Homélies

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Troisième dimanche de Carême C

24 mars 2019

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Dans le récit que nous venons d'entendre, Jésus combat une croyance qui a la vie dure : les catastrophes seraient une punition divine. N’est-ce pas encore la réaction spontanée de beaucoup quand leur arrive un ennui : « qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu? » Il est faux et même blasphématoire de penser que les cataclysmes qui peuvent se produire soient des punitions divines. Si vous tombez sur certaines révélations privées présentant les cataclysmes naturels comme des punitions divines, tournez tranquillement la page et haussez les épaules. Il ne faut jamais lier péché et malheur. Cela n’a rien à voir.

Dans l'Evangile, Jésus commente aujourd’hui deux faits divers atroces : l'assassinat d'un groupe de gens pendant qu'ils offraient un sacrifice et la mort d'un autre groupe dans l'effondrement d'une tour. « Pensez-vous qu'ils étaient plus pécheurs que les autres », sous entendu « pour mériter une telle punition » ? Et la réponse est claire. « Et bien, non. » Mais le plus souvent, face à la souffrance, ce qui vient plutôt à l'esprit c’est la négation de Dieu : puisque le mal existe, Dieu n'existe pas. Que dire à ceux qui sont ainsi blessés ou révoltés ? Leur proposer d’accueillir la Parole de la liturgie d’aujourd’hui.

Voyez plutôt : Moïse est un assassin fugitif, dont le peuple est maltraité. Et dans un buisson qui brûle sans se consumer, Dieu se révèle à lui : « Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. J’ai vu la misère de mon peuple, oui je connais tes souffrances. Je suis descendu pour te délivrer. » Le mal reste une énigme. Il risque toujours de nous fasciner au point de nous plonger dans une sorte de désespoir car il est le plus souvent insensé. Moïse ne s'est pas enfermé dans le cercle des explications possibles au malheur qui frappait son peuple. Sa vie a changé lorsqu'il a détourné son regard de l'Égypte qu'il fuyait pour s'attacher fermement à l'Invisible qui se manifeste dans le buisson ardent. De même, notre vie est changée lorsque nous nous détournons du mal sous toutes ses formes pour suivre résolument la voie de notre Sauveur. En effet, le Christ n'est pas venu pour expliquer le mal, mais pour lutter contre lui et nous en libérer.

Paul, dans la deuxième lecture, nous raconter une fois encore l'histoire de la libération des Juifs d'Egypte et de cette longue marche qui les a conduits à travers un désert jusqu'à la Terre promise. Il compare les étapes de la vie chrétienne aux étapes de cette conquête de la liberté : le baptême est comparé au passage de la mer rouge, l'eucharistie à la manne, et le rocher dont des légendes juives disent qu'il accompagnait le peuple, devient un symbole du Christ. Paul veut persuader tous les chrétiens qui traversent le désert de l’épreuve, de le faire en faisant confiance au Christ et en ayant la certitude que le Christ les y accompagne.

L'évangile enfin nous raconte l'histoire de la vigne et du figuier. Depuis Isaïe, les Juifs avaient l'habitude d'entendre des histoires où leur pays et leur peuple étaient comparés à une vigne que Dieu avait plantée pour qu'elle donne le meilleur vin et qu'il menaçait d’arracher parce qu'elle ne produisait rien. Jésus ajoute à la parabole traditionnelle un vigneron qui plaide pour la vigne. « Laisse-la encore cette année, le temps que je bêche. » Le vigneron bien sûr, c'est Lui. Non seulement il plaide pour tous ceux qui sont dans le malheur mais il vient les rejoindre au cœur de leur mal. La bêche qu'il plante en terre est sa croix. En se donnant totalement, en s'offrant il reçoit la vie du Père. Et tous ceux qui souffrent vivent déjà avec lui. Ne serait ce pas cela la conversion à laquelle il nous invite ? Oser lui faire confiance dans nos problèmes et luttons de toutes nos forces contre le mal, en nous, dans l'Eglise et dans le monde.

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Quatrième dimanche de carême C

 31 mars 2019

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Premier acte : le Père et son plus jeune fils.

Le cadet est un profiteur égoïste. Il ne sait que se plaindre, revendiquer, réclamer. Il reçoit tout de son Père, et ne sait pas remercier. Même sa « conversion » est avant tout motivée par un calcul égoïste pour retrouver gîte et couvert. Il penses toujours à lui. Il a perdu l'habitude d'aimer. C'est un ingrat plus à plaindre qu'à juger. Il est malheureux. Il faut l'aimer.

Et c'est ce que fait le Père. Il n'est que gratuité, folle générosité, don désintéressé. Et lorsque le fils revient, avant même qu'il aie ouvert la bouche, c'est le père qui a ces gestes significatifs : « il l'aperçoit de loin.... il est saisi de compassion... il court... il l'embrasse ». Et il commande une fête d'une extraordinaire prodigalité dans la réconciliation. Oh oui, ce n'est pas la parabole de Fils prodigue, mais bien celle du Père prodigue ! Une telle folie dans la tendresse et le pardon ne peut venir que de Dieu.

Par là, Jésus veut casser l'image d'un Dieu méchant, pervers, punisseur qui ne cesse de hanter nos consciences. Le Dieu de Jésus n'est qu'Amour sans limite, qu'incroyable générosité !

Deuxième acte : Le père et son fils aîné.

Mais comme toujours, c'est dans la fin du récit que se trouve la pointe de la parabole. Le frère aîné, en refusant d' entrer dans la maison en fête, montre qu'il n'a jamais compris lui non plus l'amour de son père. Lui aussi, comme son cadet, se place dan un système de revendication, de rémunération pour ses mérites : « Tu ne m'as jamais donné un chevreau... » Ce fils représente bien les pharisiens qui pratiquent scrupuleusement une religion sans joie et de manière intéressée (ils veulent avoir droit à la récompense éternelle). Ils jugent et dénoncent les péchés de leurs frères. Dieu est pour eux le comptable minutieux de leurs bonnes actions. Ils en oublient de l'aimer...

Le père recommence, avec son fils aîné, les démarches de réconciliation qu'il vient de donner au cadet. « Il le supplie... »

Dieu est Père, mais sommes-nous frères ? La parabole reste tragiquement inachevée : l'aîné va-t-il se laisser convaincre et rentrer dans la joie de son père ? C'est à nous d'apporter la conclusion à la parabole.

Que ce fils cadet ou ce fils aîné que nous sommes tour à tour accepte d'entrer dans la fête de l'amour que Dieu nous a préparée. La mystique soufie Rabi'a (8e siècle) disait : « Je veux, avec mon eau éteindre toutes les flammes de l'enfer, et, avec ma torche, brûler toutes les voluptés du paradis, afin que l'on agisse que par pur amour de Dieu » A quoi fait écho sainte Thérèse d'Avila (16e siècle) : « Je voudrais détruire l'enfer et le paradis afin que Dieu fût aimé pour lui-même. »

Vivons d'ici Pâques le sacrement de réconciliation, le sacrement du baiser du Père Miséricordieux... Quelle grâce !

 

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