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3e dimanche de l'Avent C

16 décembre 2018

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C’est aujourd’hui le « dimanche de la joie ». Le prêtre est revêtu à cette occasion, comme au « Laetare » (dimanche de la mi-carême), d’une chasuble rose. Oui, les chrétiens sont porteurs de plus formidable message de bonheur.

Le prophète Sophonie nous invite à faire avec Dieu un tour de danse ! « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Eclate en ovations. Réjouis-toi. Tressaille d’allégresse... Car le Roi, ton Seigneur, est en toi ! Ton Dieu est en toi : il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête ! » Et saint Paul surenchérit : « Soyez dans la joie. Que votre sérénité soit connue de tous. Le Seigneur est proche ».

Cette joie de Dieu, envahissant notre coeur, est-elle possible ? Jean-Baptiste, de manière très concrète, nous répond que oui... mais à trois conditions.

1. La conversion

Le chemin de la joie, pour le Baptiste, passe par la conversion du coeur. Nous portons en nous un désir de bonheur bien plus grand que nous. Seul Dieu peut dilater notre désir à sa mesure qui est d’aimer sans mesure. On n’est libre que dans la mesure où l’on aime, d’un amour de compassion, d’un amour gratuit.

2. Que devons-nous faire ?

Pour cela, nous n’avons à faire, poursuit le Baptiste, que des choses simples. « Si tu as deux manteaux, partage avec celui qui n’en a pas ». Ce n’est pas possible que certains, qui sont en position de force professionnellement, aient une sorte de privilège sur ceux qui sont sous leurs ordres. Eh bien, vous, les percepteurs d’impôts, vous les soldats... vous tous, qui par votre situation, avez les moyens de dominer les autres, « ne faites ni violence ni tort à personne ». Les chemins du bonheur empruntent ceux du partage et de la justice.

3. Etre plongé dans le feu

Le Baptiste, enfin, après avoir invité à ou-vrir sa garde-robe et son garde-manger, appelle à ouvrir son coeur. « Ecoute ! Surtout ne fais pas de bruit ! Ecoute les pas du Seigneur vers toi ». Se convertir peut paraître encore facile. Jean ne demande que des choses simples et concrètes. Mais essayons... et nous verrons que changer de vie nous est pratiquement impossible. Il y faut un acte de Dieu autant qu’un acte de l’homme. Pour décrire l’action de Dieu, Jean Baptiste utilise trois images : la plongée, le vent et le feu. L’Esprit de Dieu veut nous bousculer comme un vent de tempête dans lequel on est plongé, comme un feu qui brûle et décape toutes nos souillures. Voilà ce que nous offre le sacrement de Pénitence de Noël que nous avons l’occasion de vivre avant les fêtes. Qu’il nous conduise plus avant sur la route du vrai bonheur, sur la chemin de la paix du coeur.

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4e dimanche de l'Avent C

23 décembre 2018

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Saint Luc nous a finement brossé un merveilleux tableau d'annonciation. Il nous dit, dans le prologue de son évangile, avoir pris de bonnes informations, peut-être dans la famille de Jésus, peut-être même auprès de Marie qu'il nous décrit à deux reprises « retenant tous ces événements dans son cœur » (2, 19.51).

Le récit qu'il nous livre est tout entier composé à partir de réminiscences bibliques, comme la phrase sublime de l'annonciation à Sara et Abraham : « Y a-t-il rien de trop merveilleux pour le Seigneur ? » (Genèse 18, 14) ou le cri de joie d'Anne à la conception de Samuel : « Mon cœur exulte dans le Seigneur » (1 Samuel 2, 1). Comment l'évangéliste pouvait-il traduire en mots l'expérience unique de la Parole de Dieu faite chair et accueillie par Marie, sinon en puisant dans le vocabulaire et les images de l'Ancien Testament ?

Saint Luc met en parallèle deux annonces de naissance : celle de Jean Baptiste à Jérusalem et celle de Jésus à Nazareth ; la première dans le Temple prestigieux, la deuxième dans une bourgade perdue ; l'une à un prêtre qui n'y croit pas, l'autre à une jeune fille qui ouvre tout son être à Dieu et à la vie…

La phrase que la jeune fille de Nazareth prononce est l'une des plus belles qu'un être humain puisse adresser à Dieu. Permettez-moi de faire ressortir un facile point de grammaire du texte grec de l'évangile pour saisir toute la profondeur de la réponse de la Vierge. Lorsque saint Matthieu nous rapporte la prière du Notre Père, il dit par exemple : « Que ton règne vienne ! » Il emploie un impératif qui exprime un désir bien défini.

Marie ici utilise le même verbe grec γινομαι mais à la forme optative, qui exprime un souhait beaucoup plus subtil. Pleine de gentillesse, elle invite le Seigneur, s'il le désire, à entrer au cœur de sa vie et à laisser naître en elle le mystère qu'il vient de lui proposer par son messager. « Si tu le désires, alors, que ton projet prenne naissance en moi qu'il vive entièrement et qu'il habite au cœur de mon être. » Comme la petite esclave juive de la femme de Naaman, le général syrien qui dit simplement : « Ah! Si seulement mon maître s'adressait au prophète de Samarie! Il le délivrerait de sa lèpre… » (2 Rois 5, 3), Marie laisse avec simplicité passer par elle l'œuvre étonnante de Dieu.

 Il est difficile de trouver plus beau modèle de l'Avent. Car l'ange de Dieu est envoyé à chacun de nous pour être le messager de la naissance de Dieu en tout homme. « Dieu engendre à tout moment son Fils en toi  », écrivait le poète mystique allemand Angelus Silesius. Chacun est appelé à recevoir en soi le germe de la vie divine, à devenir l'auberge de Dieu, la maison où la Parole divine prend chair.

Chacun peut être recouvert par la nuée de la Shekinah, de la Présence divine biblique, dans le sanctuaire de son cœur. Demandons à Marie de nous obtenir un peu de sa simplicité. Il suffit de dire vraiment « oui » pour que notre désert fleurisse et que notre stérilité devienne féconde.

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