Homélies


Attention : le service abonnement est supprimé (voir ici)

Bible ouverte

| 29e dimanche C | 30e dimanche C |

29e dimanche dans l'année C

20 octobre 2019

Imprimer l'homélie

L’Évangile de ce dimanche nous propose une parabole du Christ sur l’importance de la prière persévérante. Si une pauvre veuve peut faire fléchir un juge injuste à force de l’importuner, à plus forte raison notre prière trouvera dans le cœur du juste juge qu’est Dieu un accueil bienveillant.

Il semble bien que les communautés chrétiennes auxquelles s’adressait Luc aient passé par une crise grave et risquaient de se décourager. Elles pensaient que le Christ viendrait très bientôt établir son Royaume. Dans quelques mois, tout au plus dans quelques années. Or rien ne s’était passé. Le Seigneur tarde.

Pour nous aussi, le Seigneur tarde. Il tarde à répondre à notre prière. Passe encore qu’il n’écoute pas nos requêtes trop intéressées. Mais quand nous prions pour que l’Eglise sorte de cette crise qui n’en finit pas, pour que s’arrête cette désaffection massive, pour que cessent ces injustices, ces guerres, pour que guérisse cette maman ou ce papa, quand nous prions dans le tunnel de nos propres doutes, de nos désarrois… Dieu se tait ! Oh le terrible et mystérieux silence de Dieu. Le Seigneur nous fait attendre. Et nous risquons de nous décourager. Comment surmonter ce sentiment de révolte et de trouble ?

Crier notre impuissance

En faisant d’abord comme la veuve de l’évangile. Prier, c’est en premier lieu crier notre impuissance. Les récits de miracles opérés par le Christ témoignent de ce cri : de l’aveugle de Jéricho au lépreux de Galilée, de Jaïre à Marthe et Marie... « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ! » Dans la tradition orientale, ce cri a façonné la prière dite de Jésus : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi pécheur ! »

Ce cri devient prière parce qu’il nous amène à nous confier à un autre. C’est la pauvreté de la créature devant la richesse abyssale du Créateur. C’est l’humilité du pécheur devant la miséricorde infinie du Seigneur. C’est la simplicité de l’enfant devant les bras ouverts du Père plein de tendresse…

Sans tarder ?

Dieu nous fait-il attendre ? Il semble bien que oui. Pourtant Jésus reprend sur un ton solennel : « Je vous le déclare, sans tarder il leur fera justice. » A vrai dire. Dieu est déjà intervenu : la résurrection de Jésus a fondamentalement changé le cours de choses. Ce changement est irréversible. Le mal, les famines, les pollutions, les pauvretés, les violences sont les derniers soubresauts de Satan déjà vaincu. Ils sont comme la lumière de ces étoiles bel et bien mortes qui nous parvient seulement maintenant. La victoire est d’ors et déjà acquise. Mais l’attente de cette pleine réalisation reste difficile. L’usure et la tentation de se décourager menacent : « le Fils de l’homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Pour éviter ce piège, il faut toujours prier. La prière, ici, est irremplaçable : seule, elle entretient la foi. Cesse la prière, cesse la confiance et la foi. Il nous faut donc crier notre désir de sainteté (c’est cela la « justice » évangélique, l’ajustement à la volonté de Dieu), jour et nuit, afin de garder une foi vivante.

Faire confiance à Dieu, même quand l’amour de Dieu n’est plus évident, voilà la seule foi vraie. Jésus ne s’est pas caché à lui-même, et donc ne nous a pas caché la difficulté : ce n’est pas facile de persévérer dans la foi, de ne pas « baisser les bras » jusqu’à la fin, jusqu’au « coucher du soleil. » (Première lecture) Ne nous faisons aucune illusion. Au moment d’entrer dans sa passion, quand les trois disciples, au jardin de Gethsémani, seront près de flancher, il dira avec insistance : « Veillez et priez, afin de ne pas entrer en tentation. »

Haut de page


30e dimanche dans l'année C

27 octobre 2019

Imprimer l'homélie

Comme beaucoup de paraboles de Jésus, la parabole du pharisien et du publicain est une caricature, au sens de l'art de celui qui d'un trait de crayon, sait dire la vérité d'un personnage ou d'une situation. Le petit chef d'œuvre de Jésus, aujourd'hui, met en scène deux personnages typiques de la société de son temps : le pharisien et le publicain.

