth : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ! »

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20e dimanche dans l'année B

19 août 2018

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Le mot qui s’impose à l’écoute des lectures que nous venons d’entendre est celui de sagesse. C’est la voix de la Sagesse qui invite à goûter de son festin : « Venez manger mon pain, et boite le vin que j’ai apprêté. » Et ce banquet est celui de l’intelligence : « Quittez votre folie et vous vivrez, suivez le chemin de l'intelligence. » Toute la Sainte Écriture convie à prendre le chemin qui conduit au vrai bonheur : celui de la justice et de l'amour, c’est-à-dire celui de l'intelligence selon Dieu.

C'est ce même message que nous donne à entendre le passage de l'épître aux Éphésiens que nous entendions comme deuxième lecture : « Prenez bien garde à votre conduite : ne vivez pas comme des fous, mais comme des sages. Tirez parti du temps présent. » Il n'est de vraie joie que dans la poursuite de la Sagesse. Ne perdons pas de temps à autre chose…

Mais lorsque l’évangile de saint Jean nous fait entendre ces propos étranges : « ma chair est la vraie nourriture et mon sang la vraie boisson… Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi je demeure en lui », ne s’agirait-il pas plutôt de folie que de délire ? Oui, si on prenait ces mots à la lettre, comme un appel à je ne sais quelle anthropophagie. Mais, au contraire, sagesse paradoxale de Dieu si on en creuse la signification. Car l’expression sémitique « la chair et le sang » désigne l'homme dans la faiblesse de sa condition terrestre. C'est ainsi que Jésus déclare à Simon-Pierre : « Ce ne sont pas la chair et le sang qui te l'ont révélé, mais mon Père qui est aux cieux » (Matthieu 16, 17). Saint Jean veut donc ici insister sur le don total que Jésus fait de toute sa personne et sur la nécessité d'entrer à notre tour dans ce même mouvement de service radical. L’eucharistie ne nous est pas offerte pour notre seule satisfaction individuelle, mais comme un dynamisme de service radical dans lequel il faut entrer. Saint Jean ne cites pas les paroles de l'institution de l'eucharistie dans son récit de la dernière cène. Par contre, il met en avant le lavement des pieds, parabole en actes sur le sens de la Passion prochaine. Le « faites ceci en mémoire de moi » se réalise dans l'humble service de l’homme. On pourrait dire qu’à une heure de communion au pain et au vin consacrés doit correspondre une heure de lavement des pieds ! À l'encontre de tout faux mysticisme, le salut apporté par Jésus ne consiste pas à s'évader du monde (Jean 17, 15), mais à y rayonner la splendeur de la présence divine, en laissant le Ressuscité vivre le don radical de soi en nous, dans tout notre être chair et sang.

La sagesse de Dieu est folie pour les hommes. En un mot comme en cent : être sage dans le Christ et comme le Christ, c'est être livré à l'amour, à l'amour le plus gratuit qui puisse être. L'intelligence qui est en jeu pour comprendre cela est l'intelligence du cœur le plus profond. Celui qui est sage selon le Christ, celui qui tire sa sagesse de l'eucharistie, du Pain de vie, se laisse guider par l'Esprit qui lui ouvre abîme sans limites de l’Amour (agapè – caritas ) divin. Ce n'est pas assez que de reconnaître la présence réelle du Seigneur sous le pain consacré. Ce n'est pas assez, non plus, de reconnaître la vérité du don personnel du Christ, de son sacrifice dans ce sacrement. Ce n'est pas assez si tout cela nous demeurait extérieur. Le Seigneur se rend présent à eux pour qu’à notre tour nous nous rendions présents à nos frères et sœurs, pour que portions un témoignage « en acte et en vérité » de la vraie Sagesse qui vient de Dieu.

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