Homélies

Bible ouverte

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4e dimanche de l'Avent B

24 décembre 2017

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Saint Luc nous a finement brossé un merveilleux tableau d'annonciation. Il nous dit, dans le prologue de son évangile, avoir pris de bonnes informations, peut-être dans la famille de Jésus, peut-être même auprès de Marie qu'il nous décrit à deux reprises « retenant tous ces événements dans son cœur » (2, 19.51). Le récit qu'il nous livre est tout entier composé à partir de réminiscences bibliques, comme la phrase sublime de l'annonciation à Sara et Abraham : «Y a-t-il rien de trop merveilleux pour le Seigneur ? » (Genèse 18, 14) ou le cri de joie d'Anne à la conception de Samuel : « Mon cœur exulte dans le Seigneur » (1 Samuel 2, 1). Comment l'évangéliste pouvait-il traduire en mots l'expérience unique de la Parole de Dieu faite chair et accueillie par Marie, sinon en puisant dans le vocabulaire et les images de l'Ancien Testament.

Saint Luc met en parallèle deux annonces de naissance : celle de Jean Baptiste à Jérusalem et celle de Jésus à Nazareth ; la première dans le Temple prestigieux, la deuxième dans une bourgade perdue ; l'une à un prêtre qui n'y croit pas, l'autre à une jeune fille qui ouvre tout son être à Dieu et à la vie…

La phrase que la jeune fille de Nazareth prononce est l'une des plus belles qu'un être humain puisse adresser à Dieu. Permettez-moi de faire ressortir un facile point de grammaire du texte grec de l'évangile pour saisir toute la profondeur de la réponse de la Vierge. Lorsque saint Matthieu nous rapporte la prière du Notre Père, il dit par exemple : « Que ton règne vienne ! » Il emploie un impératif qui exprime un désir bien défini.

Marie ici utilise le même verbe grec γινομαι mais à la forme optative, qui exprime un souhait beaucoup plus subtil. Pleine de gentillesse, elle invite le Seigneur, s'il le désire, à entrer au cœur de sa vie et à laisser naître en elle le mystère qu'il vient de lui proposer par son messager. Si tu le désires, alors, que ton projet prenne naissance en moi qu'il vive entièrement et qu'il habite au cœur de mon être.

Comme la petite esclave juive de la femme de Naaman, le général syrien qui dit simplement : « Ah! Si seulement mon maître s'adressait au prophète de Samarie! Il le délivrerait de sa lèpre… » (2 Rois 5, 3), Marie laisse avec simplicité passer par elle l'œuvre étonnante de Dieu. Il est difficile de trouver plus beau modèle de l'Avent. Car l'ange de Dieu est envoyé à chacun de nous pour être le messager de la naissance de Dieu en tout homme. « Dieu engendre à tout moment son Fils en toi », s'écrie le poète mystique allemand Angelus Silesius. Chacun est appelé à recevoir en soi le germe de la vie divine, à devenir l'auberge de Dieu, la maison où la Parole divine prend chair. Chacun peut être recouvert par la nuée de la Shekinah, de la Présence divine, dans le sanctuaire de son cœur.

Demandons à Marie de nous obtenir un peu de sa simplicité. Il suffit de dire vraiment « oui » pour que notre désert fleurisse et que notre stérilité devienne féconde.

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Noël !

25 décembre 2017

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La fête de Noël est certainement la plus populaire, celle qui remue le plus de monde sur note planète. Aucune autre fête de l'année ne provoque un tel déplacement de familles, de cadeaux, de coutumes religieuses et profanes. L'événement, quand il s'est produit il y a plus de 2.000 ans, n'aurait dû ne laisser aucune trace. Un bébé est né chez un couple des gens très modestes, dans une petite bourgade aux marges de l'empire romain et qui n'a été remarqué que par quelques pauvres bergers. Ce qui aurait dû demeurer, c'est ce puissant Empire, à l'apogée de sa gloire, quand Auguste ordonnait de recenser toute la terre ! Et pourtant, ce qui subsiste, ce n'est pas cette grande puissance romaine, mais l'humble fête née d'un petit enfant : Noël de tous les hommes, Noël de toutes les nations, Noël de tous les jours… Pourquoi cette réussite improbable ?

Les « deux » évangiles de Noël, - celui de la nuit où Luc décrit la naissance de Jésus dans la crèche de Bethléem et celui du jour où Jean laisse entrevoir la naissance éternelle de la Parole de Dieu -, nous en donnent ensemble et de manière complémentaire. Nous continuons, au fond, à ne pas trop croire à l'Incarnation de Dieu. Depuis deux millénaires toutes les hérésies montrent bien à quel point nous résistons à accepter cette révélation vertigineuse : l'union indivisible de l'homme et de Dieu dans une seule Personne, Jésus de Nazareth.

Nous n'osons pas croire que Dieu, à Noël, épouse l'humanité et que la terre, par là, y a donné son fruit le meilleur: Jésus, inséparablement Fils de Dieu de toute éternité et fils de Marie entré dans la chair et le temps.. Nous voulons bien l'un ou l'autre ; plus rarement l'un et l'autre.

- Oui à Dieu, à la recherche du divin, à la mystique désincarnée, en se désintéressant de la cité humaine…

- Oui à l'homme, à la construction de la société, mais dans l'indifférence à Dieu, en s'agitant dans l'action temporelle sans plus laisser place à la respiration de l'âme.

Chaque fois que nous faisons cette séparation entre l'homme et Dieu, nous oublions la vérité profonde de Noël. Noël nous crie que Dieu et l'homme sont liés pour toujours, qu'on ne peut vraiment servir l'homme sans s'ouvrir à Dieu, et qu'on ne peut adorer Dieu sans respect de l'homme et de ses droits. Car ce n'est pas seulement l'enfant de la crèche qui porte en lui la double identité humaine et divine, fragile et infinie. Chacun de nous est un être imprégné de Dieu. Le Verbe s'est fait chair pour que nous devenions fils et filles du Père. Dieu devient homme pour que l'homme devienne Dieu. ! Joyeux Noël, car Dieu se donne et nous invite à partager sa vie !

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