Homélies


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Bible ouverte

| 19e dimanche  A | Assomption | 20e dimanche A |

19e dimanche dans l'année A

09 août 2020

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Le prophète Élie trouve abri contre les intempéries au creux d’une grotte. Et là, se tenant à l’entrée de la roche, il va éprouver le passage fugitif de Dieu. Le propre d’une grotte est de n'être ouverte que sur un côté. C’est une image de l’intériorité de l’homme. Chacun de nous est appelé à descendre dans la caverne de son cœur, mais en laissant ouvert un seuil à tous vents, pour écouter Celui qui passe comme le murmure d’un souffle léger. Si nous nous enfoncions en nous-mêmes, sans ouverture sur l’infini imprévisible de Dieu, sur l’Autre divin et sur tous les autres humains qui en sont les signes, nous  resterions enfermés dans l’enfer de notre ego.

Au bord de l’anfractuosité, Élie écoute et entend, « la voix de fin silence », si on traduit littéralement l’hébreu. Et c’est précisément cette fine pudeur qui permet à Elie d’accueillir l'Esprit Saint qu’une hymne de la fête de Pentecôte appelle « l'Hôte léger de nos âmes ». « Lorsque l’intelligence surnaturelle voit quelque chose de subtil, de délicat, c’est qu’elle entend quelque chose touchant l’insaisissable substance de l’éternité », écrit saint Grégoire le Grand (Morales sur Job).

C’est avec une semblable clé de lecture que nous pouvons ouvrir l’évangile de ce jour. Jésus se tient lui aussi « dans la montagne pour prier seul ». Jésus, connaît dans les évangiles des moments de grandes plongées dans les foules humaines, et puis des moments de solitude avec le Père. Dans le paysage de saint Matthieu, il y a, et la mer, et la montagne. Tandis qu'il est seul sur la montagne à « écouter la voix de fin silence », à écouter le Père, Jésus ne perd pas pour autant le souci des siens. Jésus est sur la montagne avec le Père et sur la mer avec nous. Jésus sur la montagne qui est le Père, Jésus sur l'océan qui est le monde : « Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde. » (Jean 16, 28.) Jésus Fils, Jésus Frère. Jésus présent au Père, sans nous abandonner. Jésus avec nous, sans quitter le Père.

Et tel doit être chacun de nous. Car la prière véritable ne coupe pas des hommes, pas davantage que la présence aux hommes n'éloigne du Père. Lorsque « vers la fin de la nuit »  Jésus  approche de ses apôtres apeurés, il dit ces simples mots fraternels : « Confiance ! c'est moi ; n'ayez pas peur ! » Il n’est ni un « fantôme » ni un « surhomme », mais le frère, l’ami.

Son humble je suis là avec vous de l'ami est l’écho du grand Je-Suis de la révélation de Dieu au Buisson ardent (Exode 3, 14). Je-Suis n'est pas fait pour affoler ; c'est la brise légère qui accompagne une présence discrète. Le grand Je-Suis divin se manifeste par le simple être-avec-nous-tous-les-jours. Comme Élie avait senti la Présence avec certitude dans le plus léger souffle du vent, ainsi les disciples reconnaissent la présence de Jésus, dans sa plus quotidienne humanité. Comme Jésus lui-même, priant le Père sur la montagne, expérimente la présence du Père à travers la paisible obscurité de sa prière d'homme, les disciples, à leur tour, reconnaissent dans l'habituel compagnonnage de Jésus avec eux la Présence de l’Indicible, la révélation de la Transcendance du Père. L'humanité du Fils est elle-même, la « voix de fin silence », ou encore « la faible brise ».

L'humilité de l'homme Jésus (Philippiens 2, 5-8) est le lieu de la Révélation ultime et plénière de Dieu. Pour aller à Dieu, il faut accepter l'humble et silencieux être-là de l'eau, du pain, du vin, de la parole, des Écritures, de la communauté et du plus petit de nos frères (Matthieu 25, 40).

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Assomption de la Vierge Marie

15 août 2020

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Pourquoi cette exaltation de Marie tout au long de l'histoire du catholicisme ? Pourquoi, au XIXe siècle, l'Église a-t-elle éprouvé le besoin de définir solennellement l'Immaculée Conception de Marie, et au XXe siècle, de préciser officiellement comme vérité de foi le dogme de l'Assomption de la Vierge ? C'est que Marie est apparue comme la figure de l'Église. Comme Marie, en effet, l'Église est chargée de mettre le Christ au monde. Et comme Marie, l'Église est en route vers son « assomption » dans la gloire éternelle de Dieu. Comme Marie, elle doit accueillir la Parole et lui donner chair. Bref, en Marie, l'Église regarde sa mission et son avenir.

Le culte marial n'a pas toujours été exempt d'excès et de méprises. On risquait en effet de faire de Marie une idole, ou tout au moins un être au-dessus de l'humble condition mortelle. Et un excès de sensiblerie n'a pas épargné certains types de dévotions mariales. Pourtant, la simple relecture des faits relatés par l'Évangile nous décrit le parcours de Marie et justifie l'exaltation qui lui est faite, notamment en cette célébration du 15 août.

