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Calendrier liturgique 2015-2016 - Année C
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 Sant François

 

22e dimanche dans l'année C

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Bible de la liturgie
28 août 2016
Siracide 3, 17-18.20.28-29
Psaume 67
Hébreux 12, 18-19.22-24a
Luc 14, 1.7-14

Deux dangers nous guettent à une lecture sommaire de ce passage d'Évangile. Le premier consiste à n'en faire qu'une leçon de politesse élémentaire. Même si Jésus remarque que les invités, de son temps, choisissaient les premières places, il ne viendrait à l'esprit de personne, aujourd'hui, de faire de même, sinon il passerait pour un goujat. Le deuxième danger consiste à tirer de ce texte une bonne petite leçon de morale, nous invitant à être attentifs aux pauvres, aux estropiés de préférence à nos amis ou à nos frères. Une telle lecture banaliserait le message évangélique.

Pour éviter de tomber dans ces travers, relevons ce mot : « Il leur dit une parabole ». Ce texte ne parle pas de recommandations qu'aurait données Jésus ce jour-là, mais d'une parabole. Qu'est-ce à dire ? Une parabole, c'est un propos de Jésus qui prend appui, certes, sur nos comportements spontanés, mais pour nous faire changer de niveau. Ici, Jésus veut nous faire comprendre que ce qui se passe parmi nous se vérifie à plus forte raison et autrement dans nos relations avec Dieu.

Dans le Royaume, « celui qui s'élève sera abaissé, celui qui s'abaisse sera élevé ». C'est la dernière phrase du texte qui donne sens à l'ensemble du propos de Jésus. Eh bien, seul Jésus a le droit de proclamer cela, parce que c'est ce qu'il a vécu, ce qui fait le sens de sa vie, ce qui le fait « image visible du Dieu invisible ». En dehors de Jésus, de sa vie et de son message, je ne peux rien savoir de Dieu. Jésus nous révèle que Dieu est « Le Très-Bas » (Christian Bobin).

La première génération chrétienne a exprimé cela merveilleusement, dans une hymne au chapitre 2 de sa lettre aux Philippiens. Relisons le texte, et nous comprendrons la parabole de notre évangile : « Comportez-vous entre vous comme le fait Jésus Christ : lui qui est de condition divine n'a pas considéré comme une proie à saisir d'être l'égal de Dieu, mais il s'est vidé lui-même, prenant la condition d'esclave, devenant semblable aux hommes…il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur une croix. C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé… »

« Qui s'abaisse sera élevé ». C'est toute la vie du Christ. C'est ce qu'il a le droit de nous demander, si nous voulons être ses disciples. Il ne s'agit pas d'une forme de masochisme qui nous pousserait à nous effacer. Il s'agit au contraire de se grandir par l'humilité. L'humilité consiste essentiellement à renoncer à nous imposer par le poids de ce que nous sommes, ou de ce que nous possédons ; elle refuse de faire pression sur l'autre, pour laisser l'autre exister par lui-même. Bien plus, il ne faut pas seulement laisser exister l'autre, mais le faire exister. Comme Dieu le fait pour chacun de nous. Il ne nous écrase pas de sa toute-puissance, il nous donne simplement, humblement, les moyens de nous réaliser nous-mêmes. « Si tu veux », dit toujours Jésus avec une infinie délicatesse.

Jésus ne s'adresse pas à ceux qui ont du mal à être eux-mêmes devant les autres, à ceux qui restent en deçà de leurs possibilités. Vous qui êtes écrasés, ne vous faites pas de souci pour ces paroles du Christ : on parle ici à ceux qui vous écrasent. Jésus, nous dit l'évangile, s'adressait à des gens qui choisissaient les premières places.

Il faut nous y faire : l'évangile nous demande de ne pas nous mettre en valeur, de ne pas nous imposer. Bref, en apparence, le contraire de ce que nous pensons et faisons. Nous admirons ceux qui « ont du caractère », ceux qui « ont de la personnalité », les « battants ». Nous ne pouvons pas repousser ces valeurs, et la foi chrétienne ne nous invite jamais à « nous écraser ». Mais Jésus, aujourd'hui, s'adresse à ceux qui « s'élèvent », à ceux qui prétendent occuper une place qui n'est pas la leur, bref, aux candidats à la domination. Il s'adresse à tous ceux qui, occupant leur juste place, se comportent en « supérieurs ». Si nous voulons être vrais, apprenons à être nous-mêmes ; nous ne ferons pas les malins, nous ne chercherons jamais à écraser l'autre par notre force ou notre savoir.

