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Bible ouverte

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Solennité de la Pentecôte A

31 mai 2020

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Pentecôte, fête de l'Esprit ! Il n'y a rien de plus universel, et en même temps de plus méconnu que l'Esprit de Dieu, dont nous fêtons aujourd'hui la venue sur la jeune Église, au jour de la Pentecôte. Rien de plus universel : c'est l'Esprit qui nous fait vivre. Le mot hébreu signifie « respiration », « souffle », et vous vous rappelez certainement le chapitre 2 de la Genèse, où il est raconté que Dieu, après avoir façonné un homme avec de la glaise, a soufflé dans ses narines un souffle de vie. Dieu à l'origine de toute vie: c'est ce qu'exprimait le psaume que nous chantons aujourd'hui :« Tu retires ton souffle, ils expirent, ils retournent à la poussière ; tu donnes ton souffle, ils sont vivants. » Dans toute la pensée biblique, nous sommes vivants grâce à cet Esprit, au souffle de Dieu : il nous donne sa vie.

Et pourtant, l'Esprit reste pour beaucoup le grand inconnu. Qui donc est cet Esprit ? Il est facteur d'unité. On sait bien que ce n'est pas dans les divisions, les guerres, les querelles, que pourra se faire la réussite de notre monde. En chaque homme, il y a ce désir de paix dans l'unité. Mais pas l’uniformité des dictatures.

Cela me rappelle l'histoire de la tour de Babel. C'est l'anti-Pentecôte. Que raconte-t-elle ? Elle raconte que les hommes, commençant à devenir nombreux sur la terre et ayant peur de se disperser, ont décidé de bâtir une tour, une citadelle « qui atteindrait le ciel ». Et la Bible raconte que Dieu, ayant regardé ce qu'ils étaient en train de faire, a dit : « Mon projet est différent. » Et il a détruit la tour de Babel, pour que les homme se dispersent à la surface de la terre. Ils avaient le même langage, les mêmes paroles, ils avaient peur de la différence. Alors, Dieu les a dispersés. Leur mission était ailleurs : remplissez la terre. C'est cela, le mythe de la tour de Babel : il illustre tout ce qu'a connu le XXe siècle dans sa recherche d'unité-uniformité.

Au contraire l'Esprit « qui souffle où il veut » est Esprit d'ouverture. Il n'acceptera jamais d'être enfermé dans l'enceinte d'un groupe humain, fût-ce dans l'enceinte vénérable des Églises. Il souffle où il veut. On ne sait ni d'où il vient ni où il va. En cela, il est imprévisible. Il est comme le vent.

Le récit de la première Pentecôte chrétienne se trouve au Livre des Actes. Que s'est-il passé ? Les apôtres étaient là enfermés dans l'enceinte du Cénacle. Le mot « enceinte » a deux significations : il désigne la femme qui attend un enfant, et aussi les murailles d'une ville, et d'une manière plus générale, tout ce qui enferme. L'Esprit de Dieu refuse toutes les enceintes. Comme il a provoqué violemment l'accouchement d'une humanité diversifiée en détruisant la tour de Babel, de même, à la Pentecôte, on a l'impression que tous les murs disparaissent d'un seul coup pour permettre l'accouchement d'une humanité nouvelle (l’Église) où tous pourront s'entendre, malgré les différences de races, de langues, de nationalités, d'ethnies.

Les Apôtres étaient enfermés dans leurs peurs, ils réalisent tout à-coup, sous l'action de l'Esprit, que leur mission est pour le monde « sur toute la surface de la terre. » Et dès ce matin-là, ils vont communiquer. Il n'y aura pas qu'une seule langue : chacun garde ses particularismes, mais tout le monde entend la Bonne Nouvelle. Avec les murs qui s'écroulent, disparaît dans l’Église la barrière des langues. Il n'y a plus d'enceinte. Voici enfin l'ouverture nécessaire à l'unité-universalité.

Ce qui veut dire pour chacun de nous, baptisés dans l'Esprit, qu'il faut toujours faire attention, personnellement, à regarder avec une grande bienveillance tous ceux que la Providence met sur notre route, dans notre quartier, notre école, notre milieu de travail. Nous avons reçu l'Esprit d'amour. Si nous le laissons travailler en nous, nous serons une Église ouverte, bienveillante, accueillante, où l'on vivra la diversité. Et, les murs étant tombés, il y aura beaucoup de gens qui désireront vivre de l'Esprit d'amour.