De l'annonciation, où Marie accepte de devenir la mère de Jésus, au Calvaire, où le Christ lui confie le disciple, la maternité de Marie connaît une croissance qui atteint son sommet, puisque la mère de Jésus devient la mère des croyants. « Mère des croyants. » Mais il ne faudrait pas s'imaginer que la foi de Marie a toujours été une foi « en béton ! » Comme chacun de nous, comme tous les humains, la foi fut pour elle un combat, de la petite adolescente d'une quinzaine d'années à qui un « envoyé » céleste vient demander d'être mère « par l'opération du Saint Esprit » jusqu’à la femme mûre, au pied de la croix, qui voit son fils rendre le dernier soupir.

La foi de Marie a dû surmonter d'énormes obstacles, et c'est justement pour cela qu'elle est, en fin de parcours terrestre, « assumée » par Dieu. Le destin terrestre de Marie doit être pour nous source et gage d'espérance. Nous aussi, personnellement, et toute l'humanité collectivement, sommes promis à pareille « assomption » par Dieu. Marie ne fait que nous devancer, comme un prototype.

Certes, nos corps connaîtront la corruption du tombeau, mais, par-delà la mort il y a l'univers de la résurrection. La création tout entière, actuellement, gémit en proie aux douleurs de l'enfantement, mais c'est pour qu'advienne un jour l'homme nouveau. L'Assomption de Marie dit l'Assomption de l'humanité.

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20e dimanche ordinaire A

16 août 2020

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Avons-nous bien entendu ? Jésus, surpris en flagrant délit d’intolérance et de mépris ? Cela est d’autant plus surprenant que le troisième Isaïe dans la première lecture parle de « Maison de prière pour tous les peuples. » Il allait même jusqu’à dire aux versets 3 à 5 de ce même chapitre 56 : a« Si un eunuque respecte mes sabbats, s’il choisit de faire ce qui m’est agréable, s’il s’en tient à l’engagement que j’attends de mon peuple, alors je lui réserverai un emplacement pour son nom. » Saint Paul, de son côté, dans la deuxième lecture se définit comme « apôtre des païens. » Jésus, paradoxalement, apparaît comme bien moins ouvert. Cette attitude a embarrassé la plupart des commentateurs. Ils tentent de surmonter la difficulté en imaginant une feinte pédagogique : Jésus ferait semblant de refuser pour affiner la foi de la suppliante. Ce serait lui prêter alors un jeu bien cruel et sadique !

Mieux vaut prendre le récit comme il est. A toutes ces édulcorations, je préfère la remarque de la théologienne protestante France Quéré qui écrivait : « Jésus s’est fait homme jusqu’aux préjugés. Dans son pays, on n’aime pas les Cananéens. » Les meilleurs exégètes actuels nous démontrent que le Jésus historique n’a que très épisodiquement rencontré des païens, qu’il a fort peu quitté son pays, qu’il n’a prêché qu’à ses compatriotes juifs, ce dont témoigne cette parole rapportée par Matthieu : « Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (10,5). Jésus a du bel et bien penser qu’il n’était envoyé si ce n’est que, au moins d’abord pour les brebis perdues d’Israël. C’est au sein de son peuple, dans des conditions historiques bien définies, qu’il vit sa mission. C’est bien pourquoi les premiers chrétiens ont eu tant de mal à passer aux païens, comme en témoignent le Livre des Actes des Apôtres et les lettres de saint Paul.

Pourquoi, la rencontre au hasard du chemin, de cette maman païenne, n’aurait-elle pas été pour le Christ un événement inattendu et embarrassant ? Sa réponse à la demande de la Cananéenne est presque méprisante : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. » Mais la femme ne se laisse pas démonter. Avec humour et audace, et aussi peut-être parce qu’elle sent la bonté du maître, elle transforme l’image offensante en une évocation familière et domestique : « mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »

Et nous voyons Jésus craquer. Il s’incline devant cette volonté féminine, il revient, – et c’est la seule fois ! -, sur son refus. Il fait voler en éclat les idées toutes faites dont il était encore habité. La pureté rituelle qui sépare du monde païen pour être en contact avec Dieu, il la fait sauter. La véritable impureté, c’est le rejet de l’autre. Et Jésus ici commence à enlever la barrière inutile qui sépare Juifs et païens. Sommes-nous artisans de solidarité et d’unité dans le milieu où nous vivons ? L’audace têtue de la Cananéenne bouscule-t-elle notre vie de foi ? Quand tout est désespéré, une mère espère encore. Quelle merveille surprenante : la foi d’une maman étrangère ouvre le cœur de Jésus aux païens ! Entrons dans une semblable confiance : « … ta foi est grande, que tout s’accomplisse comme tu le veux ! »

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