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23e dimanche dans l'année C

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Bible de la liturgie
04 septembre 2016
Sagesse 9, 13-18
Psaume 89
Philémon 9b-10.12-17
Luc 14, 25-33

L'amour, ce n'est pas n'importe quoi. Il a ses exigences, et il nécessite des choix ; il oblige à prendre des risques. Il pousse à faire des folies pour celui, pour celle qu'on aime. St Paul parlera justement de la "folie de la croix". Celle du Christ, par amour pour nous ; la nôtre, si nous voulons marcher avec lui. Les gens raisonnables qui suivaient Jésus pensaient d'abord à eux (à leur intérêt, aux profits qu'ils retireraient de l'opération), et non à suivre inconditionnellement celui qui marchait vers la mort. Ils s'aimaient eux-mêmes, mais ils n'aimaient pas suffisamment le Maître. C'est pourquoi Jésus leur conseille de s'asseoir, de réfléchir avant d'entreprendre quoi que ce soit. Sinon, ils iront au-devant de graves désillusions.

Luc, en rapportant ces paroles de Jésus, pensait aux chrétiens de sa génération. Beaucoup d'entre eux avaient fait un choix radical en devenant chrétiens. Le jeune juif devenu chrétien avait sans doute été rejeté par sa propre famille comme un hérétique. Le jeune païen avait dû rompre, non seulement avec sa famille, mais avec tout son environnement social et culturel. Et ces ruptures étaient sans doute très douloureuses. Elles pouvaient entraîner, non seulement un rejet de la part de l'entourage, mais peut-être la ruine, et parfois la mort. Certains, sans doute, avaient reculé et parfois même renié leur foi. Il n'était donc pas inutile de rappeler fortement la mise en garde du Christ : « Attention, marcher avec moi, cela exige des choix difficiles. Il vaut donc mieux commencer par s'asseoir et réfléchir, avant de se lancer dans l'aventure ».

Un exemple : c'est le cas de Philémon, le destinataire de la lettre de Paul que nous lisons aujourd'hui. Paul lui renvoie, avec un petit billet, l'un de ses esclaves, Onésime, qui s'était enfui. Dans la bonne société à laquelle appartient Philémon, l'esclave c'est, comme disait Aristote, « un instrument ambulant ». Un objet dont on peut disposer à sa guise. Or, Paul demande au maître d'accueillir l'esclave fugitif comme un frère bien-aimé ! Vous pouvez imaginer ce qu'il a dû en coûter à Philémon pour se faire à l'idée que ses esclaves étaient des frères ! A la racine de ces nouveaux comportements, il ne peut y avoir qu'une foi très vive en ce Jésus mort et ressuscité en qui les nouveaux chrétiens ont placé toute leur confiance.

Et nous, gens des vieilles chrétientés ? Nous qui avons été élevés dans une religion qui s'est transmise de générations et générations. Nous qui sommes, dans la plupart des cas, catholiques parce que nos pères étaient catholiques. Nous qui pratiquons cette religion du mieux que nous le pouvons ? C'est à nous que, ce matin, le Christ s'adresse. Et qu'est-ce qu'il nous demande ? De passer de la religion à la foi. C'est-à-dire, d'une religion de tradition à une démarche personnelle : l'adhésion à une personne, Jésus-Christ. Et pour cela, de nous asseoir, de réfléchir, de voir si nous sommes prêts à payer le prix, à opérer les ruptures nécessaires. Reconnaissons que ce choix, nous ne le faisons jamais franchement. Renoncer à tout pour le Christ ? Le préférer à tout ? Nous avons peur de perdre, de nous perdre. Et cela parce que nous ne faisons pas assez confiance à Dieu, à sa parole.

