Homélies


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Bible ouverte

| 6e Pâques B | Ascension |

Sixième dimanche de Pâques B

09 mai 2021

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Au lendemain de Pâques, Jésus nous invite, quoi qu'il arrive, à demeurer dans sa joie : « Que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie ! » La joie ou la sérénité peuvent-elles nous habiter au cœur même du désert, de la pandémie et de la nuit ? Où donc est son secret ? Il est triple.

« Demeurer dans mon amour. »

Dieu seul est solide comme un roc. Le premier secret de la joie que rien ne peut nous ravir est peut-être d'abord là. Demeurer dans l'amour, c'est, jusqu'au soir de nos vies, demeurer, en dépit de tout, émerveillés de Dieu, de son amour, de sa fidélité, de sa miséricorde si étonnante ! Et pour demeurer dans son amour, il faut d'abord prendre conscience de ce que le Christ nous dit : « Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. » Jésus est tout entier dans l'amour, la miséricorde sans borne de son Père. Tout ce qu’il a reçu de son Père, il nous l'a donné. Il n'a rien gardé pour lui. Nous, si faibles, nous, pécheurs, pouvons-nous imaginer être aimés ainsi ? Jésus fait de nous plus que des serviteurs - « serviteur », ce titre est déjà si grand, encore fait il de nous des « amis. » Plus encore : établis dans son amour, il nous élève au rang de fils et filles de Dieu. N’ayons pas peur, laissons-nous aimer par Dieu ! Nous trouverons le repos.

« Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. »

Voilà le deuxième secret : aimer comme Dieu aime. Mais alors monte vite du cœur cette interrogation : est-ce possible ? Oui, si avec notre consentement, Dieu dépose en notre amour tout son amour qui va rayonner sur les autres. Il y a alliance entre son amour et notre amour. Dieu n'a pas peur d'agir ainsi. Rien ne l'arrête, ni la petitesse de notre cœur, ni les résistances, ni les peurs qui nous habitent. Il vient et nous nous ouvrons alors à tous les hommes quels qu'ils soient. Avec lui, en lui, nous commençons à les aimer fraternellement. L’amour du Seigneur rend fécond notre amour pour nos frères et nos sœurs !

« Un autre consolateur » 

Même aux heures les plus dures, la douleur n'habite jamais seule en nous, nous avons aussi celui qui nous console : « Je prierai le Père et il vous donnera un autre consolateur pour qu'il demeure toujours avec vous, c'est l'Esprit de vérité […]. Il sera en vous. » (Jean 14, 16-17.) Voilà le troisième secret. Demeurer dans la joie, ce sera donc demeurer dans l'Esprit Saint, devenir des êtres habités par lui. Souvenons-nous que chaque communion eucharitique nous plonge en celui que sainte Catherine de Sienne aimait nommer « l'Océan de la paix ». Qu'est ce qui pourrait troubler et rompre l'harmonie d'un cœur qui se sait habitée par la Trinité ? Des hommes et des femmes, remplis de l'Esprit, habités par une telle présence, sont inévitablement rayonnants. Ils n'ont pas besoin de parler. Il suffit qu'ils existent ! « Acquiers la paix et l'Esprit Saint, disait Silouane, - un saint orthodoxe -, et des multitudes trouveront la paix près de toi ! »

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Ascension du Seigneur

Jeudi 13 mai 2021

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Je ne vous le cache pas. La fête de l’Ascension me laisse toujours le cœur partagé entre deux sentiments un peu contradictoires. Je suis saisi de tristesse d’abord. Jésus n’est plus visible dans son corps glorifié. Après un temps où il s’est manifesté à ses apôtres, il disparaît à leurs regards. Comment ne pas être saisi d’une sensation de deuil devant l’absence visible du Bien Aimé ?

Mais une joie discrète me monte aussi du cœur. Dans la nuit de l’Absence, voilà que nous sommes invités à une Présence plus profonde. Car Jésus, par l'Ascension, n'est pas devenu un disparu un disparu. Il change de mode de présence. Il reste présent dans le don du Saint-Esprit, dans la parole des apôtres, dans la communauté rassemblée pour la prière et les sacrements, dans le service des frères. Son départ vers les cieux ne signifie moins la fin d’une histoire que le début de l’éternité, de notre éternité. Si Jésus n’était pas « monté » au ciel, il serait encore parmi nous, au milieu de nous, extérieur à nous, comme nous demeurons extérieurs les uns aux autres. Son départ dessine un nouveau mode de présence, non plus une présence proche et visible mais plutôt une présence tout intérieure et universelle, hors frontière et hors du temps. Une vraie présence, vécue sur le mode de l’absence, un peu comme lorsque nous vivons un deuil, ce temps nécessaire pour que l’être décédé vive à jamais en nous.

Libéré des limites du corps, il n'est plus à côté de nous, mais par sa mort et à sa glorification, il est maintenant au cœur de nous-mêmes. « Je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin des temps ». « Vous êtes en moi et je suis en vous. » L'Ascension est le nouvel aspect de Présence dans le Mystère de Pâques. Le Christ ne nous prive des apparences de sa Présence que pour nous donner ce qu'Il est, sa dimension infinie et indicible qu'il reçoit de son Père, grâce au dynamisme de l'Esprit. Il fallait qu'Il disparaisse pour transparaître.

Quand on dépasse le deuil, quand on assume l'absence pour découvrir une autre présence, on entre dans le mystère du Grand Passage, et l’on peut alors vivre intensément l'Ascension. On peut fermer les, quitter les écorces superficielles de la vie sensible, plonger dans la nuit de la foi pour descendre au fond de soi-même, au ciel de Dieu, là où Il peut établir sa demeure, et nous attend. On se découvre conduit aux dimensions de Dieu, on peut aller au-devant des autres, les rencontrer et les aimer comme il nous dit de le faire. « Allez dans le monde entier. » Et la joie peut crépiter comme un feu au cœur d’une nuit froide de printemps, parce que, dans « les vases fragiles » que nous sommes, la présence du ressuscité silencieusement rayonne et éclaire le monde encore prisonnier des ténèbres de la peur.

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