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3e dimanche de carême B

7 mars 2021

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L’image que nous donne Jean, dès le début de son Évangile, n’est pas celle d’un Jésus doux et humble de cœur, mais bien celle d'un Jésus violent. N'expliquons pas trop rapidement cette colère par des abus du commerce du Temple.  Des animaux devaient y être offerts au Temple chaque jour.  Les juifs achetaient sur place l'animal qu'ils devaient offrir.  Cette pratique était aussi ancienne que le Temple lui-même, depuis dix siècles. 

La violence de Jésus se rattache à celle des prophètes. Bien avant lui, les prophètes n'y allaient pas de main morte pour dénoncer les pratiques du temple. Isaïe met ces propos dans la bouche de Dieu : « Je suis rassasié de vos holocaustes de béliers et de la graisse des veaux. N'apportez plus vos offrandes inutiles. C'est pour moi une fumée insupportable. Recherchez plutôt le droit et la justice. » Amos renchérit : « Le sacrifice de vos bêtes grasses, je ne le regarde plus. Écartez de moi le bruit de vos cantiques. Que je n'entende plus la musique de vos harpes. Mais que le droit coule comme l'eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas. »

Les prophètes dénonçaient, et avec quelle vigueur, l'incohérence entre ce qu'on célébrait dans les temples et ce qu'on pratiquait dans la vie quotidienne. 

Mais en réalité le geste énergique de Jésus porte bien plus loin. Il met un terme au rituel des sacrifices. Dans la religion d'Israël, comme dans toutes les religions anciennes, il y avait un lien essentiel entre violence et sacré. 1 Il y a en tout être humain une source de violence, qui l’effraie et qu’il essaie de la canaliser dans des sacrifices où les victimes immolées (dans le Premier Testament, ce sont des animaux) deviennent l'objet symbolique de cette violence.  Dans les sacrifices, l'homme projette sa violence hors de lui-même sur un « bouc émissaire » (le rituel ancien du Kipour), pour pouvoir mener une vie sociale plus ou moins harmonieuse.

En chassant du Temple tout le monde, Jésus montre bien qu'il entend mettre fin à cette religion sacrificielle.  Et les Juifs le comprennent fort bien lorsqu'ils lui demandent ce qui l’autorise à poser un geste plus fort encore que tout ce qu'ont fait les prophètes avant lui.  La réponse de Jésus est elle aussi d'un radicalisme qu’il ne faudrait pas édulcorer :  elle signifie qu'à partir de maintenant l'être humain ne peut plus ritualiser la violence qu'il porte, ne peut plus la projeter rituellement hors de lui-même.  Il doit faire face à cette violence là où elle se trouve : dans son cœur et dans sa vie, qu'elle soit violence infligée ou violence subie.  Le signe qu'une ère nouvelle est commencée lorsque les hommes assassineront Jésus et que, par fidélité à son Père et par amour pour les hommes, il acceptera d'être l'objet de ce meurtre en renonçant à toute forme de représailles.  

Toute sa vie, sur une terre en proie à la violence, est un refus de dominer les hommes, de les effrayer ou de les séduire par des châtiments ou des bienfaits merveilleux. Sa douceur est une violence maîtrisée. Elle révèle le vrai Dieu qui n’est qu’Amour, rendant dépassée la logique des sacrifices. 

C’est en faisant face courageusement à tout ce que nos cœurs peuvent porter de violence, en ne la détruisant pas, mais en la maîtrisant. C’est en acceptant de voir lucidement la pulsion meurtrière qui nous habite quand nous voulons nier l’autre, et aussi en acceptant éventuellement d'être l'objet de la violence des autres, d’être tué plutôt que de tuer par lla lutte non-violente (celle qu'ont vécu durant 3 sècles et demi les martyrs chrétiens), que nous devenons nous aussi « à l’image de Dieu . »         

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4e dimanche de carême B

14 mars 2021

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Aujourd'hui, saint Jean nous invite à « regarder » la croix. Il nous faut oser regarder le Crucifié et l'adorer. Ce regard vers le Christ Sauveur est un regard de foi, un regard de confiance et d'amour. En nous tournant vers le Christ, nous accueillons la guérison et la vie.

