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Dimanche de la Trinité B

27 mai 2018

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Une enfant de sept ans à qui on demandait ce qu’était la Trinité, a répondu : « tu ne sais pas ce que c’est ? Eh bien, je vais te l’apprendre : on ne peut pas aimer tout seul ! » Admirable ! Comment dire mieux sur l'intimité même de Dieu, ainsi que l'Eglise semble l’oser en cette fête de la Sainte Trinité, que ce mot d’excellente petite théologienne !  Permettez-moi de dire, avec infiniment moins de justesse qu'elle, deux petites miettes de ce mystère de vie.

 Première miette de l'amour trinitaire qui nous est offert en méditation ce matin : Dieu est mystère.

Dieu est mystère. Cela ne veut pas dire qu'on ne le connaît pas, mais qu'on n'aura jamais fini de Le connaître. La nuance est importante ! Plus ma familiarité avec l'évangile grandit, plus je me pose de questions sur Jésus : qui est-il donc pour bousculer ainsi les idées qu'on se faisait sur Dieu ? Qui est-il donc pour oser des paroles et des gestes pareils ? Dieu est mystère. Et plus tu Le connaîtras, écrivait saint Jean de la Croix, plus tu avoueras que tu peux toujours moins exprimer ce qu'Il est !

Dieu est mystère et nous ne découvrons qui Il est que lentement, progressivement, et parfois même douloureusement.  Dieu est mystère, et parce qu'Il est mystère, Il nous apprend la patience. Patience à l'égard de Dieu que je connais encore si peu... patience à l'égard de tout homme qui, lui aussi, participe au mystère de Dieu. Je ne connais aucun homme totalement... et il peut évoluer.

Reconnaître que Dieu est mystère et que tout homme, créé par Lui, participe de ce mystère, c’est quelque chose de très concret. C'est refuser de coller sur les gens des étiquettes et ne jamais désespérer d'eux. C'est considérer chaque homme avec un infini respect.

Deuxième miette de cet amour trinitaire : Dieu est amour

Dieu me fait découvrir ce qu'aimer veut dire. Je retiens tout spécialement cette espèce de dynamisme centrifuge de l'amour. Loin de tout ramener à soi, il se trouve en se donnant. À travers les évangiles et la liturgie de l'Eglise, cela est flagrant : le Père, le Fils et l'Esprit... chacun renvoie aux deux autres et semble s'effacer pour mettre les autres en valeur.

Le Père ? ... Lui que nul n'a jamais vu et que l'on ne peut donc pas représenter s'efface devant le Fils (dans le Symbole des Apôtres, deux lignes seulement pour le Père et dix lignes pour le Fils !). Il convoque l'Esprit dès sa première oeuvre (cf. les deux premières lectures) et lui donne une place de choix dans son oeuvre créatrice. Le Père ne fait rien sans l'Esprit.

Le Fils ? ... Dans le « Gloire à Dieu », on le réfère tellement au Père qu'on dit de Lui : « Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, le Fils du Père »... « le Fils du Père » ! ... superbe pléonasme qui souligne l'impossibilité de parler de Jésus sans parler de Dieu son Père ! « Le Père, dit Jésus, est plus grand que moi » ... et encore « non pas ma volonté, mais celle de mon Père ». Jésus renvoie toujours au Père et s'efface devant l'Esprit qu'il annonce et promet : « il est bon pour vous que je m'en aille »... « l'Esprit vous donnera de faire des choses plus grandes encore ».

L'Esprit ? ... C'est Lui qui nous fait nommer Dieu « Père » : « l'Esprit fait de nous des fils qui crions vers Dieu en l'appelant : 'Abba!' » . L'Esprit nous oriente vers le Père et nous renvoie toujours à Jésus : « Nul ne peut dire 'Jésus est Seigneur' si ce n'est sous l'action de l'Esprit ». L'Esprit nous fait reconnaître en Jésus le Christ.

 Alors, si aimer c'était cela : ne pas chercher sa propre gloire, mais vouloir que l'autre grandisse, aime et soit aimé... alors, je peux me poser bien des questions sur ma manière d'aimer mes proches. Est-ce que vraiment je les aime pour eux-mêmes ou pour l'avantage que je pourrais en tirer ? Devant ce grand mystère du seul et unique Dieu qui est à la fois Père, Fils et Saint Esprit, faisons silence et rappelons-nous que puisque Dieu est Amour, c’est lui qui m'apprendra à mieux aimer les autres.

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Saint Sacrement B

03 juin 2018

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Vifs remous autour de la décision de l'administration Trump de rejeter les accords avec l'Iran, risques de voir des euro-sceptiques diriger l'Italie en menaçant l'Europe, épidémie d'Ebola et gouvernement corrompu en République Démocratique du Congo... L’actualité, via les informations données par les médias paraît à première vue bien loin de la fête que nous célébrons aujourd’hui.

Au premier abord seulement. Car voyez le récit, à la fois sobre et solennel, de la cérémonie de l’Alliance tel que nous le rapporte la première lecture. C’est le première Fête-Dieu au désert du Sinaï. Elle s’inaugure par une liturgie de la Parole. Moïse lit au peuple « les paroles et les commandements du Seigneur ». Notre société n’a-t-elle pas grand besoin de retrouver le sens des limites ? La recherche de l’argent et du profit à tout prix ne peut conduire qu’à une impasse, ainsi que la course au plaisir mis comme seule valeur. N'avons-nous pas besoin de retrouver une certaine sobriété de la vie ?

Mais ce type d’exhortation peut rester totalement vain et stérile. Tout autant et même ecore plus que de moralisation de la politique et de l'économie, c’est de Dieu dont notre coeur profond a soif. Rappelez-vous la suite du texte du livre de l’Exode. Moïse scelle l’alliance entre Dieu et le peuple par un rituel : il asperge de sang l’autel, symbole de Dieu, et puis l’assemblée. L’Alliance engage à une réciprocité d’amour. Les prophètes en parleront comme des noces de Dieu avec son peuple. Adopter de nouveaux comportements plus intègres est la conséquence d’une vie spirituelle, d’une relation personnelle avec Dieu. C’est d’une certaine mystique dont nous avons besoin. Elle seule peut changer nos coeurs et nous permettre de construire un monde plus juste, plus honnête et plus fraternel.

Pourtant bien de nos amis n’ont pas besoin de Dieu. Ils vivent dans une totale indifférence religieuse. Ils n’ont pas la chance de découvrir que Dieu nous offre une intimité toute particulière à travers l’eucharistie. Il s’agit d’une source extraordinaire qui nous désaltère sur le chemin de la vie. Et, que de la fontaine de cette amitié divine, nous recevons la force de bâtir le monde nouveau et définitif, celui que décrit la deuxième lecture, celle de l’épître aux Hébreux. Tous les hommes éprouvent un besoin vital d’amour et d’espérance. N’être connu, désiré, attendu ou écouté par personne est la plus grande souffrance. Or, Dieu nous aime d’un amour infini. Nous sommes uniques à ses yeux.

C’est ce que Jésus nous fait comprendre dans le mystère de l’Eucharistie. Le pain rompu, le vin versé deviennent le signe de sa Présence et de son amour. Il se donne à nous entièrement : « Ceci est mon corps livré pour vous ».Il nous invite à passer avec lui dans le royaume nouveau de l’amour partagé. Dans l’Eucharistie, Jésus offre sa vie, sa force à tous ceux qui veulent bien les recevoir. Il nous fait déjà, savourer avec lui les joies de l’éternité. Il nous fait, dès maintenant, choisir la vie ! Sachons accueillir la grâce de cette messe, et nous en réjouir !

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