Homélies


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Bible ouverte

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25e dimanche dans l'année A

20 septembre 2020

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Que penser d'une entreprise où ceux qui travailleraient à temps partiel gagneraient autant que ceux qui seraient occupés à plein temps ? Et que dire d'un tour de France où la lanterne rouge ne recevrait pas moins que le maillot jaune ? Ou d'un dix mille mètres où le dernier obtient lui aussi une médaille d'or ? Absurde ! C'est fou ! Ce serait un monde à l'envers ! C'est pourtant la conclusion qu'on pourrait, première vue, tirer de cette petite histoire. Mais, depuis que nous découvrons l'évangile, nous savons qu'une invraisemblance apparente nous invite à aller plus loin, à creuser plus profondément.

Au vrai, de quoi s'agit-il ? Le patron, personnage central de la parabole, adopte une double conduite. Il observe la justice à l'égard des premiers embauchés en leur promettant un denier, une pièce d'argent, ce qui est un juste salaire pour une journée de travail. Le premier devoir, c'est d'être juste. Sans justice, rien de solide et de vrai ne peut être construit. Aux hommes qu'il a recrutés pour sa vigne, le propriétaire a versé une rétribution correcte.

Mais tout devient étonnant lorsque nous le voyons remettre aux derniers une somme dont la part de salaire est faible. Le reste, la plus grande part, c'est du don pur et simple, de la générosité, de la bonté.

Le propriétaire de la vigne obéit à deux logiques : la logique de la raison, et c'est la justice ; la logique du cœur, est c'est le don. Toutes deux sont nécessaires. Il faut être juste. Mais, tout autant il faut être bon. Il faut laisser parler sa tête autant que son cœur. Et tout ceci nous permet de commencer à répondre à l'appel du prophète : « Cherchez Dieu », nous disait Isaïe dans la première lecture. Dieu ne règle pas sa conduite sur une justice purement humaine. Il aime aussi les derniers venus, les retardataires, les sans mérites. Sommes-nous des ouvriers de l'aube ou des ouvriers de la 11e heure ? Qui peut se vanter d'avoir toujours été fidèle ?

L'important, c'est que nous reconnaissions Dieu comme celui qui le premier nous a aimés. « Ses pensées sont au-dessus de nos pensées ». Nos pensées sont entachées d'égoïsme, de jalousie ou d'ambition, tandis que celles de Dieu sont toujours débordantes de sa bonté. Si nous voulons trouver Dieu, il faut nous laisser faire par lui qui nous apprend à être à la fois rigoureusement justes et gratuitement bons.

« Pour moi vivre, c'est le Christ ! » Admirable cri de saint Paul ! D'une certaine façon, il ne cherche plus, car il a trouvé Dieu en Jésus Christ. Pourtant il hésite à devoir quitter ce monde, à cause du souci qu'il se fait pour ses frères. La meilleure manière de trouver Dieu, c'est encore la charité fraternelle. « Cherchez Dieu », oui, mais sans oublier que nous le trouverons d'autant mieux que nous serons comme lui respectueux de la justice et ouverts à la miséricorde.

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26e dimanche dans l'année A

27 septembre 2020

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La phrase clé de la petite parabole que nous venons d’entendre est celle-ci : « Il se repentit.» En d’autres termes, Ezéchiel et Paul disent quelque chose de semblable : « Parce que [le méchant] s’est détourné de ses fautes, il vivra », dit le prophète. Saint Paul conseille de son côté : « Ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. »

Rien n’est joué d’avance…

Tout n’est pas programmé d’avance. Dieu nous crée libres. Le fils de parents intègres peut devenir un voyou, mais un être taré peut engendrer un juste… Il est toujours très commode de rejeter la faute sur les autres. Mais, en fin de compte, c’est à nous seuls qu’il revient de nous convertir et de briser nos chaînes. Quel que soit notre passé, si lourdes soient nos fautes, tout est encore possible. On peut se relever et repartir à nouveau. Il n’y a pas de fatalisme; avec Dieu, on peut toujours faire du neuf. Et l’évangile nous propose des situations extrêmes de repentir : les publicains et les prostituées. Dans un premier temps, ils ont dit « non » par leur incapacité à suivre les exigences de l’Alliance avec Dieu. Mais, restés assez disponibles et affamés de paix et d’amour, ils se mettent pauvrement en route et apprennent peu à peu à laisser Dieu transformer leur « non » en un « oui » jailli du fond du cœur. « Désormais les plus souillés des êtres savent qu’il leur appartient d’être les plus aimés parce qu’ils ont été les plus souillés », a écrit magnifiquement François Mauriac. 

… et rien n’est automatiquement gagné.

Mais notre « oui » à Dieu ne trouvera sa plénitude qu’au bout de notre route terrestre. Gardons-nous de l’illusion de nous croire arrivé ou de l’arrogance de nous comparer à ceux qui ont un comportement moins honorable. Rangeons-nous plutôt parmi les pécheurs dans l’humilité confiante, pas dans la culpabilité. Se culpabiliser, c’est se replier sur soi. Se reconnaître pécheur, c’est se placer devant Dieu pauvre mais confiant. C’est se jeter dans les bras de sa miséricorde en sachant que le chemin de la conversion est long, faits de chutes et de reprises incessantes, mais en sachant que l’infinie patience du Père des cieux nous accompagne tout au long. Et celui qui dit « oui » pour le moment – ou pense le faire -, ne doit pas s‘en glorifier, car ce « oui » est très fragile quand il est orgueilleux.

J’ai toujours beaucoup aimé la finale du roman « La Pharisienne » de François Mauriac. « Au soir de sa vie, Brigitte Pian avait découvert enfin qu’il ne faut pas être semblable à un serviteur orgueilleux, soucieux d’éblouir le maître en lui payant son dû jusqu’à la dernière obole, et que Notre Père n’attend pas que nous soyons les comptables minutieux de nos propres mérites. Elle savait maintenant que ce n’est pas de mériter qui importe mais d’aimer. »

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