La croix est le fruit du mal et de la haine de ceux qui ont rejeté Jésus. Mais Jésus a préféré livrer sa vie plutôt que de détruire ceux qui le rejetaient. Ainsi, en renonçant à faire violence et en choisissant de livrer sa vie, l’esprit de bonté et de miséricorde qui habite Jésus, est devenu le chemin par où Dieu nous transmet son pardon d'amour.

Sur la croix, Jésus est l'image la plus parfaite de Dieu et de son amour. Ce Dieu-Père de Jésus, qui se révèle sur la croix, est le Dieu qui n'est qu'amour. C'est un Dieu fragile, vulnérable et désarmé. C'est un Dieu qui ne peut s'imposer, car on ne peut imposer une relation d’amour. C'est au contraire un Dieu qui s'est exposé au refus de l'être humain. Un Dieu qui attend éternellement notre consentement sans jamais se lasser. Un Dieu veut nous sauver de notre propre destruction qui est de ne pas aimer.

Le serpent cloué sur le bois est signe de la victoire de Dieu sur le mal, signe de son amour qui n'a de cesse de vouloir guérir et sauver tout être humain. La mort de Jésus est un don d'amour, et c'est pourquoi elle est source de pardon et don de vie pour les autres.

Au contraire, celui qui n'a de relation avec Dieu qu'à travers les lois, les obligations et les interdits, celui qui vit sa relation avec Dieu comme avec un dangereux concurrent, celui-là ne peut venir à la lumière que lui propose Jésus, pour qui cette vision d'un Juge -qui ne peut être Père- est le péché le plus grave. Sournoisement, le Malinl fait de Dieu un Créateur dont il faut avoir crainte et dont on ne peut se laisser simplement aimer. (Genèse 2).

Éric-Emmanuel Schmitt illustre bien ce péché fondamental qui défigure Dieu, dans cette scène de sa pièce de théâtre « Le Visiteur  » qui relate la rencontre entre Dieu (l'Inconnu) et Freud :

Freud: Tu es tout-puissant!

L'Inconnu: Faux. Le moment où j'ai fait les hommes libres, j'ai perdu la toute puissance et l'omniscience. J'aurais pu tout contrôler et tout connaître d'avance si j'avais simplement construit des automates.

Freud: Alors, pourquoi l'avoir fait ce monde ?

L'Inconnu: Pour la raison qui fait faire toutes les bêtises, pour la raison qui fait tout faire, sans quoi rien ne serait... par amour. Tu baisses les yeux, mon Freud, tu ne veux pas de ça, hein, toi, un Dieu qui aime ? Tu préfères un Dieu qui gronde, les sourcils vengeurs, le front plissé, la foudre en mains ?Vous préférez tous ça, les hommes, un Père terrible, au lieu d'un Père qui aime... Et pourquoi vous aurais-je faits, si ce n'était par amour ? Mais vous n'en voulez pas, de la tendresse de Dieu, vous ne voulez pas d'un Dieu qui pleure, qui souffre... Oh, oui, tu voudrais un Dieu devant qui on se prosterne mais pas un Dieu qui s'agenouille.

 

Dieu : non pas une limite, non pas une menace, non pas un interdit, non pas une vengeance, mais l'Amour agenouillé qui attend éternellement le consentement de notre amour. Le Bien est Quelqu'un, le Bien est une Personne, le Bien est une Vie... un Amour. Toute la sainteté est là : laisser vivre cet Autre en nous, qui est confié à notre amour. En Jésus, il n'y a plus de morale, il y a une mystique. Le bien, c'est nous en état de « oui » nuptial ; le mal, c'est nous en état de « non. »

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