Au fond, nous confondons croire et réciter le Credo. Mais croire, c'est engager sa vie. C'est déplacer la confiance : au lieu de faire confiance, en priorité, à ce que nous avons, à ce que nous sommes, à nos relations, faire d'abord confiance à Dieu. C'est cela la vraie segesse dont parlait le première lecture. Au fond, le Christ nous invite à la rencontre, et la première question qu'il faut nous poser est celle-ci : « Est-ce que, pour moi, le Christ est une personne qui compte dans ma vie ? » Nous avons de la chance : nous vivons à une époque où le christianisme de tradition n'est plus guère possible. Et même si, souvent encore, on naît chrétien, la vie et l'environnement social se chargent bien de nous amener à choisir d'être chrétien ou de ne pas l'être, de vivre en chrétiens ou de vivre comme tout le monde. L'acte de foi, comme l'amour sont des actes de notre liberté. Et c’est tant mieux.L''amour, ce n'est pas n'importe quoi. Il a ses exigences, et il nécessite des choix ; il oblige à prendre des risques. Il pousse à faire des folies pour celui, pour celle qu'on aime. St Paul parlera justement de la "folie de la croix". Celle du Christ, par amour pour nous ; la nôtre, si nous voulons marcher avec lui. Les gens raisonnables qui suivaient Jésus pensaient d'abord à eux (à leur intérêt, aux profits qu'ils retireraient de l'opération), et non à suivre inconditionnellement celui qui marchait vers la mort. Ils s'aimaient eux-mêmes, mais ils n'aimaient pas suffisamment le Maître. C'est pourquoi Jésus leur conseille de s'asseoir, de réfléchir avant d'entreprendre quoi que ce soit. Sinon, ils iront au-devant de graves désillusions.

Luc, en rapportant ces paroles de Jésus, pensait aux chrétiens de sa génération. Beaucoup d'entre eux avaient fait un choix radical en devenant chrétiens. Le jeune juif devenu chrétien avait sans doute été rejeté par sa propre famille comme un hérétique. Le jeune païen avait dû rompre, non seulement avec sa famille, mais avec tout son environnement social et culturel. Et ces ruptures étaient sans doute très douloureuses. Elles pouvaient entraîner, non seulement un rejet de la part de l'entourage, mais peut-être la ruine, et parfois la mort. Certains, sans doute, avaient reculé et parfois même renié leur foi. Il n'était donc pas inutile de rappeler fortement la mise en garde du Christ : « Attention, marcher avec moi, cela exige des choix difficiles. Il vaut donc mieux commencer par s'asseoir et réfléchir, avant de se lancer dans l'aventure ».

Un exemple : c'est le cas de Philémon, le destinataire de la lettre de Paul que nous lisons aujourd'hui. Paul lui renvoie, avec un petit billet, l'un de ses esclaves, Onésime, qui s'était enfui. Dans la bonne société à laquelle appartient Philémon, l'esclave c'est, comme disait Aristote, « un instrument ambulant ». Un objet dont on peut disposer à sa guise. Or, Paul demande au maître d'accueillir l'esclave fugitif comme un frère bien-aimé ! Vous pouvez imaginer ce qu'il a dû en coûter à Philémon pour se faire à l'idée que ses esclaves étaient des frères ! A la racine de ces nouveaux comportements, il ne peut y avoir qu'une foi très vive en ce Jésus mort et ressuscité en qui les nouveaux chrétiens ont placé toute leur confiance.

Et nous, gens des vieilles chrétientés ? Nous qui avons été élevés dans une religion qui s'est transmise de générations et générations. Nous qui sommes, dans la plupart des cas, catholiques parce que nos pères étaient catholiques. Nous qui pratiquons cette religion du mieux que nous le pouvons ? C'est à nous que, ce matin, le Christ s'adresse. Et qu'est-ce qu'il nous demande ? De passer de la religion à la foi. C'est-à-dire, d'une religion de tradition à une démarche personnelle : l'adhésion à une personne, Jésus-Christ. Et pour cela, de nous asseoir, de réfléchir, de voir si nous sommes prêts à payer le prix, à opérer les ruptures nécessaires. Reconnaissons que ce choix, nous ne le faisons jamais franchement. Renoncer à tout pour le Christ ? Le préférer à tout ? Nous avons peur de perdre, de nous perdre. Et cela parce que nous ne faisons pas assez confiance à Dieu, à sa parole.

Au fond, nous confondons croire et réciter le Credo. Mais croire, c'est engager sa vie. C'est déplacer la confiance : au lieu de faire confiance, en priorité, à ce que nous avons, à ce que nous sommes, à nos relations, faire d'abord confiance à Dieu. C'est cela la vraie segesse dont parlait le première lecture. Au fond, le Christ nous invite à la rencontre, et la première question qu'il faut nous poser est celle-ci : « Est-ce que, pour moi, le Christ est une personne qui compte dans ma vie ? » Nous avons de la chance : nous vivons à une époque où le christianisme de tradition n'est plus guère possible. Et même si, souvent encore, on naît chrétien, la vie et l'environnement social se chargent bien de nous amener à choisir d'être chrétien ou de ne pas l'être, de vivre en chrétiens ou de vivre comme tout le monde. L'acte de foi, comme l'amour sont des actes de notre liberté. Et c’est tant mieux.

 

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