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SainteTrinité A

07 juin 2020

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L'Écriture nous décrit la création comme l’œuvre d'un Dieu enjoué, qui semble s'amuse énormément à faire jaillir les sources d'eaux des abîmes, à implanter les montagnes et affermir les cieux, et sous la main duquel, comme sous celle d'un magicien, jaillissent plantes et animaux de toutes espèces. « Quand il affermit les cieux, dit la Sagesse (Proverbes 8,30), j'étais là... à ses côtés, faisant ses délices, m'ébattant sur la surface de sa terre et trouvant mes délices parmi les enfants des hommes ». Déjà la Genèse nous avait montré Dieu jouant dans le sable, ou plutôt l'argile, au matin de la création, et formant de ses mains la figure d'un être humain, qui lui plut tellement qu'il insuffla en ses narines son propre souffle de vie, pour en faire un être vivant.

Paul, beaucoup plus tard, décrira la même réalité en disant que « l'amour de Dieu a été déversé dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné ». Nous avons donc été créés à l'image de Dieu, de son propre Souffle, portant donc en nous une semence de vie divine appelée à croître sans cesse. Et puisque que cette semence est divine elle a une dimension d'infini, et nous pouvons dire que l'être humain a été créé avec une capacité infinie de croissance. Jésus de Nazareth est l'être humain en qui cette capacité de croissance a atteint son plein développement. Image parfaite de Dieu, il est tellement homme (comme Dieu a voulu l'homme), qu'il en est Dieu. Parfaitement Dieu et parfaitement homme, il a vécu à la manière humaine tout ce que Dieu est, et qui n'avait été qu'esquissé dans le grand feu d'artifice de la création.

Il nous a révélé dans son être la richesse de la relation, la capacité d'aimer que Dieu est. Il a partagé avec nous cette expérience. Il nous a parlé de sa relation avec Dieu. Il nous a dit que Dieu est son Père, que Lui et son Père sont unis par un mystère d'amour qu'il appelle l'Esprit et que, finalement, son Père et Lui sont Un. Il nous a aussi parlé de Dieu comme d'une tendre mère; il s'est comparé lui-même à un époux aussi bien qu'à un berger. À travers tout ces innombrables symboles et images il nous a permis d'entrevoir toute la richesse de la vie affective de Dieu.

Et pourtant il est important de se souvenir que Dieu est infiniment plus grand, plus riche et plus beau que tout ce qu'on peut en dire, et donc plus grand et plus beau que tous ces symboles et ces figures. Jean, le disciple le plus proche du cœur de Jésus, a résumé tout cet enseignement dans une brève formule : « Dieu est amour ».

Plus tard, un mot a été inventé pour décrire cette danse de vie au sein de la divinité. On s'est mis à parler de Trinité. Les Pères de l'Église et les théologiens, à partir de divers systèmes philosophiques, ont utilisé les notions de personne, de nature, de relation, et ont inventé un langage de plus en plus compliqué pour creuser ce mystère, parlant, par exemple, de « circumincession » et d'autres choses semblables. Et puis, évidemment, on s'est mis à se batailler autour de ces mots, comme les théologiens savent faire, et l'on inventa même diverses hérésies aux noms de plus en plus exotiques. En fin du compte, tous ces mots et toutes ces profondes réflexions théologiques ne disent rien de plus que ce que Jean avait dit en trois mots : « Dieu est amour ».

Et la chose merveilleuse pour nous tous, c'est que nous sommes invités à nous joindre à cette danse, à entrer dans cette relation, à nous unir à la Sagesse qui « prenait ses ébats sur la face de la terre, trouvant ses délices dans les enfants de Dieu ». S'il est vrai que Dieu est amour, chaque fois que nous aimons en vérité, nous participons à la vie de Dieu et à la nature de Dieu. Qu'il s'agisse de l'amour entre parents et enfants, entre époux, entre frères et sœurs d'une même famille - chaque fois que nous aimons nous participons à la vie de Dieu. Lorsque nous aimons les autres (et aussi lorsque nous nous aimons nous-mêmes, comme fait Dieu), nous vivons le mystère de la Trinité en laquelle Dieu est à la fois l'aimant, l'aimé et l'amour qui les unit.

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