 Pour bien saisir la saveur du portrait que Jésus en fait, il faut se rappeler que les pharisiens étaient des gens d'une grande rectitude morale, et non des hypocrites, comme on a tendance à le croire aujourd'hui. Ils étaient même très bien considérés à l'époque. Celui que décrit Jésus est même un super-pharisien par ses jeûnes et sa générosité. Rendez-vous compte : il donne 10% de ses revenus. Qui d'entre nous en est capable ?

Il faut également se rappeler que les publicains étaient réellement de vilains individus; non seulement collaborateurs de l'occupant romain, mais également voleurs, oppresseurs des petits, sans pitié pour les pauvres gens qu'ils n'hésitaient pas à faire vendre comme esclaves quand ils ne pouvaient pas payer les impôts qu'on leur réclamait. Ils avaient acheté leur fonction, souvent très cher, et ensuite, parce qu'ils fixaient arbitrairement l'assiette de l'impôt, ils se débrouillaient pour faire rapidement fortune sur le dos des gens.

Voilà donc nos deux hommes qui montent au Temple pour prier. Que s'est-il donc passé pour qu'à la fin de leur prière, seul le publicain soit justifié et désigné comme exemple par Jésus ? Simplement un tout petit mot qu'il n'a pas dit et que, par contre, on trouve dans la bouche du pharisien : le mot «,comme ». « Je te rends grâce, dit le pharisien, parce que je ne suis pas comme les autres hommes. » Disant ce mot, il se met à part, et pire, il se compare aux autres, à son avantage, naturellement. Voilà la racine de son péché. Se comparer aux autres ne peut qu'engendrer en nous une foule d'attitudes néfastes, de l'autosatisfaction (Dieu merci, je ne suis pas comme les autres) à la dépression (Je ne suis nul, bon à rien). L'orgueil engendre le mépris des autres, et l'envie engendre la jalousie. Ne croyez-vous pas que là réside tout le malheur de l'homme. Et ce que je dis de notre expérience personnelle est valable non seulement pour les individus, mais pour tous les groupes humains : nations ou classes sociales, sans oublier les confessions religieuses.

Nous voici une fois de plus invités à faire la vérité en nous. Ce qui permet au publicain d'être justifié, c'est qu'il se situe dans la vérité de son existence : il ne peut pas mentir à Dieu, il ne va donc pas se mentir à lui-même. Il est réellement un pécheur. Et il le reconnaît. Plus même, il demande pitié à Dieu. Et il est exaucé.

Le malheur du pharisien, c'est de mettre sa confiance en lui, en ses actes. Au fond, il n'a pas besoin de Dieu ni de personne. Il est seul. C'est tout juste s'il ne demande pas à Dieu de l'admirer.

Faire la vérité en nous pour être justifiés, cela exige de mettre sa confiance en Dieu et non plus en nous : voilà la leçon de foi que nous donne le publicain. Certes, chaque fois que nous entendons cette parabole, nous nous projetons dans le publicain, puisque c'est à lui que Jésus donne raison. Mais avons-nous tellement envie de nous frapper la poitrine ? N'est-ce pas du bout des lèvres que nous nous déclarons pécheurs ? Au fond, nous n'y croyons pas vraiment. Et en chacun de nous, il y a bien des attitudes qui ressemblent à celle du pharisien. D'abord parce que nous pensons que le salut, c'est une question de mérites et qu'il faut se présenter devant Dieu avec tout ce que nous avons fait de bien. Ensuite parce que nous avons besoin de nous sécuriser grâce à ce que nous faisons et à ce que nous sommes.

Il nous faut, une fois de plus demander au Seigneur d'augmenter notre foi, pour pouvoir chaque jour grandir dans la confiance. Si nous sommes vrais en face de Dieu, nous pourrons faire la vérité dans notre vie. Ce sera sans doute un grand nettoyage. Mais, croyez-moi, ça en vaut la peine.

Haut de page